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NOUVELLES NÉGOCLVTIONS DE L^ANGLETERRE

signé des préliminaires de paix sans faire aucune réserve relative à ses alliés; une circonstance plus grave encore, un danger tel que la puissance britanniciue n'avait jamais été si terriblement menacée, venait de décider les ministres à tenter une démarche auprès du gouvernement français.

Les équipages de la plupart des bâtiments de guerre, qui se trouvaient dans les ports de la Manche, venaient de se mettre en insurrection; ils avaient chassé les oiïiciers et s'étaient déclarés indépendants sur leurs vaisseaux. La sédition avait été assez promptement apaisée à Plymouth et à Portsmouth , mais au nord, à Scheerness, aux Dunes, à Yarmoulh, elle était devenue de plus en plus formidable. Un sim})le matelot, Richard Parker, avait été proclamé amiral delà flotte, qui consistait en trois vaisseaux de ligne et quatre frégates. Dans leurs actes et leurs proclamations, les rebellas s'intitulaient, la république flottante.

Le ministère et le parlement montrèrent eu ce })éril une énergie calme et une prudence sans faiblesse. Ce fut à ce moment, le r' juin, que lord Grenville écrivit au ministre des relations extérieures, pour lui proposer de rouvrir les' négociations. Charles Delacroix accéda à cette proposition, en e\j)liquant qu'il ne pouvait être question que d'une paix séparée : lord Grenville demanda ce (|u'il fallait entendre par une paix séparée.

Les précautions cpii avaient été prises enq^èchaient la rébellion de se ])ropager; les pot)ulations de la cùte n'y participaient aucunement et ne s'y montraient point i'avoi'ables. La ville de Londres témoignait une loyauté empressée et un entier dévouement. Le ministère se sentait soutenu par tous les amis de l'ordre. Peu à peu le nombre des vaisseaux révoltés diminuait ;

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bientôt il fut réduit à quatre. Cinq cents livres sterling avaient été promises à ceux qui livreraient Richard Parker. L'équipage du vaisseau le Sandicich le vendit; bientôt après les dix membres et le président du comité d'insurrection se jetèrent dans une chaloupe et entrèrent à Calais le 1 5 juin ; ils dirent que si on avait pi distribuer aux matelots plus d'argent que ne leur en offrait le liouvernement anglais, ils auraient conduit leurs vaisseaux à Brest. On avait supposé en Angleterre que le Directoire devait être pour quelque chose dans les manœuvres qui avaient préparé cette insurrection, mais on ne trouva point d'indice qui confirmât cette conjecture. La répression fut sévère. Un nombre considérable de coupables furent exécutés.

Plusieurs membres du cabinet pensèrent qu'il n'y avait plus nécessité, ni même avantage à donner suite au projet de négociation avec la France. On savait que les conférences annoncées par les préliminaires de Léoben n'étaient pas encore ouvertes; que la cour de Vienne était revenue de sa frayeur; qu'il régnait encore beaucoup d'incertitude sur les conditions aux- (pielles l'Autriche consentirait à se soumettre; la situation du gouvernement directorial paraissait précaire et la lutte des partis recommençait en France.

M. Pitt persista dans le dessein de commencer une négociation; il pensait que le parti royaliste n'avait aucune chance pour prévaloir en France; la majorité des conseils législatifs se composait de modérés qui ne voulaient rien de plus que ce qui leur serait accordé si Carnot et Barthélémy obtenaient dans le Directoire une autorité prépondérante. Ce que ce parti réclamait avant tout c'était la paix générale; elle serait la conséquence de son triomphe. Si au contraire la faction ré-

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Yoluiionnaire l'emportait, il était à propos de lui laisser aux yeu\ de la France et de l'Europe l'odieux du renouvellement de la guerre.

r.ette opinion prévalut dans le conseil privé, et il fut décidé que lord Malmesbury serait envoyé en France comme négociateur; il devait être accompagné des lords Lewison Gower, iMorpetli etPembroke.

Le Directoire avait indiqué Lille pour siège de la conférence; il avait reconnu que l'opinion de Pdris pourrait s'émouvoir des questions qui y seraient traitées , s'empresser curieusement à saA oir ce qui se passerait chaque jour entre les plénipotentiaires et exercer ainsi quelque influence sur les négociations.

Le choix des plénipotentiaires français aurait eu plus d'importance si le Directoire s'était réellement proposé d'arriver à une conclusion et de faire la paix.

