‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 96 sur 152 · RAPPORT DE THIBAUDEAU · texte numérisé non relu

RAPPORT DE THIBAUDEAU

était que depuis quatre ans il avait commandé Tavantiiarde de l'armée de Sambre-et-Meuse et ([u'il ignorait Tarticle de la Constitution. Le rapporteur remarquait qu'une telle excuse ne serait pas admise par un tribunal; que cependant le Corps législatif s'en était contenté et avait moins clierclié les preuves d'un délit que les moyens de le prévenir.

Les adresses de l'armée d'Italie, dont la véhémence venait d'être surpassée parles adresses que le général Hoche avait envoyées de l'armée de Sambre-et-Meuse, donnaient lieu à des réflexions assez sévères. Après les hommages rendus au dévouement, au courage, à la gloire des défenseurs de la patrie, le rapporteur parlait des prétentions absurdes, des opinions exagérées, des projets criminels qui dans ces adresses s'étaient mêlés à l'expression de sentiments louables.

— « i\on , disait-il , ce n'est pas vous , braves soldats , mais des monstres féroces qui ne rougissent point d'offrir aux factieux les bras que le peuple avait armés contre eux, qui promettent de vous ramener contre vos familles sous les drapeaux de la rébellion.

« Le Directoire dit que ce ne sont point des délibérations. Non, sans doute, car si l'armée eût délibéré, il se serait élevé une foule de soldats citoyens qui auraient défendu la Constitution. Ont-il signé ces adresses sans les lire? Ce n'est donc pas leurs vœux qu'elles expriment.

{( Plus nos généraux et nos armées ont rendu de services à la patrie, plus vous devez déployer de sévérité contre les premiers symptômes de ces entreprises. Vous ne pouvez être rassurés par leurs sentiments et leurs vertus; elles ne résisteraient point à la séduction

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(lu pouvoir; ils seraient l)ieiUot fatijiués d'obéir s'ils entrevoyaient le moyen deeonnnander.

« Nons devons an jxMiple cjne nous re])résentons , an peuple qu'on veut égarer sur nos intentions et nos actes, d'apj)eler votre examen sur la partie du messaf|;e où le Directoire vous présente les causes des inquiétudes et des troubles (jui affligent la patrie. Un Corps législatif n'est point aecusable, il ne doit [)as se justifier; ses actes parlent pour lui ; mais tous les pouvoirs ([ui composent un gouvernement sont solidaires. Nous dirons donc la vérité au Directoire, à vous et au peuple.

« On vous dénonce l'insolence des émigrés et des prêtres réfractaires rappelés et favorisés ouvertement.... Le conseil des Cinq-Cents, en dépit de l'esprit de parti et des prétentions renaissantes d'un culte autrefois dominant, s'est conformé aux principes professés par la pliiloso])bie, consacrés par la Constitution : liberté de conscience, protection égale pour tous les cultes, soumission de leurs ministres garantie par une déclaration.

(( Quant aux émigrés, (pii les rappelle? qui donc les favorise ouvertement? sont-ce les lois. Sans doute le Cor[)s législatif n'a pas le pouvoir de faire des exceptions. Mais on ne saurait considérer comme telles les lois (pii ont rendu justice aux fugitifs d'Alsace et de Toulon.

i< La législation sur les émigrés ne subsiste-t-elle [)as tout entière? Le Directoire n'a-t-il pas entre les mains les moyens les plus actifs, les plus absolus, les plus arbitraires pour les repousser du territoire? On dit fju'ils alTluent dans la République, à Paris : est-ce au C-orps législatif de faire la police? Pourquoi

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est- il public que les bureaux spéculent sur les passeports, les certificats de résidence et les radiations? Ce serait à nous de demander des éclaircissements sur ces abus et ces scandales.

(( Le Directoire vous dénonce les assassinats commis sur les acquéreurs de biens nationaux , les fonctionnaires publics, les défenseurs de la patrie ; il se plaint de la partialité de quelques tribunaux et de l'impunité du crime. Le Directoire a donc oublié la nature et l'étendue de ses pouvoirs? nous ne pouvons excéder les nôtres.

« On ne doit pas se dissimuler qu'il est quelques contrées de la République où, depuis plusieurs années, le sang français coule sous les poignards de tous les partis : c'est le résultat de cette exécrable doctrine qui excuse les violences par les violences, les fureurs par les fureurs , les assassinats par les assassinats. — Le remède à ces borreurs est moins dans le texte des lois que dans la sagesse et l'impartialité des opinions, dans l'exemple donné par les législateurs. Il y a des passions plus fortes que les lois; mais elles cèdent à l'ascendant de la sagesse, au sentiment d'bumanité, quand leur voix se fait entendre à la tribune nationale avec unanimité.

« Si les lois actuelles ne suffisent pas, que le Directoire nous donne des explications et propose ses vues 11 ne trouvera parmi nous qu'un sentiment : l'borreur pour le crime.

(( N'a-t-il pas trop coulé, pendant la Révolution, le sang de ceux qui l'aimaient, et le sang de ceux qui la baissaient? Notre premier devoir n'est-il pas de nous jeter comme médiateurs entre les partis qui troublesit la paix publique?

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