‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 48 sur 152 · PASSAGE DU RHIN · texte numérisé non relu

PASSAGE DU RHIN

satisfaits de la sagesse de votre négociation. » — Mais en même temps, il cliercliait à lui faire sentir que l'on ne devait pas attril)uer à la seule armée d'Italie et à son général le triomphe de la République et la paix imposée à l'Autriche : — « Notre modération sera remarquée en Europe au milieu des succès qui immortalisent les trois armées françaises qui occupent l'Allemagne. »

La demande d'un congé, le désir du repos et de la retraite ne pouvaient pas être pris au sérieux. — «Nous souhaitons vivement , citoyen général , votre retour en France; nous sommes impatients de vous revoir et de vous témoigner tous les témoignages dus à un général qui a honoré la République et qui aura un grand nom dans l'histoire de la guerre de la liberté. Il nous en coûte de contrarier un moment vos vœux pour le repos et la vie privée; mais votre présence à l'armée nous paraît encore nécessaire. En traitant avec loyauté de la paix, il faut conserver tous nos avantages et empêcher par là que l'ennemi ne forme des prétentions exagérées. Vous seul pouvez consolider le nouvel ordre de choses qui va s'établir en Italie. L'organisation de la république lombarde, la création de son état militaire, les dispositions qu'exige son indépendance à l'égard des puissances voisines ne peuvent appartenir qu'à

vous. ))

Le Directoire, en terminant sa lettre, ajoutait le plus grave motif qui e>cigeait impérieusement la présence en Italie du général ; il avait encore à décider la distribution des territoires conquis : les articles de Léoben l'indiquaient, mais ne l'avaient pas réglée. La guerre et la conquête n'étaient pas encore achevées.

En effet, une autre prise de possession allait devenir nécessaire comme conséquence et peut-être comme condition secrète des articles de Léoben. La neutralité de Venise avait été peu respectée, mais n'avait pas cessé d'être reconnue ; maintenant le moment était arrivé de donner un grand éclat aux griefs dont le Directoire et le général Bonaparte se réservaient de prendre vengeance contre la sérénissime république; maintenant il fallait se plaindre hautement de « l'éclat que le gouvernement vénitien avait donné à sa haine contre la France, » et lui faire une guerre ouverte lorsqu'il n'avait plus aucun moyen de résistance.

Lorsque commença la guerre de la Révolution, les puissances alliées contre la France proposèrent au gouvernement de Venise d'entrer dans la coalition; il s'y refusa sans nulle hésitation. Depuis longtemps cette république avait renoncé à intervenir dans les affaires de TEurope ; elle, autrefois si fière dans sa politique, n'avait plus maintenant d'autre soin que de rester étrangère aux querelles et aux guerres des grands États. Ses relations avec le gouvernement français , même pendant la Convention, avaient été faciles et ménagées de manière à ne point exciter l'irritation révolutionnaire.

Lorsque les armées françaises entrèrent par Nice sur le littoral de Gênes , plusieurs des États italiens se voyant exposés à une invasion, formèrent un congrès à Milan pour aviser à la défense commune. Venise, non par aucune sympathie pour la France, mais pour conserver son repos, ne voulut pas y être représentée; il était facile de prévoir que, contracter une aUiance de guerre avec l'Autriche , c'était se placer sous sa domination.

Quand le général Bonaparte entra à Milan après la

bataille de Lodi , son plan de canij)agne était de porter la guerre dans la haute Italie et d'en expulser l'armée autrichienne. Pour cela il fallait manœuvrer sur sa droite et la contraindre à laisser les Français investir et assiéger Mantoue.

Ce mouvement comportait d'une manière nécessaire un passage sur le territoire de Venise. Sans respect pour la neutralité, le chef de l'armée française entra à Brescia. Par une conséquence nécessaire, le général autrichien occupa Peschiera oii il appuya sa droite que son adversaire voulait tourner.

A ce moment, il devenait presque impossible que Venise conservât une neutralité que violaient les deux puissances belligérantes ; du moins aurait-il fallu que ce fût une neutralité armée ; de vifs débats agitèrent la seigneurie vénitienne , sans réveiller pourtant son antique énergie.

Placer des garnisons dans les villes fortifiées et mettre sur pied une armée d'observation , car en cela devait consister la neutralité armée, c'était évidemment une déclaration de guerre à la France; une telle détermination était au-dessus du courage et des forces de l'aristocratie de Venise. Un long repos l'avait amollie.

