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332 AUUESTATION DU COMTE D ENTIl AIGLES.
réserve, lai découvrant toutes les intrigues d'alors, et eoniprouiit sou parti plus même ({u'il n'était obligé de le faire pour se préserver; il ol)tint d'habiter la ville, sur parole, et sans garde. A quelque temps delà, on le laissa se sauver en Suisse. Ainsi , le général Bonaparte n'ignorait rien des conspirations , c'est-à-dire des correspondances et des projets de l'émigration. F.es rapports de Picbegru avec le prince de Condé lui furent révélés tels que M. de Montgaillard les avait racontés à M. d'Entraigues. On exigea de lui qu'il écrivît ce récit; cette pièce ne fut point signée; il a nié depuis qu'elle fût de son écriture. Toujours est-il que les circonstances sont les mêmes que M. de Montgaillard a publiées plus tard, et elles se retrouvent encore dans un mémoire de Fauche-Borel , l'autre a^ent de la traliison de Picbegru. iM. d'Entraigues, dès qu'il fut en Suisse, imprima des libelles contre le général Bonaparte, se représenta comme un martyr de la cause royaliste , et continua jusqu'à sa fui des intrigues payées par les gouvernements étrangers, sans parvenir toutefois à regauner la confiance de Eouis Wlli. Ees détails (pie le général Bonaj)arte avait a[)pris de M. d'Entraigues ne devaient j)as lui donner une grande idée de la puissance du parti royaliste; toutefois, il savait par là cond)ieu l'émigration était active , combien elle concevait d'espérances fondées sur la situation précaire et menacée du gouvernement de la République ; combien elle avait de rapports avec Picbegru et quelques-uns des rei'.résentants qui jouissaient de la faveur des modérés, sans être avec eux en comnmnauté d'opinion el de but. Le danger ])0uvait donc être réel, sans être toulefois aussi imminent que le dépeignaient ses corresnondanls révolutionnaires.
MISSION DE LAVàLETTE. 333
11 voulut savoir la vérité, et euvoya à Paris un des hommes les plus lionoraLles et les plus sensés qui se soient dévoués à sa fortune et à sa personne. M. de Lavalette s'était engagé après le 10 août; il y avait combattu parmi les défenseurs du roi, et cherchait ainsi dans Tarmée un asile contre le péril où sa loyale conduite l'exposait. Comme beaucoup d'autres hommes de son âge et de sa position, il se jeta avec patriotisme et désespoir dans cet honorable refuge, fuyant le spectacle des horreurs dont il venait de voir le présage et le commencement au 2 septembre.
Encouragé par la bienveillante protection du général Baraguay-d'Hilliers, il avait fait sous ses ordres les campagnes de l'armée du Rhin et il était son aide de camp, lorsque ce général passa à l'armée d'Italie pour être d'abord gouverneur de la Lombardie. C'était au moment de la bataille d'Arcole; le général en chef y avait perdu deux aides de camp, Muiron et Elliot. L'estime particulière que le général Baraguay-dllilliers faisait de son aide de camp Lavalette, ce qu'il disait de son caractère et de son mérite, décida le général Bonaparte à le placer près de lui. 11 tarda peu à se distinguer par son courage dans une mission périlleuse, lorsqu'à travers un pays que n'occupait pas encore l'armée française, il alla remettre en Tyrol au général Joubert l'ordre de se porter sur la route de Vienne ; puis il avait fait preuve de discernement et de sagesse lorsqu'il était allé faire cesser les désordres de Gênes et y donner un caractère régulier à la révolution.
Tel fut l'observateur que choisit le général Bonaparte pour aller voir de près ce qui se passait à Paris. 11 savait que M. de Lavalette était, d'origine , monarchiste
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constitutionnel, et maintenant républicain sincère et modéré, comme un arrivant de l'armée du Rhin. — (( Voyez tout le monde, lui dit-il, défendez-vous de l'esprit de parti; donnez-moi la vérité et donnez-la-moi dégagée de toute passion. »
Le général Bonaparte avait conservé des relations ])lus familières que confiantes avec Barras; il n'ignorait pas combien peu il devait compter sur son appui en tout ce qui touchait soit la conduite de la guerre, soit les négociations et les vues politiques à l'extérieur; mais il ménageait en sa ])ersonne le parti révolutionnaire, et n'aurait pas voulu se brouiller formellement avec lui ^ Connaissant son avidité, il lui avait plus d'une fois procuré ou fait passer de Targent-, au total, dans le monde politique de Paris, Barras était encore regardé comme son patron et son ami.
M. de Lavalette vit donc d'abord Barras, qui lui parut avoir conservé de bons sentiments pour le général Bonaparte ; il affecta le désir d'entretenir l'amitié qui les unissait depuis longtemps. C'était précisément à l'époque où le général Hoche avait fait avancer des troupes et motivé ainsi les plaintes et le blâme du conseil des Cinq-Cents. — « Barras m'a paru, écrivait Lavalette, très-affecté de tout ce qui se passe; il ne m'a })oint caché la division très-prononcée qui existe entre les membres du Directoire.» — « Nous tiendrons ferme, disait-il, et si nous sommes décrétés d'accusation, nous monterons à cheval.)) — Il m'a paru étonné que vous ne reveniez pas sur le compte de Carnot-, il règne entre ces deux directeurs une a-nimosité née de la différence d'opinions et de vues sur la marche du gouvernement.