I. 3 février
le jiiiïez pratica])le. Le Directoire s'en rapporte au zèle et à la prudence qui vous ont constamment dirigé dans votre carrière glorieuse. Quel que soit le parti que vous })rendrez , le Directoire n'y verra jauiais que votre désir de servir votre pays et de ne point conq)romettre légèrement ses intérêts. »
A supposer qu'au moment où il était entré dans les États romains, le général Bonaparte fût réellement animé contre le gouvernement pontifical , il était loin des préjugés et des passions du Directoire. Ce qu'il avait vu des dispositions du-peuple, de Tempire fjue la religion et ses ministres avaient sur toutes les classes en Italie, contribua sans doute à le confirmer dans la pensée qu'il avait eue presque constamment ; il n'eut pas la volonté d'abolir l'unité romaine et de détruire l'autorité souveraine et catholique du Pape. En outre, il savait que la cour d'Espagne ne verrait point patiemment une telle révolution ; qu'une guerre avec Naples deviendrait inévitable et rendrait plus dangereux les nouveaux efforts que rAutriclie allait tenter.
11 prévoyait le moment prochain où l'empereur serait assez vaincu pour traiter de la paix , et ne voulait pas rendre plus difficile cette paix qui devait être son œuvre.
Le Pape et son entourage ne savaient pas que la disposition du vainqueur fût aussi raisonnable et pacifique. 11 se préparait à quitter Rome; les grandes familles se tenaient prêtes à se réfugier dans le royaume de Naples; on emballait tous les objets précieux; on chargeait les voitures pour Terracine.
La réponse que le général Bonaparte fit à la lettre du cardinal iMattei calma cette épouvante. Il écrivit, le
12 février, qu'il accordait cinq jours pour que Sa
Sainteté lui envoyât des |)léni])Otentiaires chargés de traiter immédiatement de la paix.
Le Pape adressa aussitôt une lettre : « A notre cher fils le général Bonaparte.
(( Désirant terminer de bon gré les différends existants entre nous et la république française, par le moyen de la retraite des troupes que vous commandez, nous envoyons et députons vers vous, comme nos plénipotentiaires, deux ecclésiastiques, Mgr le cardinal Mattei parfaitement connu de vous et Mgr Galeppi , et deux séculiers, le duc don Louis Braschi, notre neveu, et le marquis Camille Massimi , pour concerter avec vous, promettre et souscrire telles conditions que nous estimons justes et raisonnables. Assuré des sentiments de l)ienveillance que vous avez manifestés, nous nous sommes abstenu de tout déplacement de Rome , et par là vous serez persuadé combien est grande notre confiance en vous. Nous finissons, en vous assurant de notre plus grande estime et en vous donnant la paternelle bénédiction apostolique. )>
Les plénipotentiaires pour la France étaient le général Bonaparte et le citoyen Cacault.
Avant que la négociation fût entamée , le prince Belmonte arriva au quartier général de Tolentino ; il était chargé par son souverain d'intervenir en faveur du Pape, et d'engager le général en chef à entrer en négociation sans aller plus loin , et à ne pas imposer des sacrifices contraires à la religion et préjudiciables aux puissances italiennes. Le prince Belmonte ajouta qu'il était autorisé à annoncer confidentiellement au général que le roi son maître faisait marcher un corps de troupes pour appuyer son intervention.
Le général lui répondit confidentiellement aussi : — « Si je n'ai pas, il y a trois mois, abattu l'orgueil du Pape, c'est que je savais fort bien que, contre le droit des gens et la teneur du traité, le roi de Naples voulait se mêler de cette affaire-là. Mais aujourd'hui les trente mille hommes qui bloquaient Mantoue sont disponibles , et mon gouvernement en envoie quarante mille à l'armée d'Italie. Si le roi votre maître me jette le gant, je le ramasserai. Du reste , la République donnera au roi de Naples toutes les satisfactions compatibles avec sa dignité et son intérêt. »
Cette réponse ne prouvait ni intention hostile, ni même irritation contre la cour de Naples. Le général Bonaparte était disposé à la ménager; elle pouvait lui être utile lorsqu'il lui conviendrait de négocier avec l'Autriche. Déjà le général Bonaparte avait de secrètes intelligences avec le prince Belmonte, avec le marquis de Gallo , ambassadeur de Naples à Vienne et le marquis Manfredini. Par là, il était au courant de ce qui se passait à Vienne, de l'influence que le parti de la paix pouvait acquérir sur les volontés de l'empereur. L'archiduchesse Caroline, reine de Naples et mère de l'impératrice , exerçait toujours beaucoup d'action sur sa famille et sur le cabinet de Vienne. A cette époque, elle croyait que la paix était nécessaire et donnerait au royaume de Naples une sécurité qu'elle ne pouvait espérer, tant que l'Italie serait le théâtre d'une guerre où les Français étaient constamment vainqueurs; elle avait mis dans ses intérêts le ministre Thuiïut.