Une autre conduite pouvait être suivie : un des nobles vénitiens, Battaglia, proposa l'alliance avec la France; elle avait été plusieurs fois offerte par le Directoire et mise en question, mais le gouvernement vénitien n'était pas assuré que ce fût de bonne foi ; il craignait d'avoir à subir des conditions dures, ou même d'Atre dupe d'une intrigue de Barras, qui faisait argent de tout.

Il y avait un autre motif pour que l'alliance française fût repoussée ])ar la seigneurie Les opinions qui fermentaient dans toute l'Italie, et qui venaient d'éclater

à Milan^ sous la protection du général Bonaparte , étaient pour l'aristocratie vénitienne un sujet d'aversion et d'effroi. Dans aucun pays les principes de liberté et d'égalité n'auraient opéré une révolution sociale aussi complète ; aucun gouvernement ne devait en avoir plus de crainte.

La souveraineté de Venise appartenait exclusivement aux familles inscrites sur le Livre d'Or. Elles composaient le sénat , les conseils, les tribunaux ; toute l'administration était entre leurs mains ; les podestats qui gouvernaient les provinces de terre ferme étaient pris dans la seigneurie. En un mot, elle exerçait collectivement un pouvoir absolu , et ses sujets n'avaient ni garanties ni participation aux affaires publiques. Ce gouvernement avait été, au temps passé, tyrannique , méfiant, cruel; maintenant les populations étaient accoutumées à une soumission et à une incurie qui rendaient le joug moins pesant. La police était encore arbitraire et inquiétante; mais ne déployait plus ces rigueurs tragiques dont la tradition restait dans tous les souvenirs.

Il n'en était pas ainsi dans les États de terre ferme, ancienne conquête de la république. Les familles illustres ou riches vivaient dans le mécontentement et la haine. Cette noblesse aussi ancienne que les seigneurs vénitiens, ces descendants des condottieri du moyen âge ou des chefs municipaux des vieilles républiques , ne supportaient pas avec patience une telle sujétion. Leurs ancêtres avaient gouverné ou défendu la patrie, et eux n'étaient plus même citoyens. Les idées libérales du XVI II*' siècle avaient pris facilement racine dans ces esprits ulcérés.

Or il était de toute évidence que s'allier avec la ré-

publique française, que recruter d'une armée vénitienne l'armée du général Bonaparte, c'était se soumettre à une révolution, c'était abolir l'antique gouvernement de Venise. La domination de l'Autriche pouvait être lourde et humiliante, mais elle ne déchirerait point le Livre d'Or. Si donc il fallait absolument, pour sauver la république, se soumettre à une des armées qui envahissaient l'Italie, mieux valait, à la dernière extrémité, devenir l'humble auxihaire des Autrichiens.

S'y décider sur-le-champ , lorsque le général Beaulieu était vaincu et ramenait son armée dans le Tyrol , n'eût pas été un acte raisonnable. On se soumit aux volontés du général Bonaparte; on trembla devant ses menaces; on résolut d'attendre les événements et les hasards de la guerre.

Le provéditeur Foscarelli , qui avait essayé de résister et de fermer les portes de Vérone au général , fut rappelé. Battaglia, chef du parti français, dont le choix pouvait être plus agréable au vainqueur, fut envoyé provéditeur à Brescia.

Les choses restèrent en cet état pendant les six derniers mois de l'année 1796. Le général Bonaparte continuait à se plaindre de la mauvaise volonté , ou même de la perfidie du gouvernement vénitien ; il pratiquait ce qu'il avait conseillé au Directoire, lorsqu'il lui écrivait quel pouvait être l'avantage d'entretenir une querelle avec Venise et de se ménager le prétexte d'une rupture qu'on déclarerait lorsque le moment serait venu. Toutefois aucun projet ne semblait définitivement arrêté. Le général Bonaparte se réservait toujours de modifier ses premières idées, selon les événements; le but ne variait point ; il s'agissait toujours de laisser

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au gouvernement autrichien le moins d'influence et le moins de territoire possible. En ce sens il pensa quelquefois à faire de Venise une république aussi considérable qu'elle Tétait jadis et même davantage , en la plaçant dans une position où elle serait nécessairement liée à l'indépendance italienne et à la politique de la France; mais un tel projet ne pouvait être agréé par l'aristocratie vénitienne. Elle voyait qu'une révolution démocratique en était la condition nécessaire ; déjà le général Bonaparte se faisait le patron du parti qui voulait briser le joug de la seigneurie; il y avait à Milan un comité qui tramait publiquement une révolte contre le gouvernement de Venise.

