ÉLECTION DE DARÈRE ANNULÉE
nom (le Barère excitât ici quelque sollicitude , et que pour le justifier, on flétrirait la plus belle, la plus glorieuse révolution qui ait eu lieu dans le monde. Non, les crimes de la Terreur n'appartiennent pas à la Révolution. Ces crimes sont à ceux qui, comme Barère, méditaient, préparaient, commandaient les forfaits dont la France était épouvantée. Le nom de Barère ne devrait pas être proféré ici. Nous voulons seulement savoir par quel privilège , par quelle faveur , condamné à la déportation, il a trouvé le moyen de rester impuni, et même libre d'intriguer pour surprendre les suffrages de ses concitoyens ; libre de les déshonorer en se faisant élire par eux, et de donner à l'Europe le scandale d'un bourreau du peuple devenant son représentant. »
Quelques orateurs parlèrent encore, non point pour Barère ; au contraire, ils le chargèrent de malédictions et d'op})robre. Les thermidoriens retrouvèrent leur verve contre les hommes de la Terreur ; mais ils ne pouvaient laisser passer une justice exercée contre un révolutionnaire, sans chercher un équivalent en dénonçant le royalisme ; ils parlèrent, sans désigner personne, des élections où les royalistes, toujours désespérés, mais entreprenants, avaient mis la main.
Légalement parlant, cette discussion était prématurée. La question devait être décidée , lorsque les pouvoirs des nouveaux élus seraient vérifiés. Alors seulement on devait décider si Barère était éligible. Mais l'histoire ne doit pas omettre quel jugement portait alors l'opinion nationale sur les hommes , dont la réhabilitation a été si hardiment proposée , lorsque recommençaient à fermenter les mêmes passions révolutionnaires qui avaient fait jadis le régime de la Terreur; il fallait dire aussi comment étaient reçues
les excuses tirées des nécessités de la Révolution ou de l'énergie du patriotisme.
Le résultat des élections fut connu avant la fin d avril; mais les nouveaux députés ne devaient prendre séance que le 20 mai*. Pendant cet intervalle le conseil des Cinq-Cents délibérait déjà sous l'influence de cette majorité nouvelle, qui allait faire entrer le pouvoir législatif dans une autre voie. Le parti conventionnel, déchu par le suffrage populaire, n'essayait plus de lutter.
Les victoires des armées, et plus encore l'espérance d'une paix prochaine, répandaient un sentiment de satisfaction et de sécurité qui ne comportait plus les mesures rigoureuses et tyranniques dont les dangers de la patrie avaient été le motif ou le prétexte : l'esprit d'alarme , de méfiance et de chaarin des révolutionnaires était pour le moment réduit au silence. En même temps, les modérés du Corps législatif voulaient honorer la fin de cette session par les lois de justice et de réparation, que jusqu'alors ils n'avaient pu obtenir.
Une commission avait été chargée , depuis quelques semaines , de la mission assez vague de rechercher quelles lois étaient contraires à la Constitution, et d'en proposer l'abolition ouïe redressement ^ Quinze jours seulement avant l'ouverture de la nouvelle session , cette commission rendit un premier compte de ses travaux; il se divisait en deux parties : l'examen des lois contraires au droit de propriété , et l'examen des lois contraires aux droits des personnes.
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