‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 38 sur 152 · ENTRETIEN DU GÉN. BONAPARTE ET DE U. DE LUCCIIESINI · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DU GÉN. BONAPARTE ET DE U. DE LUCCIIESINI

lorsqu'il revenait de Toleritino. La conversation fut longue. M. (le Lucchesini se répandit en paroles admiralives , parla beaucoup aussi de tout ce qu'il avait fait pour que le cabinet de Berlin fût toujours en rapports d'amitié avec la France. Le général Bonaparte lui adressa une suite de questions précises et portant sur des faits positifs, ainsi que cela était dans ses habitudes ; il voulut être informé de tout ce qui se préparait en Allemagne et à Vienne , de la disposition des personnes et de l'état des affaires.

M. de Lucchesini , pour obtenir plus de confiance, chercha à entrer dans les vues du gouvernement français, et à amener la conversation sur les arrangements possibles en Allemagne, sur les changements que pouvait recevoir la constitution germanique et même sur Tabolition de la dignité impériale. Il lui paraissait impossible qu'on pût traiter du sort de l'Allemagne, sans la médiation du roi de Prusse.

Le général l'interrompit: — « La Prusse est notre amie, dit-il, mais non pas notre alliée. » — Puis il ajouta : — « Cela ne me regarde pas. Je ne suis chargé que d'étriller l'Autriche, et je pense ne pas m'en être mal acquitté. C'est le général Clarke qui a été chargé de négocier. L'Autriche a refusé d'entrer en négociation. Voilà où nous en sommes. Si Thugut devient i)lus traitable, vous pourrez vous adresser à Clarke; mais le moment n'est pas venu, d'ailleurs Clarke part à l'instant pour Turin. »

La néG;ociation dont le général Clarke était charité se rapportait au projet d'une alliance offensive et délensive avec le roi de Sardaigne, qui aurait envoyé un contingent de dix mille honmies. Le traité fut conclu, mais le Directoire refusa de le ratifier. En ce moment,

CAMPAGNE CONTRE l'aRCHIDLC CHARLES. 101

il avait sur Fltalie d'autres vues que le géuéral Bonaparte.

Plus d'une fois, et sur ce point d'accord avec le Directoire, il avait proposé au gouvernement vénitien de conclure, comme le roi de Sardaigne, un traité d'alliance et de fournir dix mille hommes. Cette proposition fut encore renouvelée et repoussée par le sénat de Venise. Ce refus était probable et sans doute on s'y attendait. En accédant à Talliance française, la république de Venise aurait obtenu des garanties pour son existence, peut-être même pour son accroissement ; en se refusant à la bonne volonté qui lui était témoignée, la seigneurie vénitienne dégageait les négociateurs, qui prochainement auraient à régler le sort des Etats italiens, de Tobhgation qu'un traité d'alliance leur eût imposée.

Le général Bonaparte n'avait donc pas compté sur un corps auxiliaire fourni par la république de Venise; les Piémontais, si la négociation du général Clarke réussissait, ne pouvaient rejoindre son armée avant le commencement de la campagne. Dans ces traités d'alliance, il voyait surtout une garantie de la tranquillité des populations dans les territoires laissés loin en arrière de son armée. Elle était devenue beaucoup plus forte. Les armées du Rhin et de Sambre-^et-Meuse avaient été diminuées , et les détachements qui lui étaient annoncés depuis longtemps allaient arriver sur le théâtre de la guerre. Ce renfort que commandait le général Bernadotte, devait être de trente mille hommes; Carnot les lui avait promis; vingt mille seulement se trouvèrent à l'ouverture de la campagne.

L'archiduc Charles était arrivé à Vienne le 20 février; il fut nommé générahssime de toutes les armées autri-

102 CAMPAGNE CONTRE l'aRCHIDUC CHARLES.

chiennes; mais il n'avait ni assez d'ambition, ni assez de décision dans le caractère pour faire de ce commandement une dictature. 11 resta assujetti à la direction et aux projets du conseil aulique. Le comte de Bellegarde, en qui il avait la plus grande confiance, s'était rangé à l'opinion du baron de Thugut. Dans leur pensée, qu'ils avaient peut-être déjà fait partager à l'empereur, la guerre devait être continuée seulement afin d'obtenir des conditions meilleures, en traitant de la paix.

Pour que l'archiduc eût la possibilité de défendre l'Allemagne contre l'armée française déjà en possession de toute la haute Italie , et pour se maintenir sur la ligne du Tagliamento, des renforts détachés des armées autrichiennes du Rhin lui étaient indispensables. L'obstination qu'il] avait mise à faire pendant deux mois le siège de Kelh , tandis que Wiirmser était enfermé à Mantoue, et Alvinzi, vaincu à deux reprises, avait été un sujet d'étonnement pour toute l'Europe. Cette défense, d'une place à peine fortifiée, contre toutes les forces de l'archiduc , ce fait d'armes si glorieux pour l'armée du Rhin et pour le général Desaix, avait eu pour résultat une capitulation honorable, puisque la garnison obtenait de se retirer en emmenant toute son artillerie et ses munitions ; elle ne laissait aux Autrichiens que des fortifications en ruine.

Au lieu de rentrer en campagne, les armées françaises de Sambre-et-Meuse et du Rhin s'étaient dégarnies pour augmenter les^forces de l'armée d'Italie. Ainsi il était de toute évidence que l'archiduc se hâterait d'appeler aussi une partie de son armée d'Allemagne au secours des frontières méridionales et à la défense des routes qui pouvaient conduire les Français jusqu'à Vienne Des ordres furent donnés; dans les premiers

Page 1