COMPLOT DE GRENELLE
Les ordres furent donnes sur-le-champ; le général Clianet, à la léte de douze dragons, partit pour le camp de Grenelle, afin de faire prendre les armes à la troupe. En quittant le boulevard des Invalides pour suivre le chemin de Vaugirard, il se trouva cerné par des hommes qui sortirent soudainement des fossés de la route et des jardins environnants. Se croyant hors d'état de résister, il revint par la rue de Vaugirard au Luxembourg, afin de donner les ordres nécessaires à la garde du Directoire, qui allait sans doute être attaqué. Un aide de camp avait pu passer seul entre les groupes des émeu tiers, sans être atteint par les balles de leurs fusils et de leurs pistolets. Il arriva à Vaugirard au moment où les séditieux commençaient l'attaque du camp. Ils avaient, dans leur illusion habituelle, compté sur la sympathie des soldats et essayèrent d'abord de fraterniser avec eux. Comme ils n'étaient pas écoutés, ils vinrent à la tente du commandant Malo pour le tuer. Il eut le temps de leur échapper et de monter à cheval ; accompagné de neuf de ses dragons en chemise comme lui et le sabre à la main, il chargea sur les assassins. Plusieurs furent tués, et le détachement se grossissant de minute en minute, on en arrêta une cinquantaine. Cependant la générale avait battu , toutes les troupes du camp étaient sur pied et en bataille, les séditieux s'étaient dispersés. On en saisit beaucoup d'autres qui furent enfermés dans la prison de l'Ecole militaire.
Avant même les interrogatoires de la police, on reconnut parmi eux d'anciens membres des comités révolutionnaires, des héros de l'armée révolutionnaire et quelques vétérans. Plusieurs d'entre eux, lorsqu'ils s'étaient vus arrêtés, avaient crié : ce Vive le roi! »
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tandis ([iraii premier instant de leur allaquc, leur cri était : a Vive la Hépujjlique et la Constitution de 1793 ! mort aux nouveaux tyrans ! ))
Le gouvernement ne pouvait hésiter nn moment à présenter cet attentat sous son vrai jour. Il en rendit compte aux deux Conseils connne d'une nouvelle conspiration anarchiste. Deux anciens conventionnels, Javogues et ïluguet, avaient été arrêtés ; ils étaient armés de poignards et de pistolets et portaient en poche leur écharpe de représentant.
Le hruit se répandit que le soir où le Directoire devait être attaqué. Barras et Ilewljell ne se trouvaient pas au Luxembourg : le fait était exact \ Ils étaient allés à la campagne. Cette circonstance les rendit encore plus zélés à la poursuite du complot et à la recherche des complices. Barras, entendant parler des soupçons qui s'élevaient contre Tallien , son plus intime ami, disait : — • « Il y aurait cinq cents conspirations que Tallien serait de toutes. » On aurait pu en dire autant de lui.
Le procès commencé contre Babeuf et ses coaccusés par-devant la haute cour avait entraîné de tels relards et causé de tels embarras; il était destiné à se prolonger si longtemps encore, (pie le Directoire désira, pour les conspirateurs de Grenelle, une juridiction plus expéditive : il présenta au Corps législatif des doutes sur l'interprétation d'une loi rendue quelques semaines auparavant, qui s'exprimait dans les termes suivants :
— « Nul délit n'est militaire s'il n'a été commis par un individu faisant partie de l'armée. Tout autre indi-