‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 88 sur 152 · G DISCUSSION SUR LA MARCHE DES TROUPES · texte numérisé non relu

G DISCUSSION SUR LA MARCHE DES TROUPES

qui commandait la colonne, que les manifestations du Corps législatif et les indécisions du Directoire condamnaient à des marches et contre-marches. — « Vous réunirez deux de vos régiments à Epernay et deux ù Reims, où ils ne recevront, à l'avenir, d'ordres que de vous et de moi. »

Le général Hoche retourna à son quartier-général de Wetzlar, sur la rive droite du Rhin, laissant le théâtre de la politique révolutionnaire pour retourner sur le théâtre de la guerre. 11 était profondément attristé; sortant de son caractère haliituel de prudence et de circonspection , il s'était compromis pour un j^arti qu'il servait par calcul encore plus que par opinion ; sa situation s'était amoindrie; son ambition, qu'on croyait grande, avait perdu ses chances. Son état-major fut frappé de son abattement; sa santé, déjà affaiblie, déclinait à vue d'œil; un découragement qui ne lui était pas naturel se montrait dans ses paroles, se laissait lire dans ses yeux; il avait le sentiment de sa fm prochaine.

Les trois directeurs , surtout Barras , n'avaient pas renoncé au dessein d'employer la force armée pour exécuter une l'évolution contre le Corps législatif. Leur intention n'était ignorée ni dans les Conseils, ni même dans le public ; mais on se demandait pourquoi ce ('om])lot avait été ajourné. On en disait beaucoup de motifs difîérents, qui tous avaient pu exercer de l'inlluence. — Les amis de Hoche |)ensaient que Rarras et ses collègues s'étaient inquiétés de donner une si grande mission à un liomiiK; déjà placé très-haut, dont le caractère était alti(T et im])érieux, et (pii pourrait pi'cndre possc^ssion du pouvoir dictatorial qu'on lui confierait ])our un moment. — D'autres, avec plus

ETAT DES PARTIS. ôl l

de raison, supposaient que Barras préférait un coup d'État fait de concert avec le général Bonaparte, conseillé et appuyé par lui ; qui cependant ne rendrait point sa présence nécessaire et ne l'appellerait point à Paris. Parmi l'entourage de Barras et sa clientèle politique, les enthousiastes du yainqueur de l'Italie, les adorateurs de sa gloire et de son génie, qui le croyaient républicain et sincère ami de la liberté , })ensaient que s'il était nécessaire de violer la Constitution et les lois pour châtier les royalistes et sauver la République, on ne pouvait confier un si grand rôle qu'au héros qui réglait les destinées de la France et de l'Europe. — Dans le vulgaire, les commérages rabaissaient cette préférence donnée au général de l'armée d'Italie sur le général de Sambre-et-Meuse à des intrigues de femmes et à leur influence sur Barras. — On supposait aussi que le secret et la promptitude étant nécessaires pour le succès de la conspiration , il avait fallu la différer, puisque le Corps législatif, prévenu à temps, s'en était ému et se mettait en mesure de s'y opposer.

Une circonstance qui semblait minutieuse était sans doute prise aussi en considération : Carnot était })résident du Directoire; les actes de gouvernement devaient être signés et scellés par lui . La Réveillère lui succéderait le V fructidor, trois semaines après le départ du général Hoche et l'avortement du projet pour lequel on l'avait appelé. Pendant ce délai, les trois directeurs pourraient prendre de meilleures mesures et s'entendre avec le général Bonaparte.

Le parti qui disposait de la majorité dans les Conseils , qui nommait Dumolard pour président des

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