PREMIÈRES SÉANCES DES CONSEILS
malheureux qui serait favorable à la royauté, » il ne fut pas écouté. Peu après, on reconnut que ce montagnard exalté, dont la Convention avait si souvent entendu les discours et les propositions , était atteint d'aliénation mentale; elle le conduisit, l'année suivante, au suicide. Au conseil des Cinq-Cents, lorsqu'un député du nouveau tiers présenta avec convenance quelques observations sur la manière dont avait été combinée la liste des candidats pour le Directoire, Lecointe Puyravaulx répondit que « sans doute des hommes nouveaux ne prétendraient pas tracer une ligne de conduite aux hommes qui avaient passé à travers cinq années de révolution, » sa voix fut couverte par des murmures. Les conventionnels ne tardèrent pas à reconnaître qu'ils auraient à compter avec le nouveau tiers.
Plusieurs députés, Aubry, Rovere, Lomond, Saladin , avaient été décrétés d'arrestation par la Convention, après le 1 3 vendémiaire, comme prévenus de conspiration. Cet acte, contraire aux règles légales établies par elle même, était bien plus encore une violation manifeste de la constitution, selon laquelle les dénoncés venaient d'être élus. Ils réclamèrent leur droit, et demandèrent à siéger au conseil des Cinq- Cents. On nomma d'abord une commission pour examiner la question ; M. Thibaudeau rappela qu'au moment où le décret d'arrestation était voté , il en avait fait remarquer le caractère inconstitutionnel. Il dénia même le droit qu'on croyait avoir de renvoyer l'affaire devant une commission. Tallien seul osa s'opposer à cette opinion. Il parla avec vivacité au milieu des murmures : — «Vous voulez donc, disait-il, voir siéger à vos côtés les partisans de la rébellion , les protecteurs des émigrés? Vous admettrez donc des émigrés? J'ai voté leur