RETRAITE DE L ARMÉE DU RHIN
Le 1 octobre, il força les passages de la forêt Noire ; le défilé du Val d'Enfer fut traversé en quatre jours, et, le 1 5, l'armée pouvait communiquer avec la France par les ponts d'Huningue et de Vieux-Brisach; elle était en bon ordre , animée et en plein courage : elle n'avait pas perdu un canon ; les blessés et les bagages avaient été dirigés par une route que n'occupait point l'ennemi et avaient pu parvenir à Huningue.
Le 18 l'arcbiduc marcha contre l'armée française à la tète de trente-six mille hommes; il avait réuni au détachement qu'il amenait les corps de La Tour, de Nauendorf , de Petruscli qui commandait la colonne tirée des places fortefi, de Frohlich et du prince de Condé. On combattit de part et d'autre avec vigueur. Les pertes furent à peu près égales , mais l'armée de Moreau ne fut pas entamée ; il prit position à Fribourg et couvrait ainsi la communication avec Neu-Brisach. Desaix traversa le fleuve le 21 octobre et descendit à Strasbourg par la rive gauche. Le 23, une nouvelle attaque fut essayée contre cette armée ainsi diminuée ; elle défendit sa position ; le 26 octobre, elle passa le pont d'Huningue et rentra en France.
C'était finir glorieusement une campagne désastreuse, où plusieurs victoires avaient honoré les armes françaises. Aucune grande bataille n'avait été perdue. Les Français avaient été vaincus plutôt par des manœuvres bien dirigées que par une supériorité de bravoure dans les soldats autrichiens ; plutôt par la conception fausse du plan de campagne que par l'inhabileté des généraux. Après avoir occupé toute une région de l'Allemagne , de cette conquête il ne restait plus au delà du Rhin que Dusseldorf , la tête de pont d'Huningue et Kelh , qui devait être vaillamment défendu.
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Les désastres des armées en Allemagne reportèrent sur les victoires de Tarmée d'Italie toutes les espérances du Directoire i mais ce qui venait de se passer sur les bords du Danube et du Rhin devait nécessairement rendre beaucoup plus difficile et plus dangereuse la position du général Bonaparte. Réduit à une guerre défensive si peu assortie à son génie ^ ayant à maintenir l'occupation d'un territoire immense avec une armée dont le nombre était disproportionné avec une semblable tâche; menacé de voir arriver de nouvelles années autrichiennes, inutiles maintenant à la défense de l'Allemagne et encouragées par la victoire ; obligé de bloquer une ville qui renfermait une armée , il avait en outre à craindre des populations irritées contre les conquérants et des princes ranimés par l'espoir de la délivrance prochaine que leur promettaient l'Autriche et l'Angleterre.
Le général Bonaparte ne se faisait point illusion ; il jugeait sans découragement et sans présomption à quels périls il allait être exposé , à quels efforts devait être employée son armée.
Dès le 2 octobre il écrivait : — « Il est impossible en ce moment de penser au siège de Mantoue à cause des pluies, il ne sera faisable qu'en janvier; à cette époque, l'empereur aura une puissante armée dans le Frioul et leTyrol; rien n'égale l'activité de l'Autriche pour recruter son armée d'Italie.
w Voici la force de notre armée : j'ai dix-neuf mille hommes à l'armée d'observation , neuf mille hommes à l'armée de siège. Je vous laisse à penser, si je ne reçois pas de secours , s'il est possible que je résiste cet hiver à l'empereur qui aura cinquante mille hommes dans six semaines.
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« J'espère avoir avant un mois , si vous confirmez mes ordres , huit mille hommes tirés des garnisons du midi ; il me faut encore quinze mille hommes de plus.
ce Si la conservation de l'Italie vous est chère , envoyez-moi tous ces secours. » — Il demandait aussi des fusils , des chevaux , des hommes embrigadés et disciplinés pour le service des convois.
— a Quelles que soient les circonstances , je vous prie de ne pas douter un seul instant du zèle et du dévouement de l'armée d'Italie. »
Ijb Directoire s'en rapportait entièrement à l'habilelé du général pour la conduite des opérations militaires, mais croyait devoir lui donner ses instructions sur la politique qu'il avait à suivre afin de ne pas augmenter le nombre de ses ennemis et pour amener TAutriche à conclure une paix que maintenant le cabinet de Vienne désirait moins, et le gouvernement du Luxembourg davantage. Il recommandait de grands ménagements pour les populations. Les désordres qui, dans la campagne si malheureusement terminée , avaient exaspéré les habitants de la Souabe, de la Bavière et surtout de la Franconie, étaient un avertissement de la nécessité d'une discipline sévère dans un pays envahi.