M. Barthélémy proposa trois négociateurs recommandés par leur expérience, leur habitude des affaires étrangères et leur honorable caractère : M. Bourgoing, ancien ministre de France à Madrid et que le comité de salut public avait employé lors des négociations avec l'Espagne ; M. Maret , qui avait été employé avec distinction au ministère des affaires étrangères et que M. Pitt connaissait pour avoir eu des conversations avec lui en 1792, avant la rupture de la paix; M. Colchen, dont M. Barthélémy connaissait particulièrement le mérite et l'esprit. Barras aurait voulu envoyer M. de Talleyrand , que depuis quelque temps il avait pris fort en gré et à qui il voulait donner une position importante dans le gouvernement.

La majorité du Directoire accepta seulement M. Maret et lui adjoignit deux collègues , dont l'incapacité était reconnue : Letourneur, qui venait de Quitter le

Luxembourg, et Tamiral Pleville Le Pelley, brave mariu, à qui le canon des Anglais avait emporté la jambe droite. M. Colchen fut choisi pour secrétaire.

Tout fut réglé pour les conférences de Lille pendant les derniers jours de juin ; elles devaient commencer bientôt après. Bien qu'il fût déjà convenu qu'il s'agissait d'une paix séparée, il était manifeste que la négociation avec l'Autriche, d'où allait dépendre le sort de l'empire germanique et de tout le nord de l'Italie , devait entrer pour beaucoup dans ce qui serait dit et décidé à Lille.

Cependant cette paix , dont les conditions générales et préliminaires avaient été réglées à Léoben, n'était point conclue , on ignorait même si des plénipotentiaires étaient nommés et en quelle ville seraient tenues les conférences. Ni le cabinet de Vienne, ni le gouvernement français ne semblaient se hâter de réaliser les espérances qui avaient répandu une joie universelle; on commençait à douter de cette pacification si solennellement promise.

En effet, ce qui se passait en Italie pouvait s'accorder avec un armistice qui suspend la marche et les combats de deux armées belligérantes , mais ne ressemblait point au lendemain d'une paix dont il ne reste plus qu'à expliquer les conditions déjà indiquées et acceptées. Comment croire que ces conditions étaient définitives et consenties, lorsqu'on voyait que les choses ne restaient pas au même état qu'au moment où les bases de la pacification avaient été posées?

Le général Bonaparte était retourné à Milan et avait fixé son séjour au château de Montebello. Mme Bonaparte y était avec lui ; le quartier général était devenu

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la cour d'un grand et puissant souverain. On y voyait arriver tout un corps diplomatique, des minisires d'Autriche , du Pape , de \aples , de Sardaigne , du duc de Parme, des cantons suisses et de plusieurs princes d'Allemagne. Là se réunissaient tous les généraux de l'armée d'Italie qui avaient leur part dans la gloire de leur chef.

Les villes y envoyaient des députés pour savoir à qui elles appartiendraient ou quelle serait la forme de leur gouvernement.

La république lombarde ou transpadane, dont le territoire était destiné à recevoir une vaste augmentation, recevait une constitution modelée sur la constitution qu'essayait la France et prenait le nom de Cisalpine.

L'autre république , formée de Bologne, de Ferrare, de la Romagne et de^Fodène, persistait à ne se point confondre avec la Lombardie et ne se rendait pas encore auv conseils du maître de l'Italie. Une volonté expresse et forte était nécessaire pour vaincre les résistances de l'esprit de localité et la tradition des répul)liques municipales qui, depuis tant de siècles, ont maintenu l'Italie dans un état de division et rendu chimérique la pensée de son unité.

Ainsi rien n'y send)lait définitif; le vainqueur achevait sa conquête, complétait Toccupalion militaire; aucun Etat n'était assuré d'exister le lendemain , du moins sous la forme où il avait vécu jusqu'alors.

Venise avait subi sa révolution comme un fait de guerre ; son territoire était traité en pays conquis ; les divisions de l'armée d'Italie y étaient cantonnées; les exigences des généraux étaient immenses et ne préservaient pas les habitants de l'indiscipline des soldats.

L'insurrection de Vérone et la conduite incertaine du gouvernement vénitien avaient eu les apparences d'une conspiration tramée contre les Français. La tribune du Corps législatif avait retenti de louanges adressées au général qui avait sévèrement puni cette trahison ; mais personne ne pensait encore que l'invasion des Etats vénitiens était destinée à conquérir une indemnité pour l'Autriche; le Directoire n'avait pas une telle pensée, il écrivait le 19 mai :

— « La singularité des circonstances qui accompagnent la chute de ce perfide gouvernement est remarquable. Il ne nous reste plus qu'à recueillir de cet événement tous les avantages qui doivent profiter à la république française et à la liberté italique. Prenez des mesures pour en tirer parti. Le passage spontané de Venise à une nouvelle forme de gouvernement étonnera surtout les puissances de l'Europe, et répandra parmi les peuples la plus haute considération pour les armes et la Constitution française. »

Pour le Directoire comme pour le gouvernement conventionnel, les triomphes de nos armées devaient avoir pour but et pour résultat de révolutionner l'Europe : l'Italie était soumise , il fallait donc la livrer à la démocratie , puisque tel était le régime qu'on s'efforçait de maintenir en France.

