‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 79 sur 152 · U / CHANGEMENT DE MINISTRES · texte numérisé non relu

U / CHANGEMENT DE MINISTRES

comluit(^ et pourquoi nous ne pouvons pas nous entendre?

— « Vous e(es de très honnêtes gens, fort eapables, réj)ondit Treilliard, et je crois que très-sincèrement vous voulez maintenir le gouvernement constitutionnel , parce qu'il n'y a aucun moyen, ni pour vous, ni pour nous, de lui en substituer un autre; mais nous, conventionnels, nous ne pouvons vous laisser faire. Que vous le vouliez ou non, vous nous menez tout doucement à notre perte certaine. Il n'y a rien de comnum entre nous.

— « Quelle garantie vous faut-il donc? répîi([ua le général Dumas.

— • K Une seule, ajouta Treilbard, après quoi nous ferons tout ce que vous voudrez et vous pourrez détendre tous les ressorts. Donnez- nous cette garantie et nous vous suivrons aveuglément.

— « Et laquelle ?

— a Montez à la tribuiu^ et déclarez que si vous aviez été mendjres de la Convention, vous auriez, comme nous, voté la mort du roi.

— c( Vous nous demandez ce qu'à notre place vous ne feriez pas; vous sacrifiez la France à de vaines terreurs.

— « Non, la partie n'est pas égale, nos tètes sont en jeu. »

Cette convei'sation était le ])résage certain de ce qui allait arriver. Elle exprimait toute la situation politique ; elle résume l'histoire du gouvernenuMit directorial.

Le changement de ministres eut lieu, mais dans un sens opposé à la ])romesse de Barras. On l'aconta que

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lorsque Carnot', pressé par les modérés, avait, sans espoir de succès , proposé au Directoire de remplacer quelques-uns des ministres, Rewbell, paraissant entrer dans cette pensée, avait dit qu'en efYet il fallait retremper le ministère et en décider la composition par un scrutin secret.

La majorité des votes avait maintenu Merlin à la justice, Ramel aux finances, et avait élu M. de Talleyrand aux affaires étrangères , François de Neufchâteau à l'intérieur, Hoclie à la guerre, Pleville-Lepelley à la marine, Lenoir-Laroche à la police.

Ce remaniement du ministère était une déclaration de guerre à l'opinion modérée : elle se sentait forte de l'assentiment général: ses journaux, même les plus réserves , exprimèrent hautement leurs plaintes et leurs alarmes. — « L'inquiétude est générale parmi les bons citoyens; ils croyaient toucher à un état d'ordre et de tranquillité; les circonstances qui accompagnent ce changement de ministres ; le langage séditieux du journal officiel ; l'insolence lâche et féroce des journaux d'une faction exécrable ; la joie naïve de tout ce qu'on connaît de brigands laissent croire que nous n'avons pas encore bu jusqu'à la lie le calice d'une révolution populacière. Une telle révolution mène naturellement à une tyrannie militaire ; ne nous faisons pas illusion, ce dénoûment arrive à grands pas. »

Merlin, conservé au ministère, semblait le signe certain qu'il n'y avait plus à compter sur aucune justice. La destitution de Cochon-L'Apparent, républicain sincère, ministre incorruptible, à la fois sévère et impartial dans sa police, protecteur des gens de bien

i . Mémoires inédits de Barthélémy.

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