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bliez pas que les lois sont nulles sans la force. Vos premiers regards doivent se fixer sur votre organisation militaire. La nature vous a tout donné; vos délibérations témoignent de votre concorde et de votre sagesse ; il ne vous manque , pour parvenir au but , que des bataillons aguerris et animés du saint enthousiasme de la patrie. Vous vous trouvez dans une situation plus heureuse que le peuple français. Vous pouvez parvenir à la liberté sans révolution. Les malheurs qui ont affligé la France avant l'établissement de sa Constitution, seront inconnus parmi vous. L'union régnera entre toutes les classes de citoyens. Vos sentiments seront en harmonie avec vos principes, et la république , soutenue par votre courage , vous donnera la liberté et le bonheur. »
Si les journalistes, qui harcelaient le général Bonaparte, avaient mieux étudié sa conduite en Italie, ils ne l'auraient point accusé d'être l'ami et le protecteur du parti jacobin. Par caractère plus que par projet, sans avoir encore un dessein arrêté, il voulait, non pas les révolutions qui changent la société, mais les révolutions qui renouvellent le pouvoir et le mettent aux mains capables d'en faire un grand usage. 11 aimait l'ordre comme un moyen essentiel du succès.
Toutefois, lors même que les écrivains de la polémique et les hommes échauffés par l'esprit de parti , auraient eu la connaissance prévoyante de son génie , ils ne lui seraient pas devenus plus favorables. Les royalistes voulaient une restauration du pouvoir ancien ; le Directoire et la faction révolutionnaire voulaient conserver le pouvoir dont ils s'étaient emparés ; les modérés demandaient la paix et la hberté : de telle sorte que la gloire du général Bonaparte et l'admira-
tien qn'il inspirait, ne faisaient point qu'il eût un parti en France.
Les négociations avec Rome étaient rompues; M. Cacault désespérait de les renouer ; le cardinal Mattei n'osait pas se risquer à conseiller la paix, ni même la soumission aux articles de l'armistice. L'Autriche avait parmi les cardinaux un parti passionné et incapable de prudence et de raison ; le cardinal Albani en était le chef, et le cabinet de Vienne lui dictait son langage et sa conduite. La défaite des armées autrichiennes, leurs entreprises déjà repoussées trois fois n'ôtaient point aux conseillers du Pape la conviction qu'avant peu Mantoue serait débloqué, le général Bonaparte vaincu et les Français exterminés dans toute l'Italie. La cour de Naples, qui venait de signer la paix avec la France , encourageait cette téméraire obstination et faisait espérer qu'elle reprendrait les armes au moment opportun.
Le Directoire , après avoir été opposé à un traité avec Rome, après avoir rendu la négociation difficile, préoccupé maintenant de la nécessité de traiter avec l'Autriche, ne voyait pas, même après la réponse faite au général Clarke, qu'en ce moment c'était chose impossible : il croyait qu'en signant la paix avec le souverain pontife, il écarterait une des difficultés qui entravaient la négociation avec l'Autriche; il pressait donc le général Bonaparte et M. Cacault*.
Le seul moyen de persuasion qu'il fût possible d'employer avec le Pape , c'était de marcher sur Rome , ce qui eût été imprudent avant la prise de Mantoue.
Il était urgent de pourvoir à la défense de Bologne , ou plutôt de rassurer la nouvelle république, effrayée
^. Lettre de M. Cacault, 17 novembre.
(Fiin rasseml»lement de troupes que le gouvernement romain avait placé sur la limite de la Romagne et des Légations. Le 6 janvier, un détachement de trois mille Français et de quatre mille Italiens entra à Bologne , après avoir passé le Pô. Cette démonstration ne produisit aucun effet à Rome, où l'on savait qu'une nouvelle armée autrichienne était déjà en mouvement pour débloquer Mantoue,
Le gouvernement autrichien avait mis à profit les deux mois qui venaient de se passer depuis la bataille d'Arcole ; plusieurs divisions tirées des bords du Rhin étaient déjà dans le Frioul. Des l)ataillons d'excellents tirailleurs avaient été formés dans le Tyrol; un mouvement national animait toute la monarchie autrichienne. Les revers éprouvés en Italie n'avaient point découragé Tentliousiasme inspiré par les triomphes de l'archiduc Charles ; toutes les villes offraient des bataillons de volontaires; l'impératrice avait brodé de ses mains les drapeaux des volontaires viennois. Au commencement de janvier 1797, l'armée autrichienne était de soixante-cinq mille hommes, sans compter six mille Tyroliens. Si elle pouvait faire sa jonction avec la garnison de Mantoue, elle serait de près de cent mille hommes.
L'armée française avait reçu depuis Arcole un renfort de sept mille hommes. Elle se composait de cinq divisions. Joubert occupait Rivoli et Bussolingo, sur Je haut Adiae, et la rive orientale du lac de Garde; Rev était à Desenzano, entre Peschiera et Brescia; Masséna, à Vérone avec une avant-2;arde à Saint-Michel ; Anijereau , à Leanaiïo , sur le bas Adiae ; Serrurier commandait le blocus de Mantoue : les positions étaient
défendues par des retranchements; les villes étaient fortifiées; l'attaque des Autrichiens n'était pas imprévue : tout était disposé pour l'attendre. Une lettre qu'un agent secret portait au maréchal Wtirmser fut saisie : on connut ainsi le plan de l'ennemi et ses espérances.
