‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 2 sur 152 · ÉTAT DES ESPRITS · texte numérisé non relu

ÉTAT DES ESPRITS

rations de la législature, ils étaient des premiers commis se conformant aux Tolontés de tel ou tel des directeurs qui s'était chargé de diriger une des branches du gouYernement.

Or, à ce moment, qui aurait pu songer à faire retomber la responsabihté sur le Directoire? Le parti qui n'avait ni estime, ni confiance pour les hommes du pouvoir exécutif se risquait à les blâmer , à refuser quelques-unes des mesures qui étaient demandées au Corps législatif, mais ne formait point le projet de renverser le Directoire : c'eût été une révolution dont la seule pensée eût épouvanté les gens de bien.

Ainsi rien de ce qui était nécessaire au gouvernement ne lui était dénié; on lui donnait les moyens de maintenir l'ordre public; on cherchait, d'accord avec lui , les expédients impuissants qui étaient essayés pour rétablir les finances; pas une parole n'était prononcée sur les opérations militaires ; les traités de paix étaient ratifiés sans discussion. Respecter scrupuleusement la Constitution, défendre avec fermeté les jibertés qu'elle consacrait et en user, telle était la conduite que la prudence et le véritable amour du pays imposaient aux représentants modérés ; leur mauvais vouloir contre la révolution répubhcaine et ses résultats ne les entraînait point à en désirer une autre.

A plus forte raison leurs adversaires étaient favorables au Directoire qu'ils regardaient comme le pouvoir protecteur et conservateur des intérêts et de l'esprit révolutionnaires. La conspiration de Babeuf avait eu pour associés un comité de conventionnels montagnards ; il avait fallu voter l'accusation de Drouet; mais le Directoire et le parti révolutionnaire en éprouvaient un sensible chagrin; ils auraient voulu trouver quelque

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moyen d'cmpêclicr ce grand procès, poursuivi devant la haufc cour et dont les débats allaient encore animer les esprits contre des hommes et des opinions que les anciens Jacobins auraient volontiers anmisliés.

Ranimer les liaines et les persécutions contre le parti royaliste; rehausser l'esprit public et lui imposer l'amour et le respect de la Ré[iubli(iue, tel était le but de leurs efforts.

Un des moyens conseillés par les déclamateurs du parti , et sur lequel ils avaient toujours comi)té , c'était les fêtes publiques. L'indifférence de la population de Paris, les railleries qui accompagnaient ces théâtrales célébrations n'avaient pas encore dissipé leur illusion. Le Directoire s'occupa d'abord avec soin des cérémonies que Robespierre avait tant recommandées, et qui, de décret en décret, avaient trouvé place dans la loi sur l'instruction publique. On célébra la fête de la Vieillesse, des Époux, de l'Agriculture, de la Jeunesse, avec des chœurs, des hymnes, des processions, des décorations en plâtre et en toiles peintes. Plus tard , tout en imitant l'antique, on se conforma mieuK aux habitudes et au uoûl du public. Il y eut des courses de chevaux, des courses à pied, des courses de chars qui attirèrent plus de curiosité et d'intérêt. La jeunesse dorée prit part à ces jeux qui n'avaient plus rien de républicain. Mais les fêtes consacrées aux anniversaires des journées de révolution conservaient leur solennité. Elles étai(ml une occasion de discours pour le président du Direch.ire on les orateurs des Conseils. La hsie de CCS coinmétuorations était longue. On célébrait le 14 juillet, le 10 août, le I" vendémiaire, le 2) janvier, le y thermidor

DISCOURS DE CilÉNIER. 5

Voici ce qiroii lisait dans le programme de la fête du 1 0 août : — (( Le président rappellera au peuple assemblé riiistoire abrégée du 10 août; il suspendra ensuite à l'arbre de la liberté l'inscription suivante : « Honneur aux l.>raves qui renversèrent le trône ! Les <( Français ne reconnaissent d'autres maîtres que les (( lois ! *)

« Les instituteurs de la jeunesse se rendront avec leurs élèves sur la place publique; ils s'engageront, en présence des corps constitués, à n'inspirer à leurs élèves que des sentiments républicains, du respect pour les vertus , le talent et le courage , et de la reconnaissance pour les fondateurs de la République. »

Pendant ce temps-là, le premier qui avait proclamé la République, et pour qui apparemment on ne demandait pas du respect et de la reconnaissance , CoUotd'Herbois, mourait déporté à Cayenne par les autres fondateurs \

Lorsque peu de temps après il fut question de célébrer cet anniversaire du 22 septembre 1792, où la Convention avait décrété la République, Cbénier craignit que le Directoire ne comprît pas assez la beauté et la grandeur de ce souvenir.

— (( Dans quel temps, disait-il, fut-il plus nécessaire d'exciter, de rallumer l'amour de la République ? Quand les débris de deux factions opposées se disputent encore avec acbarnement l'empire et l'impunité ; quand la baine répond à la haine ; quand le crime est repoussé par le crime; quand l'opinion publique flottante et voilée d'un nuage de sang ne sait sur quelle

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