Le général Bonaparte, même à cette époque, n'avait [)as de goût pour la démocratie; il croyait que l'ordre était difficile à établir dans une société sans hiérarchie; en plus d'une occasion, depuis qu'il était en Italie, il avait montré de la bienveillance à l'aristocratie et protégé les gouvernements existants; mais il avait pu s'apercevoir combien peu il devait espérer de donner à la classe supérieure plus ou moins associée à l'exer-

cice du pouvoir, une confiance et un attachement sincères pour un régime issu de la RévoluLion. La répugnance que lui inspiraient les Jacobins et les anarchistes français ne Tavait jamais rejeté vers le parti qui regrettait la monarchie et qui en espérait la restauration. Il acceptait et il était prêt à défendre énergiquenient les résultats du bouleversement de l'ancienne société; il voulait régler celle qui pourrait se former, mais sans revenir jamais au passé. C'est en ce sens qu'il s'associait aux pensées du Directoire et disait que la France ne pouvait avoir aucune confiance dans les aristocraties italiennes; seulement il lui convenait politiquement et il lui plaisait d'enchâsser, autant qu'il le pourrait, les aristocrates dans les cadres de la société nouvelle.

Quelle que fût la docilité qu'il avait obtenue de la république de Gênes et les ressources qu'il avait su tirer de cette ville riche et commerçante, il avait depuis longtemps le projet de ne plus y laisser la noblesse posséder le gouvernement. 11 s'était toujours proposé de mettre l'autorité dans les mains d'hommes réellement dévoués à la France, qui lui devraient le triomphe de leurs opinions et leur installation dans les pouvoirs publics.

S'il avait souvent refusé au Directoire d'exécuter cette œuvre révolutionnaire , c'est qu'il la remettait au moment où son armée n'ayant plus à marcher en avant il pourrait sans imprudence risquer d'agiter derrière lui les populations italiennes.

Mais il avait désiré que la révolution s'opérât sans son intervention patente et par les seuls effets de la force de l'opinion publique. Dès le 19 mai, il écrivait au Directoire *

— « Gênes demande à grands cris la démocratie ; le sénat m'envoie des députés pour sonder là-dessus mes opinions. Il est très-probable qu'avant dix ou douzejours l'aristocratie de Gênes subira le même sort que celle de Venise. »

Il venait déjà d'écrire à M. Faypoult, ministre de France à Gênes : — « Il faut attendre encore quinze jours, pour que les affaires de Venise soient bien et complètement terminées. »

Il y avait un club démocrate à Gênes ; des agents de révolution y étaient venus de Milan ou de Paris. Ainsi , le général, souverain maître de l'Italie, n'avait qu'à làcher la main à cette faction pour qu'elle se mît en mouvement. Faypoult, ministre de France à Gênes, lui écrivit pour savoir si on pouvait permettre au sénat de réprimer les provocations de plus en plus violentes des journaux démocratiques.

Avant que cette lettre fût parvenue à Montebello , le club avait envoyé une députation au doge pour lui demander l'abdication de l'aristocratie et une constitution populaire. Le doge, homme âgé, faible de caractère et à qui l'ancienne constitution génoise laissait peu de pouvoir, répondit aux révolutionnaires de manière à les enhardir plutôt qu'à leur imposer.

Une émeute éclata : les meneurs du club , à la tête d'un rassemblement de sept ou huit cents hommes, Génois, Lombards et Français, déclarèrent le peuple en insurrection contre l'oligarchie. Ils s'emparèrent de l'arsenal, du port et des principales portes de la ville.

Mais la populace d'une grande ville est assez nombreuse pour que chaque parti puisse, selon les circonstances et le moment, y mettre en mouvement une foule qu'on intitule du nom de peuple. Les révolution-

iiaires s'étaient trompés, et l'aristocratie avait plus de moyens qu'eux pour recruter cette sorte d'auxiliaires. Les corporations des porte -faix et des charbonniers et une «ijrande quantité d'ouvriers ou de boutiquiers, déjà excités et échauffés depuis plusieurs jours par les prédications du clergé et par la solennité des prières des quarante-heures , se portèrent au nombre de plus de dix mille sur l'arsenal , chassèrent les clubistes et s'armèrent; ils parcouraient la ville en criant; Viva Maria! La Vierge est en effet patronns et gardienne de la ville , comme le dit l'inscription de sa statue, placée au-dessus de la porte Saint- Thomas.

