‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 12 sur 141 · DIVISION DES POUVOIRS · texte numérisé non relu

DIVISION DES POUVOIRS

librement ; alors la majorité du pouvoir délibérant serait certainement hostile aux souvenirs et aux lois de la république conventionnelle ; la contre-révolution pourrait donc être accomplie constitutionnellement.

Aussi n'était-ce pas dans les conseils législatifs que les révolutionnaires avaient placé leur garantie. Ils avaient compris que la constitution ayant établi, d'après des principes abstraits, une complète séparation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, c'était le Directoire qui en définitive serait le gouvernement. Isolé y dans son action , des représentants du pays , indépendant des organes de l'opinion publique, disposant de la force militaire et de Tobéissance des employés administratifs , il pouvait exercer une autorité absolue, sauf à encourir un blâme tardif, impuissant contre les faits accomplis; il pouvait s'emporter jusqu'à des violences assez grandes pour faire disparaître toute responsabilité.

De là était venue l'extrême importance que les conventionnels avaient attachée au choix des directeurs. Dans leur idée, ils instituaient un pouvoir qui pourrait devenir dictatorial dès que la domination révolutionnaire serait en danger.

Le public, sans avoir une telle prévoyance, comprenait pourtant que désormais il allait avoir le Directoire pour souverain. Ce n'était plus sur la tribune et l'urne du scrutin que se porteraient les regards; ce n'était plus au Ck)rps législatif qu'on demanderait le bon ordre et la prospérité du pays ; on n'attendait plus de lui la paix ou la guerre ; si les lois étaient mal observées, si la police était arbitraire ou vexatoire , si l'administration était mise et laissée dans des mains impures ou confiée à des hommes inha*

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biles, on n*aurait plus rien à imputer aux discussions ou aux votes des assemblées , ni aux opinions aveugles d'une majorité passionnée. Par-devant l'esprit public , le Directoire devenait seul responsable.

Les nouveaux maîtres du pouvoir s'attendaient à rencontrer, dès le début de leur gouvernement, de grandes difficultés » des résistances et des attaques : néanmoins, leur situation était en ce premier moment meilleure qu'ils ne l'avaient d'abord espéré.

Le parti royaliste n'existait pas ailleurs que dans la Vendée , où la guerre civile lie devait pas tarder à être étouffée. Les intrigues de quelques agents subalternes se bornaient à envoyer aux princes émigrés et aux agents anglais des rapports mensongers ou écrits sans discernement. Les lois de rigueur ou d'arbitraire que la Convention avait soigneusement maintenues étaient un préservatif suffisant contre les entreprises d'une restauration. On en était encore mieux garanti par l'aveuglement obstiné qui entretenait dans l'esprit de M. le comte d'Artois et de son entourage d'invariables pensées d'intolérance, et qui ne leur laissait concevoir ni transaction, ni concession, ni oubli du passé. Us ignoraient , et voulaient ignorer, l'état et l'opinion de la France, où régnait à leur égard une indifférence méfiante. D^ailleurs la République avait conclu des traités de paix avec TEspagne et la Prusse ; elle aurait pu négocier avec l'Autriche et même avec l'Angleterre. Il était manifeste que les puissances de l'Europe n'avaient aucunement l'intention de s'engager à rétablir la maison de Bourbon sur le trône de France.

Les révolutionnaires que la Convention avait appelés à sa défense , après les avoir persécutés et déci-

LIS opinions ET LES PARTIS. 5

mes j étaient réellement un parti redoutable. Encouragés par remploi que les hommes politiques des comités avaient fait de leur énergie, par Tamnistie qui venait de leur être exclusivement accordée , ils se croyaient en droit d'être exigeants et en force pour faire encore des révolutions. Le Directoire n'avait garde de les traiter d'abord en ennemis ; il comptait gouverner, sinon par eux, du moins avec eux. Tous les emplois, toutes les faveurs leur étaient distribués ; c'est à eux qu'allaient être confiés les emplois de commissaires près l'administration départementale. Mais ces séductions, mais cette fraternité ne pouvaient s'adresser qu'à un nombre restreint d'individus. Contenter le vrai parti révolutionnaire, dompter ou apprivoiser l'esprit jacobin, calmer en eux l'orgueil et l'envie, c'était la chose impossible. Si on ne les laissait pas devenir les maîtres, si on ne voulait pas réaliser leurs monstrueuses chimères , on devait être certain d*avoir à les combattre. Le nom de parti ne pouvait être donné aux amis de la monarchie constitutionnelle; les hommes de 1789 conservaient leurs opinions , mais ne formaient pas une faction ; fidèles, avec plus ou moins de mesure ou de sagesse, aux idées de liberté, la plupart d'entre eux, ceux même qui ne pouvaient pas rentrer en France , ne faisaient aucune objection à la république , sinon qu'ils la croyaient impossible , parce qu'elle était fondée par des ennemis de la liberté, par ceux qui l'avaient noyée dans le sang, et parce qu'elle amènerait de nouvelles révolutions. Le Directoire ne se trompait point en les regardant comme ennemis; il ne les recherchait point , et eux n'auraient pas voulu lui donner l'appui de leur assentiment et de leurs services. S'ils conservaient quelque espérance pour l'avenir,

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