‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 76 sur 152 · Séance du 10 juillet · texte numérisé non relu

Séance du 10 juillet

était aussi juste que celle des Alsaciens ; mais Toulon livré aux étrangers, et l'autorité royale proclamée sous leur protection, étaient un texte d'indignation républicaine qu'on pouvait concevoir si elle avait porté sur les auteurs et fauteurs de ces actes de trahison ; mais elle s'acharnait sur des milliers de paisibles citoyens dont l'effroi et la fuite n'avaient été que trop justifiés par l'horrible usage que Barras et Fréron avaient fait de la victoire.

Ainsi le parti révolutionnaire reproduisit avec plus d'insistance l'ariïument tiré de la Constitution; on soutint que toute la législation relative aux émigrés était placée sous cette garantie , et conséquemment immuablement consacrée par la sanction populaire. C'était , disait-on , une des lois fondamentales de l'État.

— c( Le peuple a proscrit les émigrés en masse, vous n'avez pas le droit de faire une seule exception. Nous ne cesserons de répéter que, pour uous^ la volonté générale est la règle du juste et de l'injuste. ))

La réponse à cette doctrine de despotisme fut, comme dans la discussion précédente, l'énumération des crimes commis par le parti révolutionnaire dans le midi de la France. Les souvenirs de la glacière d'Avignon, de l'incendie de Bédouin , des massacres de Toulon furent ravivés. Chaque séance constatait ainsi l'impossibdité de faire subsister, en face l'un de l'autre , deux: partis qui s'adressaient mutuellement d'impardonnables injures.

Les révolutionnaires demandèrent l'ajournement. Il fut rejeté; Tallien, Cliazal et les chefs du parti se levèrent et sortirent, disant qu'ils ne pouvaient pas délibérer. Un nombre suffisant de députés restait dans hx salle : la loi fut votée.

202 DISCUSSION SUR Li:S PRÊTRES.

Un dé])at encore plus passionné était ouvert depuis deux jours. Après un assez long ajournement, le rapport de Camille Jordan allait être discuté ; il n'avait pas cessé de préoccuper et presque d'agiter les esprits; la controverse des journaux: avait précédé et préparé la polémique de la tribune. Une question essentiellement liée à la liberté des cultes était venue s'ajouter aux propositions de Camille Jordan ; la commission avait présenté le 2G mai un projet de résolution conçu en ces termes :

— « Les lois qui ont prononcé la peine de déportation ou de réclusion contre les prêtres, pour la seule cause du refus de serment et de déclaration de soumission aux lois de la République, sont rapportées. Les lois rendues contre les citoyens qui auraient donné asile auxdits prêtres sont également rapportées. Lesdits prêtres rentreront dans tous leurs droits de citoyen. »

Le Conseil avait décidé que la discussion serait ouverte à la fois sur les deux projets ^ Le général Jourdan se présenta le [)remier pour les cond)attre. Le parti révolutionnaire s'honorait de conn)ter parmi ses chefs le vainqueur de Fleurus, républicain sincère, cpraucune idée antirévolutionnaire ne pouvait jamais trouver fail)le, ni complaisant, mais aussi calme que ferme dans ses opinions. Au conseil des Cin([-Cents, il était pour les uns ce (pie le général Pichegru était [)Our les autres.

Il reprocha aux auteurs du projet de s'être, sous le |)iéte\te de la liberté des cultes, constitués défenseurs oflicieux d'une des sectes qui exercent leur culte en Trance, au [)oint d avoir (jublié leurs devoirs de légis-

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