‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 26 sur 152 · U'I TENTATIVE DUNE DESCENTE EN IRLANDE · texte numérisé non relu

U'I TENTATIVE DUNE DESCENTE EN IRLANDE

Les dernières paroles de la note laissée par le plénipotentiaire anglais , étaient connne avait été sa conversation , pacifiques, du moins par la forme, et destinées à mettre la rupture des négociations à la charge du gouvernement français. Il était prêt, assurait-il, dans le cas où les conditions de paix ne seraient pas tenues pour acceptables, à clierclier, de concert avec le Directoire, un contre -projet ; il y emploierait la franchise et l'esprit de conciliation conformes aux vues sincères et pacifiques de sa cour.

Quatre jours après , le 1 9 décembre , le ministre des relations extérieures, par ordre du Directoire, adressa à lord Malmesbury la pièce suivante :

(( Le Directoire exécutif n'écoutera aucune proposition contraire à la Constitution , aux lois et aux traités qui lient la République, et il est notifié à lord Malmesbury de se retirer de Paris dans les vingt-quatre heures avec toutes les personnes qui l'ont accompagné ou suivi et de quitter immédiatement avec elles le territoire de la République. »

Le surlendemain le journal du Directoire insérait un article conçu en ces termes : « Après avoir parcouru tout le cercle des moyens évasifs et dilatoires, lord Malmesbury a été forcé enfin de s'expliquer catégoriquement; ses propositions étaient toutes contraires à la Constitution, aux lois et aux traités; il proposait à la France la honte et la perfidie, on lui a enjoint de ])artir. »

Tel était le style de la di])lomalie révolutionnaire. L'intention du Directoire ne pouvait être douteuse; il if avait pas voulu un instant traiter de la ])aix avec

l'Angleterre. Dès le 15 décembre, avant les conférences des plénipotentiaires, l'escadre française, formée de vin^t et un vaisseaux de lii2;ne et de bâtiments de transport portant une armée de vingt-cinq mille hommes, avait mis à la voile et quitté la rade de Brest. Beaucoup d'espérances étaient placées sur cette expédition en Irlande. Le général Hoche la préparait depuis plusieurs mois ; il avait , ainsi que le Directoire , pris une confiance entière dans les réfugiés qui promettaient une insurrection générale et qui entretenaient des relations suivies avec les associations secrètes ou les chefs de bandes dont l'île était infectée.

L'escadre était commandée parle vice-amiral Morard de Galle; à peine fut-elle sortie de la rade qu'elle fut dispersée par la tempête, le 27 décembre. La division commandée par le contre-amiral Bouvet entra dans la baie de Bantry ; elle portait environ dix mille hommes; mais la frégate que montait le général en chef avait été séparée de l'escadre par un coup de Acnt ; on n'en avait aucune nouvelle. Le commandant refusa de débarquer les troupes de terre tant que le général n'aurait pas rejoint; il passa ainsi quelques jours au mouillage, puis remit à la voile et rentra à Brest où étaient revenues aussi les autres divisions, après avoir perdu deux vaisseaux et trois f restâtes.

Après ce triste mécompte, le sort de la paix et de la guerre ne pouvait plus être décidé qu'en Italie. Après avoir repoussé Alvinzi sur la Brenta et Davidowitch dans les défdés du Tyrol; après avoir placé ses divisions de manière à garder Vérone et la ligne de l'Adige en protégeant le siège de Mantoue , le général Bonaparte passa tout le mois de décembre à Milan. Il s'y occupa II. 5

G(3 DISPOSITIONS PRISES PAR LE GÉNÉRAL BOiNAPARTE.

de la tâche diflicile d'établir le Lon ordre dans Tadmiiiistratioii militaire et dans le service de fournitures. Pour y réussir il aurait fallu des circonstances plus calmes, un loisir plus complet ; ses efforts avaient peu de succès. Le Directoire, qui se plaignait de cet état de choses , ne faisait rien pour aider le général à le réformer; le choix de ses agents était mauvais ; les fripons avaient des protecteurs à Paris et aussi parmi les généraux de l'armée d'Italie qu'il fallait ménager, tant leur vaillance et leurs mérites militaires les rendaient importants.

Une autre occupation de cet intervalle de repos c'était le patronage des républiques qui se formaient dans les provinces occupées par l'armée française. L'intention du général était d'en créer une seule, vaste et puissante; mais en attendant, il laissait un libre cours à l'ardeur d'indépendance des hommes principaux qui étaient chefs de cette opinion dans chaque province. Il y eut d'abord trois répubhques, à Milan, à Bologne, à Modène ; chacune avait plutôt une administration qu'un gouvernement. Le général en chef leur demandait une perception régulière des contributions en argent ou en nature destinées à Tentretien de l'armée. Il cherchait aussi à profiter de la bonne volonté que leur inspirait l'espoir de l'indépendance italienne pour recruter des soldats dont il forma une division. Une légion de réfugiés polonais avait été mise au service de la ré[)ublique de Milan ; mais elle ne fut pas d'abord employée contre les armées autrichiennes ; car la plupart étaient sujets de celte puissance depuis qu elle s'était emparée de leur malheureuse patrie.

Le devoir qu'il iiiq)Osait le plus absolument à ces nouveaux ré[)ublicaiiis, c'était le maintien de la tran-

quillité publique; il voulait que cette transformation de la souveraineté et du gouvernement ne fût point une subversion de la société; les violations de la justice et de la propriété devaient, selon ses injonctions, encourir une répression sévère.

— « ^ J'ai été affligé, disait-il au peuple de Modène, de voir à quels excès se sont portés quelques mauvais sujets. Un peuple qui se livre à des excès est indigne de la liberté. Un peuple libre est celui qui respecte les personnes et les propriétés. L'anarchie produit la guerre intestine et toutes les calamités publiques. Je suis l'ennemi des tyrans, mais avant tout l'ennemi juré des scélérats, des pillards et des anarchistes. Je fais fusiller les soldats de l'armée que je commande lorsqu'ils pillent; je ferai fusiller ceux qui, renversant l'ordre social, sont l'opprobre et le malheur du monde.

« Voulez -vous que la république française vous protège? Voulez-vous que l'armée française vous estime et s'honore de faire votre bonheur? Voulez-vous que je puisse me vanter de l'amitié que vous me témoignez? Réprimez le petit nombre de scélérats ; faites que personne ne soit opprimé. Quelles que soient ses opinions, personne ne peut être arrêté qu'en vertu de la loi. ^)

Il écrivait à un Milanais qui avait toute sa confiance^ : — « J'ai lu avec indignation le détail de la scène anarchique et licencieuse dont vous avez failli être la victime. Tant que les armées françaises seront à Milan, je ne souffrirai jamais que les propriétés soient insultées, non plus que les personnes. En réprimant cette poignée de brigands, qui croient que la liberté est le droit d'as-

•I. i9 octobre.

Page 1