A la fin de décembre, le général fit occuper Bergame par les troupes françaises ; soit par ruse, soit par force, elles s'emparèrent de la citadelle'. Le provéditeur Battaglia s'en plaignit. Le général Bonaparte lui répondit : — c( Les troupes françaises ont occupé Bergame pour prévenir l'ennemi qui avait l'intention de s'en emparer. Je vous avouerai franchement que j'ai été bien aise de saisir cette occasion pour chasser la grande quantité d'émigrés qui s'y étaient réfugiés et châtier les libellistes qui ne cessent de prêcher l'assassinat des soldats français, et qui ont, jusqu'à un certain point, réussi dans leurs provocations, puisque les Bergamasques ont assassiné plus de Français que le reste de l'Italie.

« M. le provéditeur de Bergame est très-partial en faveur des Autrichiens. Il ne dissimule point la haine qui l'anime contre l'armée française. Je ne suis pas son juge; mais lorsque, malgré les intentions de leur

i . Lettre du général Bara^uav-d'Ililliers, 27 décembre.

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gouvernement, il est des i)ersonnes qui violent la neutralité et se conduisent en ennemis, le droit naturel n'autoriserait-il pas à user de représailles?

« Je connais le petit nombre d'hommes qui depuis six mois prêchent la croisade contre les Français. Malheur à eux, s'ils s'écartent des sentiments de modération et d'amitié qui unissent les deux gouvernements! »

Vers la fin du mois de février, peu de temps avant l'entrée en campagne qui devait conduire l'armée française en Frioul , et de là en Allemagne, le sénat de Venise fut averti par la révélation d'un officier français que le comité de Milan préparait une insurrection qui devait éclater bientôt à Brescia, à Bergame et à Créma; déjà les municipalités de ces trois villes s'étaient rendues à peu près indépendantes du gouvernement de Venise.

Un des dangers que laissait derrière lui le général Bonaparte, en s'engageant avec toute son armée hors de l'Italie et sur la route de Vienne, c'était la fermentation qui, de jour en jour, se manifestait dans les provinces vénitiennes. Nulle force et nulle autorité ne restaient pour modérer et calmer les factions et les populations ([ui voulaient secouer le joug de Venise. Les désavouer, permettre à la seigneurie de prendre des mesures de précaution et de réprimer avec sévérité tout mouvement révolutionnaire, c'était perdre des amis et des partisans, sans acquérir des alliés sincères. Commencer, avant de marcher contre l'archiduc, par s'emparer de Venise en y établissant un gouvernement nouveau, c'était retarder des opérations militaires que le général regardait comme indispensables et urgentes; d ailleurs , cette guerre déclarée soudainement à la

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république de Venise, sans être assuré de Tapprobation du Directoire et avec la certitude d'être vivement blâmé par l'opinion parisienne, eût été une grave imprudence.

Le général Bonaparte essaya encore une fois de décider le gouvernement vénitien à une alliance. Il vit le sénateur Pesaro qui dirigeait alors toutes les afYaires de la république; il l'entretint des dangers de la situation et lui proposa des réformes qui auraient peut-être satisfait la noblesse des provinces de terre ferme. Pesaro ne consentit point à cet arrangement; il annonça , au contraire, que le mauvais esprit des populations, les complots tramés contre la république, les désordres déjà commencés, exigeaient des mesures fortes, des arrestations et même l'emploi de la force armée.

Le général livra donc le nord de l'Italie au hasard des événements et Venise à son mauvais sort, qu'il prévoyait depuis longtemps et qu'il devait se charger d'accomplir.

Le 1 2 mars, les conjurés de Bergame obtinrent d'un commandant français qu'il ferait arrêter un courrier que le podestat expédiait à Venise. Il était chargé d'un rapport sur la conspiration et d'une liste des conjurés. Dès lors la révolte éclata; on épargna le podestat que la populace voulait massacrer ; la république de Bergame fut proclamée; l'étendard vénitien fut arraché de la tour du château et une nouvelle municipalité fut installée. Deux jours après, la révolution s'étendit à Brescia, sous les yeux de Battaglia, qui n'y fit aucune résistance; il ne voulut pas engager un combat entre le peu de troupes vénitiennes dont il disposait et une colonne de Milanais et de Bergamasques qui étaient

entrés dans la ville. Tout conij)laisant et favorable qn'il se monlrait anx insurgés, Battaglia ne dut la vie (ju'à la précaution de se faire mettre en prison.

