‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 43 sur 152 · V20 PRÉLIMINAIRES DE LÉOBEN · texte numérisé non relu

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donc i)lus (le négociateurs de la yieille roche? qu'est devenue la haute aristocratie viennoise? w

Le général Bonaparte savait parfaitement quelle était la position du marquis de Gallo; comment il avait toute la confiance de l'impératrice, et comment plus qu'aucun autre il s'était employé à décider la négociation; on ne pouvait donc pas s'étonner qu'il en fût chargé. Sans doute, le général Bonaparte l'avait souhaité ; mais il lui convenait de troul)ler et d'intimider un homme qu'il savait doué de finesse et d'esprit de conduite plus que de courage et de fermeté.

Une première conférence eut lieu le 1 5 avril ; les plénipotentiaires autrichiens, croyant hien faire, avaient mis, pour article premier, que l'empereur reconnaissait la répul)lique française. Le général se récria : — i( La répuhlique française n'a nul hesoin d'être reconnue. C'est le soleil sur l'horizon ; tant pis pour qui ne veut pas le voir. » — Lorsque le comité de salut puhlic avait traité avec l'Espagne et avec la Prusse, aucun article n'avait porté que la Répuhlique était reconnue. Le fait de signer un traité avec elle impliquait cette reconnaissance. Supposer que la forme de gouvernement adoptée par la France pût être mise en question, eût été une offense à son indépendance nationale.

Plusieurs projets furent rédigés dans des conversations particulières entre le général et M. de Gallo ; puis déhattus dans la conférence; le 16 avril, rien ne fut conclu, et trois projets furent envoyés à Vienne, afin que l'empereur déclarât ses intentions. Le plénipotentiaire français les transmit ainsi au Directoire :

— «Si j'avais voulu consentir, écrivait-il, à adopter

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un article qui assurait à l'Autriche la restitution du Milanais avec une portion des Etats de Venise ou des légations, les négociateurs avaient le pouvoir de signer sur-le-champ. Cet arrangement ne m'a point paru possihle. J'ai offert la restitution du Milanais ou de la Lomhardie ; ils n'ont pas voulu. L'empereur refuse toute compensation en Allemagne et veut être dédommagé en Italie.

i( Si l'un des trois projets est accepté à Vienne, les préliminaires de la paix pourront être signés le 20. Si rien de tout cela n'est accepté, nous nous battrons ; et si l'armée de Sambre-et-Meuse s'est mise en marche le 20, elle peut, dans les premiers jours du mois, avoir frappé de p:rands coups. Les meilleurs généraux et les meilleures troupes sont en face de moi. Quand on a bonne volonté d'entrer en campagne, il n'y a rien qui arrête. Jamais, depuis que l'histoire nous retrace des opérations militaires, une rivière n'a été un obstacle réel. Si Moreau veut passer le Rhin, il le ])assera; s'il Tavait passé, nous serions en état de dicter les conditions de la paix d'une manière impérieuse et sans courir aucune chance ; mais qui craint de perdre sa gloire est sûr de la perdre. J'ai passé les Alpes juliennes et les Alpes noriques sur trois pieds de glace : j'ai fait passer mon artillerie par des chemins où jamais chariot n'avait passé. Si je n'eusse vu que la tranquillité de l'armée et mon intérêt particulier, je me serais arrêté après avoir passé Tlsonzo. Je me suis précipité en Allemagne pour dégager les armées du Rhin et empêcher Tennemi d'y prendie Toffensive. Je suis aux portes de Vienne, et cette cour insolente et orgueilleuse a ses plénipotentiaires à mon quartier général. Il faut que les armées du Rhin n'aient point de sang dans les

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veines. Si elles me laissent seul, alors je retournerai en Italie. L'Europe entière jugera la différence de conduite des deux armées. Elles auront ensuite sur le corps toutes les forces de l'empereur ; elles en seront accablées, et ce sera leur faute. »

Le baron de Vincent arriva de Vienne le 17 avec la réponse de l'empereur. Aussitôt la conférence s'occupa à rédiger les articles d'après les conditions déjà consenties, et le 18 au matin, dans une petite maison de campagne, près de Léoben, qui fut déclarée territoire neutre, les conditions préliminaires de la paix furent signées par le général Bonaparte et les deux plénipotentiaires.

