‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 73 sur 152 · La proposition de Dumolard · texte numérisé non relu

La proposition de Dumolard

pour attendre la décision de notre crise intérieure que toute l'Europe croit très-procliaine.

(f Voulez-vous épargner cinquante mille hommes de Télite de la nation qui vont périr dans cette nouvelle campagne , faites briser avec quelque appareil les presses du Thé ^ du Mémorial et de la Quotidienne^ faites fermer le club de Clichy, et faites faire cinq ou six bons journaux constitutionnels.

« Cette crise qui, en réalité, sera extrêmement légère, suffira pour faire voir à Tétranger qu'il n'a encore rien à espérer; elle rétablira l'opinion et ôtera aux soldats cette vive inquiétude qui anime toutes les têtes et qui finirait par des explosions dont les conséquences ne peuvent pas se prévoir.

(( Il est bien malheureux que lorsque nous commandons à l'Europe, nous ne puissions pas commander à un journal de Louis XVIII et qui lui est évidemment vendu.

« A quoi sert que nous remportions des victoires à chaque instant du jour? Les menées de l'intérieur annulent tout et rendent inutiles le sang que nous versons pour la patrie. »

Le général Bona})arle ne croyait point cpie la République fut dans un tel péril. Il savait fort bien l'impuissance du parti royaliste; l'étourderie présomptueuse de ses conspirations, la vanité de ses espérances; les exagérations et les mensonges des anciens Jacobins ne lui ])ersuadaient point que la vie de tous les patriotes était en danger et (ju'on les assassinat par centaines. Lorsqu'ils portaient à la tribune de pareils récits ou les inséraient dans leurs journaux, ils étaient aussitôt démentis ou réduits à la vérité. Lui-même connaissait si bien ce qui en était, qu'ayant à remplacer

Willot dans le commandement de Marseille et des départements provençaux , où les royalistes, disait-on , se livraient chaque jour à de cruelles vengeances , il avait choisi le général Sahuguet, homme raisonnahle et modéré; ce qui avait mis en fureur Barras, patron et ami des Jacobins de Marseille ^

Mais les journaux l'impatientaient; la discussion de sa conduite, de ses actes et de ses projets lui était insupportable ; la marche que suivait le parti modéré le contrariait et l'inquiétait encore davantage. Lui aussi nourrissait la pensée de rétablir en France un gouvernement régulier, de rendre à la nation toute la puissance et la richesse qu'elle ne pouvait acquérir sans le bon ordre et la stabilité; mais il ne croyait pas que ce bienfait dût être l'œuvre de la tribune, des orateurs et de la discussion publique sur les plus grands intérêts de l'État. En ce sens, il faisait cause commune avec la majorité du Directoire. Il voyait que si le Corps législatif parvenait à faire une révolution dans le gouvernement, à changer la composition du pouvoir exécutif, la paix, la guerre, les finances, la conduite des armées passeraient sous l'influence et l'autorité du parti dominant dans les Conseils ; dès lors ses desseins sur l'avenir, la grande et dominante situation qu'il avait conquise ne pourraient plus subsister.

D'ailleurs, une contre-révolution, même hbérale et modérée , comportait presque nécessairement la forme monarchique et un certain retour vers l'état social de l'ancien régime. Or, le général Bonaparte, comme tous les officiers de l'armée française , avait à cet égard le même intérêt et les mêmes inquiétudes que l'aristo-

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