‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 90 sur 152 · Î24 INTERVENTION DU GÉNÉRAL BONAPARTE · texte numérisé non relu

Î24 INTERVENTION DU GÉNÉRAL BONAPARTE

est encore temps. )) — L;i coiiclusioii de Willot ne présentait pas un grand moyen de défense : il demandait que la commission des inspecteurs fût tenue de faire part au Conseil de tous les renseignements qui lui parvenaient, et que le délit commis en faisant avancer les troupes fût poursuivi et puni selon les lois.

Après une discussion où les principaux membres du ])arti directorial ne prirent pas la parole , la proposition de Willot , appuyée par Pontécoulant , fut renvoyée à la commission des inspecteurs. Elle fit son rap- ])ort quatre jours après , et constata avec exactitude toutes les allées et venues des détachements de l'armée de Sambre-et-Meusc, tous les ordres et contre-ordres du général Hoche. Mais la commission ne proposait rien de plus qu'un message au Directoire pour lui demander ce qui avait été fait pour que la limite constitutionnelle tut désormais respectée par Tarmée. Le Directoire répondit qu'il avait exécuté la loi que venait de voter le Corps législatif.

Ce n'était plus Tarmée de Sambre-et-Meuse et le général Iloclie qui mettaient en danger la représentation nationale. Les triumvirs, conmie on api)elait alors Barras, Rewbell et Réveillère, avaient cherché l'aide ou l'appui du général Bonaparte.

Dès le 24 juin, ils lui avaient écrit à l'insu de leurs deux collègues. — « Nous avons vu, citoyen général, avec une extrême satisfaction les témoiiïnaues d'attacliement que vous ne cessez de donner à la cause de la liberté et à la constitution de l'an m. Vous pouvez compter sur la plus entière réciprocité de notre part; nous acceptons avec plaisir les offres que vous nous avez faites pour venir au secours de Ui llépublicpie ;

elles sont une nouvelle preuve de votre sincère amour pour la patrie. Vous ne pouvez pas douter que nous en ferons usage pour sa tranquillité, son bonheur et sa gloire. »

Le général Bonaparte n'avait nul dévouement pour le Directoire , mais il ménageait toujours le parti révolutionnaire et ne cessait point de le regarder comme redoutable ; il lui savait des racines étendues et profondes dans les passions qui fermentent toujours parmi un peuple , quand il a perdu le respect des lois et de l'autorité; il croyait aux Jacobins une grande puissance de désordre. En outre , il avait en commun avec eux un attachement réel pour la Révolution ; il en était sorti; elle l'avait produit au grand jour et soudainement porté à une élévation qu'il n'aurait pas même rêvée sous l'ancien régime. La crainte d'un retour vers le passé, d'une restauration de la monarchie et de l'ancienne hiérarchie sociale , le ralliait nécessairement aux hommes qui défendaient les œuvres de la Révolution et la place qu'ils y avaient prise. Lors- (pi'il partageait leurs inquiétudes, il était ])ien près d'épouser leur cause et de servir leur colère. Les généraux de son armée, avec moins de discernement, moins de mesure, s'associaient avec irritation aux opinions que la faction révolutionnaire faisait retentir à la tribune et qu'elle propageait par ses journaux. Le discours prononcé par lui, au banquet du 14 juillet, fut l'étincelle qui alluma l'ardeur républicaine de son armée et provoqua les adresses envoyées par ses généraux. Lorsqu'il s'était aperçu de l'effet qu'elles avaient produit à Paris, il avait écrit de manière à faire savoir, parmi les modérés, que lui-même les avait blâmées et n'avait pu les empêcher.

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