Les révolutionnaires expulsés de tous les postes qu'ils avaient occupés, poursuivis par une foule furieuse, prièrent le ministre de France d'intervenir en leur faveur; il se rendit au sénat et conseilla de demander à chacune des deux insurrections d'envoyer des députés pour aviser à des mesures de conciliation.

Un tel rapprochement était impossible au milieu de la fureur des partis. A supposer, comme le disaient les révolutionnaires, que les sénateurs fussent coupables d'avoir ameuté cette populace, il n'était plus au pouvoir d'aucune autorité de la calmer.

Les charbonniers rassemblés devant le palais ducal ne voulurent pas même entendre un décret qui ordonnait de respecter les propriétés et les étrangers. En présence du ministre de France et des sénateurs, des coups de fusil étaient tirés sur des Français comme sur les clubistes; plusieurs fiu*enttués; la maison du consul de France fut pillée. M. Faypoult eût été massacré avec sa famille, si le doge ne lui avait pas donné une ^a'^le de deux ci^nts hommes. Ce désordre continua

pendant trois jours, et beaucoup de sang l'ut répandu. Un vaisseau et deux frégates venant de Corse , se présentèrent pour enti'er dans le port; le doge, su])jugué par l'insurrection, refusa de les y admettre, et le ministre de France eut la faiblesse d'envoyer à l'amiral Brueys l'ordre de faire voile pour Toulon; on avait trouvé dans la maison de l'apotliicaire Morando, cbez qui se tenait le club, que de son nom on appelait les Morandistes , des listes de proscription et des pièces qui prouvaient les rapports des révolutionnaires avec la mission de France.

Aussitôt que le général Bonaparte apprit ces nouvelles, il donna l'ordre à la division Saliu^uet de marcher sur Gênes ; il y envoya son aide de camp Lavalette et le chargea d'une lettre pour le doge, en lui recommandant plus de décision et de fermeté que n'en avait eu M. Faypoult.

M. de Lavalette arriva à Gènes le 29 et déclara à M. Faypoult que l'ordre du général en chef était de remettre sa lettre au doge en plein sénat; le ministre de France recula d'effroi. Qu'un étranger pût entrer dans le petit Conseil présidé par le doge, c'était la prétention la plus inouïe ! — « 11 serait beaucoup plus inouï qu'un ordre du général Bonaparte ne fût pas exécuté , répondit l'aide de camp. Je me rendrai dans une heure au palais et j'entrerai au sénat , sans m'occuper des formes de l'étiquette. » — Une demi-heure après, il fut averti qu'on l'attendait. En entrant, il remarqua dans les regards des membres du Conseil une expression à la fois de colère et de consternation. 11 remit sa lettre. Après en avoir donné lecture à haute voix, en disant que les ordres qu'elle renfermait devaient être exécutés dans les vingt-quatre heures, il se

relira et laissa le Conseil dans le trouble et Taij-itation. 11 entendit même une voix qui disait ces mots : « Ci batteremo *. »

La lettre était ainsi conçue : — « Je suis sensiblement affecté des malheurs qui ont menacé et qui menacent encore la république de Gênes. Indifférente à vos discussions intérieures, la république française ne peut pas l'être aux voies de fait de toute espèce qui viennent de se commettre dans vos murs contre les Français. La république de Gênes intéresse sous tant de rapports la république française et l'armée d'Italie, que je me trouve obligé de prendre des mesures promptes et efficaces pour y maintenir la tranquillité, y protéger les propriétés, y conserver les communications et assurer les nombreux magasins qu'elle contient. Une populace effrénée, suscitée par les mêmes honnnes qui firent brûler la frégate la Modeste, aveuglée par un désir qui serait inconcevable, si l'on ne savait ])as que l'orgueil et les préjugés ne raisonnent pas, après s'être assouvie du sang français, continue encore à maltraiter les Français qui portent la cocarde nationale. Si vingt-quatre heures après la réception de la présente lettre, vous n'avez pas délivré tous les Français qui sont dans vos prisons; si vous n'avez pas fait arrêter les hommes qui excitent le peuple contre les Français ; si enfin vous ne désarmez pas cette populace qui sera la première à se tourner contre vous, lorsqu'elle connaîtra les conséquences terribles qui résulteront pour elle de l'égarement oij vous l'avez entraînée, le ministre de France sortira de Gênes, et l'aristocratie aura cessé d'exister. Les têtes des séna-

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