‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 3 sur 152 · D DISCOURS DE CHENIER · texte numérisé non relu

D DISCOURS DE CHENIER

base s'asseoir au milieu des passions qui l'agitent et usurpent son nom respectable.... (piel est aujourd'hui dans le sénat, dans les camps, dans la République, l'ami connu de la liberté dont le nom ne soit pas périodiquement outragé? »

Tel était le vérital)le motif de la colère de Cbénier ; il s'indignait que des conventionnels tels que lui , qui avaient détrôné Robespierre, qui avaient rappelé les Girondins et honoré leur mémoire, qui avaient combattu et proscrit les conspirateurs du I'''' prairial, fussent maintenant confondus avec les hommes de la Terreur, avec les ultra-révolutionnaires, avec les complices de Babeuf. 11 ne voulait pas s'avouer à lui-même que toute les fois qu'il avait combattu contre les hommes de sang, c'était dans son propre intérêt, pour préserver sa vie ou pour conserver le pouvoir conquis le 10 août et le 2 septembre. Pensait-il qu'on dût lui savoir gré du 13 vendémiaire, et pouvait-il prétendre que ce jour-là il avait combattu pour la liberté? Ni lui ni tous ceux qui avaient alors remporté la victoire ne se consolaient pas qu'elle eût été inutile» et que la réaction se fût remise à l'œuvre sous une forme constitutionnelle et légale.

— « Que les hommes qui ont besoin de pardon, disait-il encore, n'aient pas l'air de vouloir punir ceux qui leur ont pardonné. Dans les commencements d'une République, tout ce que l'État peut permettre d'indulgence est un devoir du gouvernement; mais que du moins on ne décerne pas des couronnes civiques aux conspii'ateurs de vendémiaire. Kn suivant cette route, il faudra bientôt laire le procès delà Convention nationale ; il faudra chercher les nouveaux patriotes dans les rangs de l'armée de Coudé , et nous aurons à choisir

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entre La Fayette et Dumouriez. En ce cas, nous aurons à célébrer, non la fondation de la République, mais sa destruction, la mort des républicains et le retour de la royauté.

« Partagez, représentants, je ne vous dirai point pardonnez cet élan d'une indignation légitime. Puisse l'époque où nous allons fêter la République commencer une ère où la République ne sera plus outragée î puissions-nous ne plus entendre dévouer à la haine les immortelles journées qui ont établi la liberté française I )>

Ce discours exprimait avec exagération , mais avec vérité, l'état des opinions et des partis. Telle était en effet la question : il s'agissait de savoir si, en laissant aux événements leur cours naturel et probable, les hommes de la révolution de 1 792 seraient dépossédés du pouvoir et plus ou moins dépouillés de l'estime publique. Ce déplacement de l'autorité entraînerait-il un chani^ement de la forme du gouvernement? C'était une seconde question qui n'était pas encore à l'ordre du jour.

La majorité du conseil des Cinq-Cents, quoique favorable à la préservation des intérêts révolutionnaires, n'avait pas l'irritation tragique de Chénier. Son langage déplaisait; il troublait le repos qui, à ce moment, était le premier besoin et la volonté du pays. On lui refusa l'impression et sa proposition fut rejetée. Le Directoire demeura chargé de réo-ler la fête du P"" vendémiaire comme toutes les autres.

Ce qui nuisait le plus à la cause que Chénier défendait avec tant de chaleur, c'était la faction anarchique, liée indissolublement au parti révolutionnaire, qu'elle compromettait et qui se trouvait contraint à la désavouer et à la combattre. Babeuf était en prison ; il allait

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