La colonne milanaise marcha pour s'opposer au général Fioraventi qui s'avançait contre les insurgés; il fut battu et repoussé.

Pesaro retourna au quartier général ; le général Bonaparte était à Goritz, après avoir passé le Tagliamento et défait l'armée autrichienne: — « J'ai tenu parole, ditil au sénateur vénitien; les Autrichiens ne sont plus sur votre territoire et je vais entrer en Allemagne : que veut votre république? Accepte-t-cUe l'alliance de la France ?

— (( Venise se réjouit de vos triomphes, répondit Pesaro. Elle sait qu'elle ne peut exister que par la France ; mais, selon notre ancienne et sage politique, nous voulons rester neutres. Au temps de Louis XII et de François P"", nos armées pouvaient être de quelque poids sur un champ de bataille. Aujourd'hui , quel cas pouvez-vous faire de nos secours?

— (( Votre république veut rester neutre , repartit le général; eh bien ! j'y consens; mais cessez vos armements. J'ai laissé en Italie des forces pour être le maître; je marche sur Vienne. Si mes soldats étaient assassinés, mes convois attaqués, mes communications interrompues , votre république aurait cessé d'exister; elle aurait prononcé sa sentence. »

Elle l'était déjà, car ce qui allait arriver était infaillible. — (( Le grand point, écrivait au Directoire le général Bonaparte après cette conversation , c'est de gagner du tenq)s. »

Selon sa tacticpie accoutumée^, il avait réuni toutes ses forces de manière à obtenir un résultat i^rand et

décisif, sans se préoccuper des faits accessoires qui pourraient se passer aux lieux où il n'était point : s'assurant que tout serait réparé par une rapide et com- ])lète victoire. Ainsi, il avait appelé à lui le corps d'armée de Joubert, laissant le Tyrol sans défense. Le général Laudon avait encore deux mille hommes de troupes de ligne; il rassembla dix mille hommes de milices tyroliennes. Le général français chargé de garder la lisne du Lawis en avait douze cents. Il se retira ; les Autrichiens occupèrent Trente. Laudon était maître de tout le Tyrol; il répandit à Vérone et dans toute l'Italie des proclamations et des bulletins mensongers. — « L'armée de Joubert avait été détruite dans le Tyrol; l'armée d'Italie était battue; on avait les plus heureuses nouvelles des bords du Rhin. Une armée de soixante mille Autrichiens allait descendre du Tyrol et couper la retraite aux débris de l'armée que poursuivait l'archiduc. »

Ces nouvelles enflammèrent les esprits. La seigneurie de Venise crut que le moment de la délivrance de l'Italie était arrivé; le parti opposé aux Français s'imagina qu'enfin il était temps de mettre à exécution les complots de vengeance et de soulèvement tramés dans le silence; des agents autrichiens encourageaient le mouvement avec d'autant plus d'activité , qu'à Viennt^, on avait espéré et prévu que lorsque l'armée française aurait quitté l'Italie, il serait possible d'y exciter une vaste insurrection , de changer ainsi le sort de la campagne, de sauver Vienne et l'Autriche.

Ces émissaires parcouraient les campagnes des Etats vénitiens, excitaient les paysans , faisaient prêcher la croisade par les prêtres et retentir le cri de guerre : {( Mort aux Français et au:^ jacobins ! » Vainement le

ministre de France à Venise démentait ces nouvelles mensongères, le gouvernement de la seigneurie était aveuglé par la passion. Mais les espérances oii il se complaisait ne lui donnaient ni courage ni énergie; il restait prudent, indécis et ne pensait pas à déclarer la guerre; seulement, il ne faisait rien pour prévenir ou arrêter les insurrections et laissait les agents autrichiens continuer leurs manœuvres, distribuer des armes aux paysans, et les revêtir d'uniformes piémontais ou tyroliens.

