‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 8 sur 152 · G CRIMES ET DÉSORDRES · texte numérisé non relu

G CRIMES ET DÉSORDRES

l'organe de ces passions; en 1797, ils s'efforçaient (le les rallumer; ils s'exaltaient par leurs paroles bien plus que par l'effet (ju'ils produisaient sur un public devenu presque indifférent. Néanmoins en prodiguant les injures et les menaces, en usant de la liberté, non pour calmer l'opinion et influer sur le gouvernement, mais pour le renverser, ils maintenaient une agitation révolutionnaire ; ils éloignaient toute espérance de stabilité ; en mésusant des garanties constitutionnelles qui leur servaient d'abri, ils j)oussaient le gouvernement à les abolir et à se servir de ce prétexte pour rétablir la tyrannie.

Ce n'étaient pas seulement les désordres de la presse que le Directoire était impuissant à réprimer : la société avait été si profondément troublée, les agents du pouvoir en avaient usé avec tant de cruauté et d'immoralité ; le respect des personnes et des propriétés avait été tellement aboli par les doctrines et par les actes ; les guerres civiles , les vengeances politiques, la disette, le maximum, la cessation du commerce et de l'industrie; le trouble apporté dans les intérêts privés par les continuelles variations de valeur des assignats et des mandats : toutes ces causes réunies avaient répandu une dépravation audacieuse; les routes n'étaient plus sûres; les voitures pul)liques ou les malles de la poste étaient fréquemment attaquées et ne pouvaient plus voyager sans escorte ; des bandes de chauffeurs couraient la campagne; Paris même, siège du gouvernement, qu'une police active aurait dû ])réserver, était chaque jour effrayé par des crimes. Pendant la session de fructidor an IV, cent cin(juante accusés furent présentés au tribunal criminel de la Seine. Huit furent condam-

Page 1