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rapporterons quelques passages. En parlant du grand nombre de pétitions, et des recommandations adressées par les électeurs à leurs élus; il disait :
« Ne vous étonnez pas de l'intérêt qu'attachent aux idées religieuses, ces hommes habitués à s'en nourrir. Ce sont elles qui leur assurent des jouissances indépendantes du pouvoir des hommes et des coups du sort. Ce sont elles qui tempèrent cette inégalité indispensable à l'existence des sociétés humaines ; leur besoin est senti surtout par les peuples en révolution; alors il faut aux malheureux l'espérance; elles en font luire un rayon dans l'asile de la douleur; elles éclairent même la nuit du tombeau; elles ouvrent devant l'homme mortel et fini des perspectives magnifiques et infinies. Législateurs, que sont vos bienfaits auprès de ce bien immense ! Vous plaignez Tindigent , la religion le console; vous réclamez ses droits , elle lui apporte des jouissances. Nous parlons souvent de notre amour pour le peuple, de notre respect pour ses volontés; si ce langage n'est pas vain, respectons, avant tout, les institutions chères à la multitude. De quelque nom que notre philosophie se plaise à les désigner; quelles que soient les hautes et exquises i)ensées où elle peut nous élever, c'est aux institutions religieuses que le peuple a arrêté ses volontés; c'est là où il a fixé son attention. Tous nos systèmes doivent s'abaisser devant cette volonté souveraine.
« En accomplissant le vœu de l'humanité, vous sui- ^rez aussi le conseil de la politique; en contentant le peuple, vous affermirez toutes les lois. Oui, législateurs, il est utile et précieux pour vous que les religions existent , qu'elles exercent en liberté leur puissante influence ; elles seules parlent efficacement de la mo-
raie au peuple ; elles seules ouvrent son cœur aux afYections douces ; elles lui impriment le sentimenf de l'ordre ; elles préparent votre ouvrage; elles pourraient presque Vacliever sans vous. Depuis quelques années nous avons décrété des milliers de lois. Nous avons réformé tous les codes, et jamais plus de crimes n'ont ravagé notre belle patrie. Pourquoi? C'est qu'on a fait disparaître du cœur des Français cette grande loi qui seule enseigne le juste et l'injuste , cette loi qui donne la sanction à toutes les autres. Faites revivre cette loi puissante; donnez à tous les cultes la faculté de la rappeler dans les cœurs. Nous n'aurons plus besoin de tant d'ordonnances et de peines. Le législateur a moins à faire quand les hommes sont bons : les lois ne sont que le supplément de la morale des peuples. »
L'orateur, après avoir développé l'avantage et la nécessité d'une liberté sincèrement accordée au culte, tirait les conséquences du système adopté dans la constitution d'alors, où l'autorité civile n'avait point recherché le secours et l'appui de la religion, et la considérait seulement comme une liberté léuale. comme im droit privé de chaque citoyen.
De là il déduisait que le prêtre n'étant pas un fonctionnaire reconnu et rétribué par l'Etat, il ne devait lui être demandé ni serment, ni déclaration politique ; puis il expliquait comment, sans être ennemi du gouvernement, sans conspirer contre la République, on pouvait répugner à prendre un engagement quelconque, lorsqu'on n'avait aucun service public à accomplir.
Par une autre conséquence de la liberté laissée au culte, les citoyens devaient avoir le droit de choisir ou de reconnaître leurs ministres. L'étendue de leur II. 15
autorité religieuse, le mode suivant lequel ils s'exercent, étaient hors de rem})ire du pouvoir civil.
D'après le même principe, les citoyens devaient avoir aussi le droit d'acheter ou de louer des temples pour l'exercice de leur culte, de s'y rassembler, d'y ériger les signes de leur croyance , d'en pratiquer les cérémonies, d'en publier les doctrines.
— « Ils pourront également pratiquer leur culte et s'environner de ses signes , dans les hospices civils ou militaires, dans les lieux de détention où, confinés par des infirmités ou par la rigueur des lois, ils ont plus besoin de consolations religieuses. »
En énumérant les libertés que doit respecter et garantir un gouvernement et indifférent à la religion et qui ne lui donne aucune place dans la loi politique , l'orateur faisait remarquer que ces libertés n'étaient point alors accordées par les pouvoirs de la République et qu'un despotisme vexatoire régnait sur les pratiques religieuses.
Il regardait encore comme indispensal)le de faire .cesser le plus étonnant abus de la police directoriale.
— « îi doit être permis aux citoyens d'avoir dans leur maison un temple domestique. » — La religion catholique prescrit pour les malades et les mourants des cérémonies qui sont accomplies dans l'intérieur du domicile ; la loi qui les ])roscrirait fournirait aux agents de l'autorité un ])rétexte pour violer fasile des citoyens, et rappellerait fodieuse pratique des visites domiciliaires.
— « La détermination des jours fériés v[ des jours de repos est encore une attribution de fautorité religieuse. » — (Vêtait un point essentiel, car le Directoire avait ordonné que le décadi serait un jour de repos, et
le dimanche un jour de travail : des peines étaient portées, des jugements rendus contre les contrevenants.
Une autre liberté était encore demandée pour la religion ; Tautorisation de convoquer aux exercices de leur culte les personnes qui volontairement en suivaient les pratiques était certes d'une moindre importance que les autres permissions légales réclamées par le rapporteur; mais il savait que la vivacité et les efforts des opposants se porteraient sur ce point. Ils s'étaient tellement exaltés sur la question des cloches, qu'il semblait que ce fût le point capital de la discussion.
Une loi assez récente ^ en avait interdit l'usage sous des peines sévères : un an de prison et la déportation en cas de récidive menaçaient le prêtre qui ferait sonner une cloche. Comme c'est une habitude et un moyen nécessaire de convocation dans les campagnes, la commission avait à se prononcer sur une foule de réclamations. — « On nous disait qu'une forte prévention s'opposerait à l'abrogation de la loi ; on assurait que des hommes, dont l'imagination était frappée, avaient lié au son des cloches, à leur seul nom, les plus lugubres idées; qu'ils croyaient entendre dans leur retentissement le réveil d'une religion dominante ou l'appel d'une contre-révolution. En réfléchissant bien, nous n'avons pu nous persuader que de tels préjugés fussent accueillis dans cette enceinte; il était donc de notre devoir de vous proposer avec franchise ce qui nous semble utile et juste. »
De sorte que de longs développements étaient donnés sur cette question ; toutes les objections, même les plus futiles, étaient discutées sérieusement et avec détail.