Quant au nombreux parti de l'aristocratie vénitienne, il ne gardait aucun ménagement; il se livrait aux excitations des Autrichiens et ne mettait pas en doute les succès de Tarchiduc, non plus que le désastre prochain de l'armée française complété par une vaste insurrection italienne. Le ministre d'Angleterre, M. Drake et toute sa légation, afin de témoigner leur sympathie pour les insurgés, portaient publiquement la cocarde jaune et bleue qu'ils avaient adoptée. Les représentations du ministre de France n'étaient pas écoutées du gouvernement. Voyant une telle démence, il écrivit le 5 avril au général Bona})arte : — « Je pense que cette république approche de sa dissolution. L'empereur en fera son profit : il pourra y gagner bien plus que nous ne lui avons ôté.... Je dois pourtant à la vérité de dire que le gouvernement de Venise redouble d'attention et de complaisance pour nous dans tout ce qui intéresse le service de l'armée et l'exécution de vos ordres. »

L'armistice venait d'être signé; mais les négociations n'avaient pas encore commencé, lorsque le général Bonaparte, informé de l'état des choses à Venise et dans les provinces , sachant que l'insurrection était à j)eu près inévitable, envoya à Venise son aide de

camp, Jiinot, en le chargeant de remettre au doge, en pleine séance du sénat, la note suivante ; elle était datée du 9 avril.

— « Dans toute la terre ferme, les sujets de la sérénissime république sont sous les armes; leur cri de ralliement est : « Mort aux Français ! » Le nombre des soldats d'Italie qui ont été leurs victimes monte déjà à plusieurs centaines. Vous affectez en vain de désavouer les attroupements que vous-mêmes avez formés. Croyez-vous donc que , parce que je suis éloigné et au cœur de TAllemagne , je n'aurai pas le pouvoir de faire respecter les soldats du premier peuple du monde? Pensez-vous que les légions d'Italie puissent laisser impunis les massacres que vous excitez? r.e sang de mes frères d'armes sera vengé. Le sénat de Venise a répondu par la perfidie la plus noire aux procédés généreux que nous avons toujours eus avec

lui La guerre ou la paix! Si vous ne prenez pas

sur-le-champ les moyens de dissiper les rassemblements ; si vous ne faites pas arrêter et livrer en mes mains les auteurs des assassinats, la guerre est déclarée. Aucun ennemi ne vous menace; vous avez fait à dessein naître des prétextes pour justifier un rassemblement dirigé contre l'armée ; il sera dispersé dans vingt-quatre heures. Nous ne sommes plus au temps de Charles VIIL Si, contre le vœu du gouvernement français , vous me réduisez à vous faire la guerre , ne croyez pas qu'à l'exemple des soldats que vous avez armés , les soldats français ravagent les campagnes d'un peuple innocent et infortuné. Je le protégerai , et il bénira peut-être un jour les crimes qui auront obligé l'armée française à le soustraire à votre gouvernement tyrannique. »

En même temps , le général Bonaparte envoyait ses instructions au général Kilmaine, commandant de la Lombardie ; il lui ordonnait de porter son quartier général de Milan à Mantoue et mettait à sa disposition la division Victor, revenue de la Romagne.

— (( Vous ferez, écrivait-il, désarmer les garnisons vénitiennes de Padoue , de Trévise , de Bassano et de Vérone, et enlever les gouverneurs et officiers, que vous enverrez prisonniers à Milan. Vous ferez marcher une colonne mobile pour punir les montagnards qui ont assassiné nos gens; vous dissoudrez les rassemblements en tombant inopinément sur les villages où ils ne seraient pas en force et en les brûlant. Dans les principales villes, vous organiserez une municipalité choisie parmi les principaux citoyens, avec une garde composée des meilleurs patriotes pour faire la pohce ; vous ferez arrêter tous les nobles vénitiens et les hommes les plus attachés au sénat, afin que leur tête réponde de ce qui sera fait à Venise. »

Une proclamation était jointe à ces instructions ; on y lisait : — « L'armée française protégera votre religion, vos personnes et vos propriétés. Vous avez été vexés par ce petit nombre d'hommes qui se sont, depuis les temps de barbarie, emparés du gouvernement. Si le sénat de Venise a sur vous le droit de conquête , je vous en affranchirai ; s'il a sur vous le droit d'usurpation, je vous restituerai vos droits. »

En prescrivant au général Kilmaine une telle conduite, il subordonnait toutefois l'exécution de ses mesures révolutionnaires aux réponses que Junot recevrait à Venise.

Cette réponse fut humble et soumise. — « Vous pouvez ordonner, écrivait .Tunot à son général; aussi

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