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deiiro plus circonspecte, il avait risqué sous une forme l)ienveillaiite quelcpie blâme de plusieurs orateurs des Cinq-Cents. — (( Ce n'est pas à nous, disait-il, d'examiner si leur zèle ne s'est [)as exprimé quelquefois avec trop de vivacité ; si des discussions , où évidemment la pensée était pure, ont été quelquefois trop ardentes, si même quelques-unes n'étaient pas prématurées. »
Les conclusions des deux rapporteurs avaient été, comme le sens général de leurs discours , le sujet de J)eaucoup de conférences et de négociations; ce n'était pas sans peine qu'on avait écarté les exigences hostiles des meml)res trop ardents de la réunion de Clicliy. Deux articles étaient proposés : le piemier chargeait le ministère puldic du tribunal dans le ressort ducpiel siégeait le Corps législatif, de poursuivre d'office tout complot, machination, attentat et généralement tout délit contre la Constitution, le Corj)s législatif, le Directoire et chacun des membres (pii le composaient; le second portait des peines contre les militaires (jui délibéraient ou faisaient des actes collectifs.
Ces faibles tentatives de résistance du Corps législatif n'attiraient jkis même l'attention du puldic, tant il était manifeste qu'il n'existait aucun moyen de prévenir ou d'empêcher une exécution militaire, de jour en jour ])lus imminente. 11 n'y avait ])lus ])armi la population de Paris d'autre sujet d'entretien que les probabilités de la guerre civile ou du despotisme des l)aïonnettes. Les Jacobins devenaient de plus en plus féroces dans leurs menaces; des affiches sanguinaires couvrnienl les murailles; les trou})es étaient dans un mouvement continuel; le langaae des généraux était impé-
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rieux et trancliant ; les officiers se répandaient dans les eafés ou dans les promenades publiques , insultaient les jeunes gens, les appelant chouans et brigands, parce qu'ils avaient, selon la mode du moment, des liabits gris à collet noir. De là suivaient des rixes et des voies de fait. Un jeune homme fut massacré sur la place des Invalides ; le désordre devint si grand que le uénéral Auîïereau se vit oblifré d'adresser une proclamal ion aux troupes de sa division et de recommander aux chefs de corps et aux officiers une exacte surveillance; la poursuite prompte et sévère des délits commis |)ar des mihtaires était aussi prescrite. — « N'écoutez [)as, disait-il aux soldats, les conseillers perfides qui cherchent à vous mettre en opposition avec les citoyens paisibles. »
Toutes les fractions du parti modéré, sans manquer de courage , envisageaient chaque jour le danger qui approchait ; on s'agitait, on parlait , on ne concluait à rien; on ne formait aucun projet, puisqu'on n'avait au- (^un moyen d'exécution. Parfois on essayait de se rassurer par une présomption frivole et irréfléchie ; on avait des phrases toutes faites pour repousser les alarmes trop réelles. — « Le Directoire ne pourra pas plus, affirmait l'un, arrêter la révolution descendante que nous n'avons pu arrêter la révolution ascendante. » — Un autre disait: — « Quelques lignes d'un décret d'accusation suffiront ; il fera le même effet que l'accusation contre Robespierre, Couthon et Saint-Just. »
Puis, en discutant les mesures d'exécution : — « La victoire, disait-on, appartient dans les révolutions à qui prend l'offensive; il faut dès cette nuit arrêter les triumvirs au Luxembourg, pendant qu'ils écrivent leurs listes de proscription. » — IMais d'autres répondaient .
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— • « Qui se ebariiora do rexjxulition ? — Le général Pichegru. — Et avee qui? » — Alors par supposition, et sans autre autorité qu'un bruit généralement répandu, les donneurs de conseils téméraires parlaient des cliouans qui étaient venus à Paris se mettre aux ordres des généraux royalistes. A une telle proposition, les modérés constitutionnels se récriaient contre cet attentat. D'ailleurs Picbegru n'était-il pas d'un caractère trop prudent pour se cbargcn^ d'aller avec quelques jeunes gens attaquer le Luxembourg, défendu par une garde de quinze cents grenadiers , qui seraient bientôt secourus par les troupes de la division d'Augereau? — « Mais nous allons, ajoutait-on, réorganiser la garde nationale. — Elle n'aura, répondaient les autres, ni le courage, ni l'élau du 13 vendémiaire, et alors elle ne pourra se défendre. «
On discutait ainsi les cbances de succès : — « En admettant que le coup de main sur le Directoire pourrait réussir, n'aurait-on pas, aussitôt après, contre soi les généraux et les armées?)) — A cela il était répondu : « J.e général Moreau est ami de Picbegru ; il est pour nous. N'a-t-il pas refusé d'envoyer des adresses que le Directoire voulait faire arriver de l'armée du Rbin? — Mais le général Bonaparte s'est ])rononcé contre le conseil des Ciiu[-Cents. C'est lui qui a envoyé Augereau, le ])lus jacobin de ses généraux. » — A cette objection on répliquait : — « Le général Bonaparte n'est pas tel (pie vous le croyez. Nous savons quelles sont ses véritables dispositions; il n'aime ])oint Barras; il sait que Rewbell le craint et le déteste; il se moque de l>a Héveillère et des tbéopbilantbropes, qui ne lui jiardonneni pas d'avoir é])argné Rome et le Pape. Dans la conversation familière, il s'explique très-lil)rement sur les
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directeurs; il est ennemi déclaré deTanarchie; il veul nn gouvernement fort; il aime Tordre. Son ambition ne trouverait pas son compte en sauvant le Directoire, qui se méfie de lui. » — Tout cela était vrai , mais ne pouvait donner l'espoir d'échapper aux violences imminentes du Directoire.
Pendant ces vaines conversations de la réunion de Clichy, quelques représentants plus réellement modérés et d'un esprit plus pratique cherchaient , sans ])lus de succès, s'il y avait quelque chose à faire. Le général Dumas , un des membres les plus considérés du conseil des Anciens, savait dès longtemps qu'on ne pouvait pas songer à Pichegru. Lors du passage du Rhin, un fourgon appartenant au général autrichien Tv'linglin était tombé aux mains des Français. Le général Moreau avait pris connaissance des papiers qu'on y trouva : il eut ainsi des preuves écrites des communications que le général Pichegru avait entretenues avec le prince de Coudé et des projets de trahison qu'il avait conçus. Pichegru était destitué depuis un an; la paix allait être signée. Moreau , après avoir consulté Desaix et Reynier, pensa qu'il était au moins inutile de faire connaître au Directoire ce qu'il venait de découvrir. Bien qu'aucun des généraux de l'armée du Rhin ne fût compromis par ces papiers, le gouvernement aurait pu concevoir des soupçons. Moreau résolut de tenir secrète la découverte qu'il avait faite, afin de ne pas livrer son armée aux inquisitions de la police. Desaix était très-attaché au général Dumas et avait eu lui une grande confiance; il lui fit part de cette découverte , comme aussi quelque temps après il la révéla au général Bonaparte, qui savait déjà par le comte
d'Entraiiiues les intrigues de Picheuru.