Mémoire de Carnot
cratie jacobine; leur importance, leur autorité, leur renommée, leur sauve-garde, reposaient sur la base révolutionnaire : là était la sûreté et la légitimité de leur situation. Si les circonstances les contraignaient à opter entre la faction anarchique et le parti qui reniait toute solidarité avec la révolution républicaine, leur choix ne pouvait être douteux; les uns étaient, certes, d'ignobles et dangereux auxiliaires, mais les autres étaient essentiellement antipathiques et hostiles.
Ainsi , le général en chef de l'armée d'Italie vivait dans un entourage de républicains moins éclairés que lui, incapables de discerner les nuances, voyant les choses de moins haut, irritables à la moindre offense et jugeant les affaires politiques avec l'esprit des camps. Après chaque grande victoire, il avait eu soin d'envoyer un de ses généraux à Paris, porter au Directoire les drapeaux glorieusement enlevés aux ennemis. Ce n'était point les représentants modérés, ni les hommes importants de cette opinion qui les avaient accueillis avec empressement et distinction. En ce tempslà, il n'y avait de richesse de représentation et même de société que chez les membres du Directoire , chez les ministres, chez les i^^ens de finance ou les fournisseurs. Les envoyés du général Bonaparte étaient reçus solennellement par le Directoire. Des fêtes leur étaient données pour célébrer les victoires oii ils avaient pris part; on écoutait leurs récits; on se répandait en louanges sur l'armée d'Italie , sur son chef, sur ses lieutenants. La conformité d'opinions établissait une mutuelle confiance; et les généraux retournaient en Italie plus révolutionnaires qu'ils n'étaient en arrivant à Paris, plus incpiiets et plus irrités des complots du royalisme et des dangers de la République.