MARCHE DU GÉNÉIUL MOREAU
caution et lentement; Tarchiduc se retirait sans précipitation et ne se sentait ni pressé, ni menacé ;* son armée venait d'être diminuée par la détermination que le duc de Wurtemberg , le margrave de Bade et les petits princes souverains de la Souabe avaient prise de demander un armistice au général Moreau et de solliciter la paix. Ils eurent à l'acheter chèrement par vingt-cinq millions de contribution de guerre et une valeur à peu près égale en fournitures de chevaux et de vivres. Ils avaient donc rappelé leur contingent; l'électeur de Saxe retira aussi ses troupes.
Ainsi, l'archiduc avait un moindre désir de tenter le sort d'une bataille contre l'armée française; son adversaire, au contraire, aurait dû la souhaiter; plusieurs de ses généraux lui conseillaient de la livrer. On lui disait qu'une victoire éclatante et complète était le passe-port d'une invasion qui , sans cela , était difficile et pouvait devenir dangereuse. Le Directoire lui envoyait des instructions en ce sens, mais vagues et contradictoires , commandant à la fois Vaudace et la prudence, prescrivant des mouvements et des opérations impraticables.
Si cette campagne était destinée à marcher sur Vienne en traversant l'Allemagne et en suivant le cours du Danube, il eût fallu évidemment placer les deux armées françaises sous le même commandement afin d'opérer ensemble et de combiner leurs mouvements pour atteindre un seul et même résultat.
Un autre plan avait d'abord été conçu et indiqué aux deux généraux. On devait se borner à assiéger les places fortes qui ne pouvaient prudemment être laissées en arrière, car elles renfermaient une armée nombreuse. Puis, après avoir pris Mayence, Manheim et
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Philipsbourg, on eût passé le Rhin avec deux cent mille hommes, occupé sans risque la Souabe et la Bavière , et communiqué par le Tyrol et l'armée dltalie. Mais il n'eût pas été moins essentiel de confier à un seul général toutes les forces françaises» puisqu'elles devaient concourir aux mêmes opérations.
Lorsque le Directoire avait vu les armées autrichiennes affaiblies par les secours qu*elles envoyaient en Italie, il avait conçu d'autres desseins; il voulait envahir les États de Bade , de Wurtemberg et de Bavière, forcer leurs souverains à la paix et en tirer de fortes contributions et des fournitures. Nourrir la guerre par la guerre était devenu le principe fondamental de la politique du gouvernement de la République ; ses instructions étaient subordonnées à ce calcul.
D'ailleurs, plus que jamais , il avait la volonté de ne point confier une grande armée et l'ensemble des opérations militaires à un seul général : déjà il avait tenté de diviser l'armée d'Italie.
Moreau , non plus que Jourdan , n'était pas homme à s'emparer de l'autorité et à ranger le Directoire sous son obéissance; il était loin d'avoir ce génie , qui du commandement d'une armée avait su faire un gouvernement; il ne se proposait pas un autre but que de conduire la guerre avec habileté et sagesse, sans compromettre son armée. Ne concevant pas une espérance plus vaste que de vaincre son ennemi et de le forcer à la retraite, il suivait jour à jour l'archiduc en traversant les montagnes du Wurtembei^, sans chercher à établir une communication avec l'armée de Jourdan , sans même tenir à sa portée les divisions de sa droite, qui avaient continué à s'avancer dans la Souabe méri-