Le quartier général autrichien était à Bassano. Dans les premiers jours de janvier, Alvinzi mit son armée en mouvement sur deux routes différentes. Il se dirigea avec quarante-cinq mille hommes sur Roveredo , aQn d'attaquer les Français sur le haut Adige. Le général Provera porta son quartier général à Padoue pour manœuvrer sur le bas Adige , le passer et arriver sur Mantoue.
Le 12 janvier, une division du général Provera attaqua Masséna. Le combat de Saint-Michel, entre Vérone et Caldiero , coûta neuf cents prisonniers aux Autrichiens. Ils furent repoussés jusqu'à Caldiero. Le même jour, la division Joubert avait aussi repoussé l'ennemi au combat de la Corona, en avant de Rivoli.
Le général en chef avait quitté Bologne dès qu'il avait appris que l'armée autrichienne se mettait en mouvement ; il arriva à Vérone pendant le combat de Saint-Michel. Dès le soir, il replia la division Masséna derrière Vérone; il croyait en ce moment que l'effort des Autrichiens serait sur le bas Adige, et il voulait s'y porter sans retard. Le général Duphot s'était retiré sur la rive droite de la rivière , à Legnago , cédant à des forces très-supérieures.
Mais on apprit dans la soirée du 1 3 que Joubert était attaqué par toute l'armée d'Alvinzi, et qu'il ne pouvait se soutenir s'il ne lui arrivait des renforts ; c'était donc
sur ce point que le danger était le plus pressant. Joubert avait dû prendre une position en arrière de la Corona, sur le plateau de Rivoli , position forte , mais qu'il n'était pas en état de défendre. Il devenait évident que le principal effort d'Alvinzi était sur le haut Adige; que là se déciderait le sort de cette nouvelle campagne. S'il s'emparait de Rivoli , il ferait sa jonction avec Provera et ils opéreraient ensemble.
Aussitôt le général mit en mouvement les divisions de Masséna et de Rey. Elles étaient en marche dès la chute du jour ; lui-même partit en poste à huit heures du soir, avec son état-major.
A deux heures du matin, le 15 janvier, il arriva à Rivoli; la nuit était sereine, le clair de lune resplendissant. Accompagné de Joubert et de Berthier, il passa les dernières heures de la nuit à observer, du haut des différents sommets de cette région montagneuse, les lignes des feux ennemis.
Le plateau de Rivoli est placé dans l'espace assez étroit qui sépare l' Adige du lac de Garde. C'est un terrain élevé au-dessus de la rive gauche du lac et de la rive droite de la rivière; il est la continuation d'une chaîne de montagnes qui , descendant du Tyrol en s'abaissant, sépare les deux bassins.
C'était entre le lac et l'Adige que le général Bonaparte voyait clairement la disposition des colonnes autrichiennes divisées en six campements dont les feux de bivouacs illuminaient la nuit; il apprécia leur nombre, qui pouvait être de quarante mille hommes au moins. Mais ces campements étaient distants les uns des autres et paraissaient annoncer que l'armée autrichienne allait manœuvrer pour tourner l'armée française et lui couper toute retraite. Croyant n'a-
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voir à combattre que l'armée de Joubert, Alvinzi avait dû cojicevoir ce projet.
Le général Bonaparte jugea combien il importait de commencer l'attaque avant que les colonnes autrichiennes, séparées par les distances qu'il venait de reconnaître, se fussent mises en mouvement; ainsi elles n'auraient pas le temps de se porter mutuellement secours et de se réunir.
Le plateau de Rivoli est dominé par une position élevée qui tient à la cliaîne des montagnes. Joubert, n'espérant pas défendre ce poste désigné sous le nom de la chapelle Saint-Marco, l'avait abandonné depuis quelques heures. Ce fut sur ce point que la bataille s'engagea à quatre heures du matin.
Il importait de s'assurer du seul passage par où l'ennemi pouvait faire déboucher sa cavalerie et son artillerie sur le plateau.
Les Autrichiens n'avaient pas encore occupé fortement la chapelle Saint-Marco; elle fut reprise assez vite, et la colonne autrichienne fut repoussée sur la crête qui rattache le plateau à la ligne des montagnes. A neuf heures du matin, une autre colonne ennemie arriva sur le plateau, mais sans artillerie ni cavalerie. Ce mouvement menaçait la gauche de l'attaque du général Joubert, dont les forces étaient inférieures en nombre. Une demi-brigade fut débordée et rompue. La division qui s'était avancée sur la crête fut même forcée de reculer, mais elle se défendait avec vigueur. Il y eut un moment où la victoire semblait assurée aux Autrichiens. La gauche de Joubert ayant cédé, le centre allait être tourné.
