‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 93 sur 152 · Mémoires dictés à Sainte-Hélène · texte numérisé non relu

Mémoires dictés à Sainte-Hélène

Cette liainn éclate en invectives et en menaces; toute réconciliation est impossible, n

Oarnot était en correspondance avec le général Bonaparte, qui trouvait en lui un sincère appui pour toutes ses opérations militaires, pour tous ses projets politiques sur l'Italie ; mais il n'y avait jamais eu d'intimité entre eux , et ('arnot voyait avec méfiance ses liaisons apparentes avec Barras. Il parla avec réserve, mais sincèrement à Lavalette.

— « Il est impossible de marcher dans la route révolutionnaire; tout est perdu, si on ne veut pas adopter un système de modération : la France a en horreur tout ce qui rappelle l'époque déplorable où une cruelle nécessité a jeté la Convention ; il y a dans les esprits une irritation qui, si Ton n'y prend garde, va nous dégoûter promptement de la République et ramener des désordres dont nous ne sortirons que pour subir le joug des Bourbons. )) .... « On n'a pas honte de m'accuser de royalisme; cependant personne n'est plus convaincu que moi de la trahison de Pichegru; il serait nécessaire de la punir; mais on manque de force, parce qu'on manque de mesure ; on veut gouverner la France comme un club. L'esprit passionné des factions, la peur soupçonneuse et aveugle dictent toutes nos déterminations ; on ne connaît que la violence , tandis que la modération et la fermeté suffiraient pour tout calmer. J'ai cherché à ramener Pichegru; sans être son ami, je le connaissais; j'allai le voir, lorsqu'il arriva pour siéger aux Cinq-Cents; je lui trouvai beaucoup plus d'esprit et d'habileté que je ne lui en avais vu jusqu'alors. Il me sembla qu'il avait pris son parti; je ne l'ai point revu depuis; j'ignore quels peuvent être ses projets et ses moyens d'exécution : je ne

lui en vois aucun depuis qu'il est éloigné de larmée Ses tentatives échoueront devant la vigilance du gouvernement et surtout devant l'opinion publique; elle est évidemment très-prononcée contre les Bourbons. » — c( Ma situation est triste, je suis forcé de marcher avec un parti oià se trouvent des liommes qui ne m'aiment point et qui peut-être conspirent, quoique sans chance de succès. ))

Lavalette continua à voir souvent Barras; il avait été chargé de lui offrir trois millions pour sidjvenir aux frais qu'un coup d'Etat pourrait rendre nécessaire. Barras accepta ^ avec transport cette proposition , et dès le lendemain il écrivait au général Bonaparte : — « Point de retard; songe bien que c'est avec de l'argent seulement que je peux remplir tes honorables et généreuses intentions. »

Les autres membres du Directoire ne semblèrent pas à l'aide de camp du général Bonaparte avoir une importance réelle; RevNbell avait pourtant une grande influence sur la direction politique et sur les projets qui bientôt allaient être mis à exécution; mais le public ne s'occupait pas de lui; il n'était nullement considéré. — La Reveillère lui parut w ridicule, méchant, hypocrite de philanthropie, orgueilleux de la religion qu'il avait inventée et persécuteur cruel des pauvres prêtres. » — Barthélémy, élu par le parti ennemi du Directoire, y siégeant avec dégoût et sans espoir de faire le bien ou d'empêcher le mal, n'était pour rien dans la conduite des affaires. Dès qu'il remontrait que la condition nécessaire d'un gouvernement représentatif était le bon accord et la confiance mutuelle entre le Corps législatif

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