‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 13 sur 141 · G LES OPINIONS ET LES PARTIS · texte numérisé non relu

G LES OPINIONS ET LES PARTIS

elle n'était fondée sur aucun projet; mais ils prévoyaient qu'un mauvais gouvernement tarderait peu à susciter le mécontentement général, et qu'alors peutêtre une combinaison monarchique réaliserait leurs VŒUX et leurs idées. Les cruels mécomptes de la constitution de 1791 et de la monarchie telle que l'Assemblée constituante l'avait faite, n'avaient pas affaibli leur foi politique; toutefois, l'expérience avait dissipé beaucoup d'illusions ; ils croyaient maintenant qu'une plus large part de pouvoir devait être faite au souverain constitutionnel; leur programme de gouvernement était modifié.

A ce moment on ne pouvait pas non plus regarder comme un parti les vaincus du 13 vendémiaire; ils avaient agi sans ensemble et sans but; parmi les principaux d'entre eux, aucun n'avait vécu dans la région politique , ni acquis l'expérience des hommes ou des affaires. Leurs principes avaient consisté à détester et mépriser la Convention. L'opinion de Paris leur avait été favorable, mais jusqu'au combat exclusivement. Dès qu'on vit que la victoire remportée contre eux n'amenait point de rigueurs sanguinaires , dès que la tentative de Tallien et des Montagnards pour continuer la Convention eut échoué, l'effroi qu'avait inspiré un Directoire jacobin s'apaisa et l'aversion s'adoucit. Les journalistes, qui avaient formé le noyau de la sédition sectionnaire, n'étant point poursuivis, mais seulement menacés, commencèrent par recommander le respect de la constitution , par s'exprimer avec égard sur le gouvernement naissant et à témoigner bonne espérance pour l'avenir.

Ils exprimaient un sentiment presque universel; le besoin de repos était tellement dominant; il y avait si

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peu d'espoir, et même si peu de désir, dirigé vers tout autre établissement; on aimait tant à croire la Révolution finie 9 que le gros de la nation non-seulement se résignait, mais paraissait respirer plus à Taise. La constitution promettait que la propriété et la liberté individuelle seraient respectées; il n'y aurait plus de comités révolutionnaires, plus de représentants en mission; on comptait sur une administration régulière, qui, au lieu d'être au service d'un parti, s'occuperait des intérêts généraux du pays, et, au degré inférieur, réglerait les affaires locales. Ainsi les propriétaires, le petit commerce qui ne craignait plus le maximum, les négociants qui espéraient la reprise des spéculations et du mouvement des capitaux; les employés des bureaux qui ne seraient plus renvoyés ou réformés pour cause d'opinion; les notaires, les avoués et les gens d'affaires qui n'aspiraient point, comme les avocats, aux succès de la parole; en un mot, presque tous les citoyens appartenant aux classes moyennes qui ne s'étaient point mêlés à la Révolution et qui avaient souffert de ses anarchiques convulsions, semblaient disposés à s'attacher au nouveau gouvernement, à n'y pas regarder de trop près et à en bien augurer.

Le Directoire et les révolutionnaires, qui ne songeaient qu'à se conserver et s'établir, devaient sans doute s'applaudir de cette vaste bienveillance; ils pou- • vaient se flatter que leur république était ainsi posée sur une large et solide base; mais l'opinion de cette généralité des bons et honnêtes citoyens était sans nulle énergie; moins que jamais ils étaient disposés à soutenir une lutte quelconque; ils ressentaient frayeur et dégoût de tout mouvement politique. Les conspirateurs et les factieux ne pouvaient se flatter de recruter

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parmi eux; mais ils étaient assurés de ne rencontrer aucune résistance active dans cette masse nationale. Le gouvernement se serait grandement mépris s'il avait compté sur de tels auxiliaires; ils voulaient que le pouvoir régnant assurât leur repos et ne leur demandât aucun sacrifice ni aucune activité pour le défendre. Tout ainsi que les classes laborieuses et ignorantes , les classes moyennes, grâce à une cruelle expérience, étaient devenues plus sages, mais aussi plus passives. Les vainqueurs, quels qu'ils fussent, pouvaient d'avance être certains de leur docilité à obéir au pouvoir qu'ils installeraient.

Ainsi le gouvernement directorial semblait inauguré sous des auspices plus favorables qu'on ne l'avait d'abord prévu. Les germes de révolution et de mort qu'il renfermait étaient volontairement inaperçus par une opinion générale affamée d'espérance. On avait tellement souffert, on avait tellement craint de souffrir davantage et plus longtemps , qu'on acceptait , à titre de joyeux avènement , les promesses de bon ordre et de justice d'un pouvoir nouveau dans sa forme, encore que réellement il fût exercé par les mêmes hommes et au nom des mêmes opinions , coupables de tant de crimes et de malheurs.

Les deux Conseils législatifs se montrèrent d'abord en harmonie avec cette disposition de l'esprit public. La majorité conventionnelle, dont les suffrages compactes avaient élu les directeurs, ne présenta plus l'aspect d'un parti discipliné et agissant de concert. T^ Montagne avait presque disparu; lorsqu'au conseil des Anciens, Charlier ouvrit la première séance en proposant de « jurer sur le poignard de Brutus la mort de tout

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