Le général en chef avait couru au village de Rivoli où la division ^ïasséna , qui avait marché toute la
nuit, prenait un instant de repos; il la mena à l'ennemi : en moins d'une demi-heure la colonne autrichienne fut mise en déroute.
Ainsi l'échec éprouvé parla gauche était réparé, et de ce côté tout l'avantage était aux Français, mais la colonne centrale du général Joubert avait été contrainte à revenir en arrière; elle avait abandonné la chapelle de Saint-Marco, en se repliant vers Rivoli. Les Autrichiens l'avaient occupée de nouveau et débouchaient sur le plateau. Leurs tirailleurs, dispersés sur le bord le plus élevé d'un ravin, qui le séparait en deux parties et sur les rochers qui le dominaient , jetaient quelque désordre dans les lignes françaises. Là pouvait être décidé le sort de la bataille.
Le général Bonaparte se hâta de faire arriver de la cavalerie et de l'artillerie. Plusieurs charges de cavalerie eurent un plein succès; une batterie de quinze pièces foudroyait les colonnes qui débouchaient par le chemin étroit et escarpé par où elles gravissaient vers la chapelle Saint-Marco. Les autres divisions autrichiennes ne pouvaient prendre part à l'action, car le champ de bataille était inaccessible. L'ennemi fut culbuté dans le ravin ; Saint-Marco fut repris; tout ce qui avait débouché sur le plateau fut fait prisonnier.
Pendant que se donnait la bataille , la colonne la plus rapprochée du lac, à l'extrémité droite de la ligne autrichienne, et conséquemment la plus éloignée du plateau de Rivoli, avait fait le mouvement qui lui avait été indiqué la veille au soir; elle était, par un long détour, parvenue en arrière de l'armée française, sans obstacle et sans combat, laissant seulement une brigade en observation devant un village qu'occupait un réiîiment de rarrière-2;arde de Masséna.
Cette colonne, que commandait M. de Lusignan, Français au service d'Autriche, était ainsi arrivée sur la roule de Vérone; on entendait le canon de Rivoli; on voyait de loin la bataille : jugeant qu'elle était perdue pour les Français, les oiïiciers autrichiens criaient: (( Nous les tenons ! » Et, en effet, ils auraient rendu la retraite impossible à une armée battue, mais il ne s'agissait pas de retraite. Bientôt l'illusion cessa, et ils reconnurent que les Autrichiens étaient en déroute. Cette colonne n'avait pas d'artillerie; elle se vit sans moyen de défense, elle fut canonnée, puis chargée par une brigade qui rejoignait l'armée française , et fut prise en entier. Le détachement qu'elle avait laissé en observation fut mis en déroute et en grande partie tué ou pris.
La division Joubert poussa en avant avec une telle promptitude qu'on crut un moment que toute l'armée d'Alvinzi serait prise ; il comprit quel était son danger, il tint ferme avec sa réserve et regagna même un peu de terrain ; mais la bataille était perdue; sept mille prisonniers et douze pièces de canon furent les trophées de la journée. Le général en chef eut plusieurs chevaux blessés et fut plus d'une fois entouré par l'ennemi.
Le même jour, 18 janvier, le général Provera jetait un pont sur l'Adige au-dessus de Legnago et passa la rivière. Le général Augereau n'avait pas les forces suffisantes pour s'opposer à ce mouvement. Le général autrichien avait une marche d'avance sur lui et s'avança vers Mantoue; le blocus était compromis. Le général en chef apprit sur le champ de bataille de Rivoli que l'Adige était passé; il laissa à Masséna, à Joubert et à Murât, le soin de suivre Alvinzi dans sa retraite , et il
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partit à l'heure même emmenant quatre régiments; il avait treize lieues à faire, et arriva au quartier p;énéral de l'armée de siège à Roverbella, en même temps que Provera se présentait devant Saint-Georges, un des faubourgs de Mantoue. Le général Hohenzollern avait déjà tenté d'y surprendre une division française et avait été repoussé. Provera l'investit dans son cantonnement qui était défendu par un fossé et une palissade. Le général Miollis n'avait que quinze cents hommes ; il se défendit toute la journée. Provera avait pu facilement communiquer avec Mantoue par une barque qui traversa le lac. Dès le lendemain , Wiirmser fit une sortie avec la garnison sur la digue dont l'entrée était défendue par la citadelle située près du château de la Favorite.
Le général Victor fut placé avec les quatre régiments arrivés de Rivoli entre la Favorite et Saint-Georges, pour empêcher la jonction de la garnison et de l'armée de Provera. Serrurier attaqua la garnison, et Victor l'armée de secours. Ce fut à cette bataille qu'une des demibrigades mérita le surnom de « Terrible. » Elle aborda la ligne autrichienne, renversant tout devant elle.
La garnison fut repoussée dans la place ; le général Provera capitula et posa les armes; six mille hommes, plusieurs généraux, un parc d'artillerie, beaucoup de drapeaux tombèrent au pouvoir du vainqueur. Telle fut la bataille de la Favorite'.
Pendant ce temps, une colonne que Provera avait laissée en arrière-garde fut attaquée, battue et prise par la division Augereau. De toute l'armée de Provera,