Les conférences s'ouvrirent à Tolentino, où le quartier général était établi, à trois journées de Rome, La discussion ne pouvait se prolonger beaucoup. La volonté du vainqueur aurait pu être plus dure, mais
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les conditions, quelque doiilonrenses qu'elles fussent, étaient fermement arrêtées dans l'esprit du général Bonaparte. Il écouta sans impatience les longues supplications et les représentations de Mgr Galcppi , mais ne varia point sur les bases de la négociation. ïlome avait violé un armistice qu'elle avait sollicité et signé; elle avait fait la guerre à la France; elle était coupable et vaincue. Ainsi elle avait une punition à subir. Les trois légations, le duché d'Urbin, la marche d'x\ncône, les provinces de Macerata et de Pérouse, étaient au pouvoir de l'armée française ; il fallait les céder ou les racheter par de fortes contrilmtions de guerre ; la négociation consista donc à régler quel territoire serait laissé au Pape , et quelles sommes il aurait à payer.
Le Pape renonçait à toute alliance offensive ou défensive avec tout Etat ou puissance quelconque ennemi de la France.
La république française devait continuer à jouir des droits et prérogatives que la France avait à Rome.
Le Pape renonçait à tous les droits qu'il pourrait prétendre sur la ville et le territoire d'Avignon et sur le comtat Venaissin , et abandonnait lesdits droits à la république française.
Le territoire connu sous le nom de légations de Bologne, Ferrare et Romagne, était également cédé à la république française; aucune atteinte ne serait portée à la religion catholique dans lesdiles légations.
La ville et le territoire d'Ancôiie restaient à la république française jusqu'à la paix continentale.
Le Pape s'engageait à faire payer, avant le 5 mars, la somme de quin/.e millions qui restait due sur les seize millions stipulés par l'armistice.
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Les réquisitions de seize cent chevaux et de héla-^ réglées par l'armistice étaient exigées.
En outre, une contribution de quinze millions étai' imposée.
Le gouvernement de Sa Sainteté désavouerait l'assassinat commis sur la personne du secrétaire de légation Basseville. Trois cent rrille livres d'indemnités seraient payées aux Français qui avaient souffert de cet attentat.
Les personnes détenues pour opinions politiques seraient mises en liberté.
L'école des arts instituée à Rome pour des Français serait rétablie.
Le général, pour se conformer aux instructions du Directoire, voulait qu'un article du traité portât la suppression de l'inquisition. Il lui fut expliqué comment, à Rome, Tinquisition était une commission de police et de censure, et qu'elle ne brûlait personne. Le Pape attachait une importance extrême à ne point subir cette condition qu'il jugeait une atteinte portée à son pouvoir spirituel ; il en écrivit particulièrement au général, qui consentit à retrancher cet article.
Telles furent les principales dispositions du traité de Tolentino, qui fut signé le 19 février 1797. Aussitôt après , le général Bonaparte envoya à Rome le colonel Junot , son aide de camp , pour présenter au pape une lettre où il annonçait la conclusion de la paix.
« Très-saint Père , je dois remercier Votre Sainteté des choses obligeantes contenues dans la lettre qu'elle s'est donné la peine de m'écrire. La paix entre la république française et Votre Sainteté vient d'être signée.
(( Je me félicite d'avoir pu contribuer à son repos par-
ticulier. J'engage Votre Sainteté à se méfier des personnes qui sont à Rome, vendues aux cours ennemies de la France, ou se laissant guider par des passions haineuses, qui entraînent toujours la chute des Etats. Toute l'Europe connaît les intentions pacifiques et les vertus conciliantes de Votre Sainteté. La république française sera, j'espère, une des amies les plus vraies de Rome. J'envoie mon aide de camp pour exprimer à Votre Sainteté l'estime et la vénération parfaite que j'ai pour sa personne, et je la prie de croire au désir que j'ai de lui donner dans toutes les occasions les preuves de respect et de vénération , avec lesquelles j'ai l'honneur d'être son très-obéissant serviteur. »
Cette lettre fut publiée ; les égards respectueux pour le Pai)e, le ménagement de son autorité religieuse, Tintérêt témoigné aux prêtres français firent une vive im- [)ression en Europe, et grandirent encore le général Bonaparte. En France, le parti modéré qui jusqu'alors n'avait pas montré une assez juste admiration pour son génie guerrier, et qui souvent avait blâmé ses idées politiques, lui prodigua ses hommages.
Mais les philosophes de la Révolution et La Réveillère Lepeaux* qui était devenu une sorte de pape pour les théophilanthropes, ne pouvaient cacher leurs regrets et leur mécontentement; ils ne concevaient pas que le général de la République se fût refusé à triompher au Capitole , à éteindre pour jamais les foudres du fanatisme, et à célébrer la fête de la liberté sur le tombeau des Gracques.
Le général Bonaparte ne voulait pas cependant être soupçonné d'avoir agi dans les affaires de Rome par un