CRAINTE D UN COUP I) KTAT
Portails et Siméoii joiiissaic^nt de beaucoup de considération et même d'autorité, run au conseil des Anciens, Tautre aux Cinq-Cents; ainsi, la démarche qu'ils allaient faire avait delà gravité; ils s'associèrent le général Mathieu Dumas, qui était alors un des hommes les plus importants du conseil des Anciens.
Barras écouta fort attentivement les deux habiles orateurs : ils lui expliquèrent comment le ])arti constitutionnel (car c'était ainsi que voulaient être appelés les modérés) était bien loin de penser à renverser le gouvernement ni à détruire la République ; comment il était honorai )le et prudent de gouverner avec une majorité bien intentionnée et appuyée par l'opinion publique dont elle était la véritable représentation , plutôt que de s'obstiner à la détruire par la violence.
Barras fit peu d'objections; la principale était la haine passionnée qu'il avait conçue contre Carnot, dont il ne prononçait pas le nom de sang-froid. — « 11 ne pouvait ])as, disait-il, se résoudre à voter avec lui, et à lui domier ainsi la majorité dans le Directoire, après l'avoir constamment combattu, w — Toutefois, il finit par céder aux très-raisonnables conseils qui lui étaient donnés par des hommes considérables, et il leur sembla sincère dans sa décision. — « Pouvons-nous compter sur votre parole? lui dit le général Dumas; nous la donnez-vous, foi de gentilhomme? — Oui, répondit-il, loi de gentilhomme républicain. Mais quels gages demandez-vous? » — Les négociateurs du parti modéré lui dirent alors leurs conditions : — « Nous demandons une recomposition du ministère , dans lequel entrera M. de ïalleyrand; Merlin sera remplacé dans le ministère de la justice par Cochon de L'Ap- [)arent , et Peliet conservera le département de la
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liiierre. » — Barras leur répéta l'assurance qu'il leur avait donnée.
Ce n'était pas lui qui était l'homme politique du Directoire, quoiqu'il fût l'homme de décision et d'exécution; Rewhell était occupé des intérêts du parti révolutionnaire avec plus de suite et plus de conviction. Sa pensée était plus fixe et n'admettait point la fluctuation d'opinion et les hahitudes de roué qui mettaient son collègue en rapports plus ou moins cachés , tantôt avec les royalistes, tantôt avec les Jacohins anarchiques.
Autour de Rewhell se groupaient quelques amis et conseillers intimes, et c'était dans ce comité que se traitaient les affaires du parti. Siéyès, sans en faire d'ahord partie, y avait une grande influence; il disposait d'une coterie nomhreuse qui parlait ou s'agitait aux Cinq-Cents et au Cercle constitutionnel, ce cluh fondé d'après ses conseils.
Quelque temps avant cette tentative faite auprès de Barras , le général Dumas , persuadé depuis longtemps que les modérés n'avaient point la chance de réussir s'ils engageaient la lutte, et qu'il était prudent de ne point pousser à hout la faction ré^olutionnaire, avait eu avec ^I. Treilhard une conversation ([ui le confirma dans ses tristes appréhensions et ne lui laissa aucune confiance dans la parole d'honneur de Barras.
Il connaissait M. Treilhard pour vm homme qui poussait la franchise jusqu'à la hrusquerie. — « Vous avez, par votre expérience et vos talents, lui dit-il, une grande influence sur des hommes qui vous sont très-inférieurs , et je voudrais savoir ce que vous pensez de mes amis et de moi; comment vous jugez notre