‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 87 sur 152 · DISCUSSION SUR LA MARCHE DES TROUPES · texte numérisé non relu

DISCUSSION SUR LA MARCHE DES TROUPES

guerres détacher des corps de troupes d'une armée? Pourquoi diriger ces troupes sur Paris? Pourquoi cet oubli ou cette violation de l'acte constitutionnel? Il faut qu'une telle énigme s'éclaircisse et que la responsabilité ne soit pas un vain mot. Il faut remonter à la source et obtenir une justice éclatante de celui qui a donné l'ordre. » .*.. « Quoi! tout Paris savait que des troupes marchaient et le Directoire l'ignorait! Avonsnous donc un gouvernement? Sommes-nous encore dans ces temps d'anarchie où chaque administration avait son comité de gouvernement? .lai supposé d'abord que c'était pour ce motif que le ministre de la guerre avait été renvoyé. — • (Ici un rire universel interrompit l'orateur.) — Je me suis trompé; c'est parce qu'on redoute sa probité courageuse qu'il a été destitué. »

Sur la proposition de Pontécoulant, le message du Directoire fut renvoyé à une commission. Selon le règlement, le bureau proposait au Conseil la composition des commissions. Il nomma Pichegru , Willot, Pontécoulant, Gau et Normand.

Pas une voix ne s'était élevée pour essayer de défendre le Directoire. Il ne fut douteux, pour quiconque voulait le savoir, que la marche des troupes tenait au dessein arrêté de faire un coup d'État contre le Corps législatif. Carnot était à ce moment président du Directoire et avait fait savoir aux meml)res les plus importants de la majorité législative que ni lui, ni Barthélémy n'avaient rien su du mouvement des troupes.

On disait que cette résolution avait été prise par les trois autres directeurs, que le projet avait été concerté avec le général Hoche, et que l'ordre de faire avancer un détachement de son armée avait été donné par le

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ministre de la marine, Truguct, en prenant pour prétexte que les troupes étaient destinées pour s'embarquer à Brest.

Ce bruit, généralement répandu, était yrai , du moins en ce qui touchait le général Hoche ; il avait été mandé à Paris pour concerter, non pas la descente en Irlande, mais une journée révolutionnaire. C'était avec Barras que les détails d'exécution avaient été convenus.

La séance du conseil des Cinq-Cents , \e message adressé au Directoire, l'attitude que prenait le Corps législatif, troublèrent les préparatifs de la conspiration et jetèrent les trois directeurs dans quelque incertitude. Iloche avait commencé à répandre dans le public qu'il avait obéi à un ordre signé de Carnot. Bien qu'il dût à l'ancien directeur de la guerre dans le comité de salut public, la vie avant le 9 thermidor, et depuis, le commandement en chef d'une armée, il était en mauvaises relations avec lui , tant il était entraîné dans le parti jacobin.

Carnot lui reprocha sa conduite et la fausseté de cette allégation. Jamais il n'avait été question de démembrer l'armée de Sambre-et-Meuse. Quarante-trois mille hommes étaient déjà prêts à s'endjarquer à Brest et suffisaient pour l'expédition projetée. Hoche s'excusa mal; un nouvel incident vint encore compliquer sa situation-, il sut qu'on devait au conseil des Cinq- Cents demander au Directoire comment, en violation de l'acte constitutionnel qui prescrivait l'âge de trente ans pour remplir les fondions de ministre. Hoche, qui n'en avait que vingt-neuf, eut été nommé ministre de la guerre. Il envoya sa démission le 22 juillet et Schérer fut choisi à sa place. Bien moins considéra-

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ble que Hoche, il passait pour plus jacobin et surtout pour plus dépendant, plus docile et plus dévoué à Rewbell.

Rien ne fut définitivement résolu par Barras et ses deux collègues; ils retinrent Hoche encore quatre jours à Paris sans lui donner aucun ordre. Peut-être voulaient-ils qu'il prît sous sa responsabilité personnelle le mouvement des troupes. Le 26 juillet, il quitta Paris, laissant un officier qui devait lui apporter les volontés de Barras et un arrêté officiel du Directoire pour lui prescrire ce qu'il aurait à faire.

Cet officier ne fut chargé de lui remettre aucune instruction formelle et précise.

En arrivant à Charleville, le général Hoche mit à l'ordre de son armée que l'intention du Directoire était toujours de diriger vers les départements de l'ouest les troupes détachées de l'armée de Sambre-et- Meuse ; mais que les différentes marches qu'elles venaient de faire, les fatigues qu'elles avaient éprouvées, ne permettaient point de les remettre en route.

Deux jours après, il écrivait au ministre de la guerre : — ce Marquez-moi , par le retour du porteur de cette lettre, si définitivement les troupes doivent aller à l'ouest. Rappelez - vous , citoyen ministre, qu'on peut aimer son pays, sans cependant sacrifier son existence à des erreurs telles que celles qui ont lieu depuis dix jours.

(( Transmettez-moi vos derniers ordres , et si un dernier sacrifice de ma part peut encore servir la patrie, croyez que je ferai plutôt celui de mon repos particulier que de laisser inexécutées les intentions du gouvernement. »

En même temps, il écrivait au général Richepanse,

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