PRÉLIMINAIRES DE LEOBEN
peut-être aurais-je perdu la République. Le vrai plan de campague, pour détruire l'empereur, était celui que j*ai fait.
(( Dès rinstant où j'ai prévu que les négociations allaient s'ouvrir sérieusement, j'ai expédié un courrier au général Clarke qui , chargé plus spécialement de vos instructions, s'en serait mieux acquitté que moi. Lorsque, après dix jours, j'ai vu qu'il n'était pas arrivé et que le moment pressait, j'ai du laisser tout scrupule, et j'ai signé. Vous m'avez donné plein pouvoir sur toutes les questions diplomatiques , et dans la position des choses, les préliminaires de la paix, même avec l'empereur, sont devenus une opération militaire. »
Il ajoutait ce qui, dès lors, remplissait son imagination et prédisait l'avenir : — « Cela sera un monument de la gloire de la république française et un présage infaillible qu'elle peut, en deux campagnes, soumettre le continent de l'Europe si elle organise ses armées avec force. »
Cette longue et curieuse lettre, écrite dans la joie d'un si grand succès , était un épanchement et une révélation de son caractère et de sa destinée. On y peut voir ce que devait être pour lui ce qu'il appelait la paix et à quoi il voulait employer la modération et la sagesse. — «Je n'ai pas en Allemagne levé une seule contribution: il n'y a pas eu une plainte contre nous. Sans être prophète , je sens que le temps viendra où nous tirerons parti de cette sage conduite ; elle germera en Hongrie et sera plus fatale au trône de Vienne que les victoires qui ont illustré la guerre de la liberté.
« Quant à moi, je vous demande du repos. J'ai
VICTOIRE DE l'armée DE SAMBKE-ET-MEUSE. 1/27
justifié la confiance dont vous m'avez investi; je ne me suis jamais considéré pour rien dans toutes mes opérations; je me suis lancé sur Vienne , lorsque j'avais déjà acquis plus de gloire qu'il n'en faut pour être heureux; et j'ai laissé derrière moi les superbes plaines de l'Italie, où j'étais entré au commencement de la campagne dernière afin d'aller chercher du pain pour l'armée que la République ne pouvait plus nourrir.
« La calomnie s'efforcera en vain de me prêter des intentions perfides; ma carrière civile sera comme ma carrière militaire , une et simple. Cependant vous devez sentir que je dois sortir de l'Italie. Je vous demande avec instance de renvoyer, avec la ratification des préliminaires , des ordres sur la première direction à donner aux affaires d'Italie et un congé pour me rendre en France. »
Le jour même* où les articles préliminaires étaient signés à Léoben, le général Hoche passait le Rhin sur le pont de Neuwied. Il commandait à une armée de quatre-vingt mille hommes qui, depuis six mois, n'avait point fait la guerre; il avait eu le loisir de la compléter et de la munir de tout ce qui est nécessaire pour entrer en campagne; elle était supérieure en nombre à l'armée autrichienne du général Kray. Le général Hoche l'attaqua à Hedersdorf, fit plusieurs milliers de prisonniers et prit des canons et des drapeaux. Il arrivait le 22 avril devant Francfort, lorsque le général autrichien lui fit passer une lettre du général Berthier, qui lui signifiait la signature des pré-