Le texte de ces articles ne fut point rendu public; mais le sens et le résumé ne demeurèrent point secrets ; les journaux les firent connaître à peu près dans ces termes : — 1 ° renonciation de la part de l'Autriche à tout droit sur les provinces belges et reconnaissance des frontières de la République, fixée par les lois constitutionnelles; 2" réunion d'un congrès pour traiter de la paix avec l'empire d'Allemagne, en prenant son intégralité pour base; 3" renonciation de rAutriche à ses possessions en deçà del'Oglio, et cession en échange de la partie des Etats vénitiens, située entre cette rivière, le Pô et la mer Adriatique ; et de plus la Dalmatie vénitienne et l'Istrie; 4° cession à l'Autriche, après la ratification du traité définitif, des forteresses de Palma Nova, Manloue et Peschiera; 5° les légations de llomagnc, Bologne et Ferrare sont destinées à indemniser la république de Venise; 6" reconnaissance de la république cisalpine.

Le général Bonaparte n'avait pas attendu l'arrivée du plénipotentiaire accrédité par le Directoire; Il avait

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pris sur lui de signer les articles : aussi bien était-ce lui qui les avait \oulus ou consentis. En les envoyant au Directoire, il s'attacha à développer tous les avantages que la France obtenait par ce traité.

— c( Nous avons dans le cœur de l'Italie une république avec laquelle nous communiquerons par le territoire de Gênes et par la mer. Dans toutes les guerres futures, en Italie, nos communications seront assurées. Le roi de Sardaigne se trouve désormais à notre disposition. »

La plus étonnante des conditions préliminaires était celle qui , sans le concours de la république de Venise, lorsqu'elle n'était ni belligérante ni alliée d'aucune des deux puissances , disposait de son territoire , lui prenait des provinces et lui en donnait d'autres. Cet article n'était explicable qu'en supposant une convention secrète entre la France et l'Autriche : le général la laissait entrevoir.

— (( Bologne, Ferrare et la Romagne restent provisoirement en notre pouvoir. Si l'empereur et nous, de concert, nous réussissons à faire consentir le sénat à cet échange, il est évident que la république de Venise sera sous l'influence de la république lombarde, et, par conséquent, à notre disposition. Si cet écbange ne s'effectue pas, l'empereur entrera nonobstant en possession d'une partie des États de Venise, et le sénat ayant refusé une compensation qui est réellement inconvenante et insuffisante , les légations resteront en notre pouvoir; alors nous réunirons Bologne et Ferrare à la république lombarde.

« Le gouvernement de Venise est le plus absurde et le plus tyrannique des gouvernements ; il est hors de doute qu'il voulait profiter du moment où nous

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étions dans le cœnr de TAllemagne pour nous assassiner; notre Répul)li([ne n'a pas d'ennemis plus acharnés. Son influence se trouve considérablement diminuée, ce qui est à notre avantage; cela d'ailleurs lie l'empereur à la France et obligera ce prince, pendant les premiers temps de notre paix, à faire ce qui pourra nous être agréable. Cet intérêt commun que nous avons avec l'empereur nous remet la balance dans la main; nous nous trouvons par là placés entre la Prusse et la maison d'Autriche, ayant des intérêts majeurs à arranger avec l'une et avec l'autre. D'ailleurs nous ne devons pas nous dissimuler que , quoique notre position militaire soit brillante, nous n'avons point dicté les conditions. La cour avait évacué Vienne ; le ])rince Charles et son armée se repliaient sur celle du Rhin; le peuple de la Hongrie et des Etats héréditaires se levait en masse; dans ce moment-ci, leur tête est déjà sur nos flancs. Le Rhin n'était point passé; Tempereur n'attendait que ce moment pour quitter Vienne et se porter à la tête de son armée. S'ils eussent t'ait la bêtise de m'attendre, je les aurais battus; mais ils se seraient re])liés devant nous, se seraient réunis à une partie de leurs forces du Rhin et m'auraient accablé. Alors la retraite devenait diflicile, et la perte de l'armée d'Italie pouvait entraîner celle de la République; aussi étais-je bien déterminé à essayer de lever une contribution dans les faubourgs de Vienne et à ne plus faire un pas. Je n'ai [)as quatre mille hommes de cavalerie, et au lieu de quarante mille hommes f[ue je vous avais demandés, il n'en est pas arrivé vingt mille. »

(^est ainsi que le général Bonaparte ex])liquait les motifs qui le décidaient à faiir la paix ; il savait bien

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