En même temps le Directoire croyait tirer avantage d'une autre sorte de troubles et ne craignait pas de les susciter. — « 11 faut que les peuples deviennent ennemis de leur gouvernement; il faut jeter des germes d'insurrection même dans les pays où nos armes n'ont point encore pénétré. Cette indication s'applique spécialement à la Hongrie où des intérêts politiques rendent le joug de l'Autriche pesant pour la grande et
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la petite noblesse , ainsi que pour toutes les classes de la population. Répandez des proclamations dont l'énergie réveillera la fierté des Hongrois et leur antique haine contre leurs oppresseurs. »
Ce qui était étrange, c'est que le Directoire voulait qu'on en agît ainsi pour forcer l'empereur à faire la paix, et qu'en même temps il recommandait au général Bonaparte de ne donner aucune espérance aux Milanais. — «11 nous importe de ménager des moyens d'échange pour consolider la réunion des provinces belges. Il est donc essentiel de ne pas favoriser des innovations politiques nuisibles à la conclusion de' la paix. »
Les pensées et la conduite du général Bonaparte avaient varié selon la diversité des circonstances : il n'avait pas constamment formé les mêmes projets sur l'Italie. Après avoir voulu établir de bons et utiles rapports avec les princes souverains, les avoir rassurés et ménagés, il vit bientôt après à quel point ils avaient obéi à la crainte seule, en concluant des armistices , en ouvrant des négociations pour la paix.
Dès que l'Autriche eut déployé des forces imposantes pour reconquérir le nord de l'Italie , dès que le maréchal Wurmser eut obtenu de premiers succès , la cour de Naples , le Pape , la république de Venise se crurent délivrés ; le parti opposé aux Français prévalut dans leurs conseils ; les négociations entamées furent suspendues; le roi de Naples arma et envoya un corps de vingt mille hommes dans les États pontificaux; plusieurs villes se soulevèrent. Le cardinal Mattei , archevêque de Ferrare , prit possession de la citadelle et y arbora l'étendard du saint-siége.
Aussitôt après la bataille de Castiglione et la dé-
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faite de WUnnser, le général Bonaparte fit enlever le cardinal Mattei ; il fut conduit au quartier général , et lorsque le général en chef lui adressa des reproches, il répondit humblement par la seule parole : « peccavi. » Le vainqueur vit bien que ce pieux prélat était peu à craindre et pouvait même le servir utilement. Toutefois il ne lui permit pas de retourner dans son diocèse et le consigna au séminaire de Brescia.
Le gouvernement français , ou plutôt le général Bonaparte, avait en ce moment à Rome un agent digne de toute confiance ; M. Cacault , sous une apparence un peu rustique^ était un homme distingué, d'un esprit fin, d'un caractère conciliant, observateur plein de discernement ; il appartenait à la diplomatie avant la Révolution , comme secrétaire d'ambassade à Naples ; il avait vécu longtemps à Rome; il aimait Tlta* lie, les arts, la société des savants et des littérateurs. Après l'assassinat de Basseviile , il s'était retiré à Florence, sans toutefois être considéré comme émigré. Il y avait conquis l'estime publique , et le grand duc avait pour lui une bienveillance confiante; de sorte qu'il avait pu se rendre utile lorsque le général Bonaparte s'était mis en rapport avec ce prince.
Sans être officiellement accrédité auprès du gouvernement pontifical , il était placé de façon à tout observer et à savoir beaucoup de choses. Sa correspondance avec le général Bonaparte était presque quotidienne; il lui apprenait les espérances aveugles de la cour de Rome, la faiblesse et l'indécision de Pie VI, alors âgé de plus de quatre-vingts ans. 11 savait les intrigues des Autrichiens et des Anglais à Naples , leur influence toute-puissante sur le ministre
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Acton , les alternatives de crainte et de présomption qui faisaient, avancer ou rétrograder Tarmée napolitaine, protester du désir de la paix ou arrêter les négociations entamées à Paris par le prince Belmonte.
La première retraite de Wûrmser ne mit pas fin à ces incertitudes : on savait que TAutriche redoublerait d'efforts , et l'on voyait que Tarmée française , trop peu nombreuse, serait, selon toute vraisemblance, mise dans une position dangereuse.
Le Directoire ne contribuait pas à ramener les princes d'Italie à une meilleure volonté ; si leurs plénipotentiaires envoyés à Paris montraient peu d'empressement à commencer ou à suivre les négociations, le gouvernement du Luxembourg ne les encourageait nullement à en souhaiter la conclusion ; il les accueillait sans égards et leur proposait de trop dures conditions.
Barras , et même Rewbell , qui s'était chargé spécialement des affaires étrangères , refusaient de prendre part à la négociation avec Naples ; ils avaient consenti mais après résistance à la paix avec le roi de Sardaigne.
Négocier avec le Pape était évidemment une telle apostasie en Révolution et en philosophie qu'on ne pouvait espérer le consentement de Réveillère. Le Directoire commença par renvoyer le plénipotentiaire envoyé à Paris par le Pape en alléguant que ses pouvoirs n'étaient pas dans une forme convenable ; puis un projet de traité en soixante-quatre articles fut envoyé aux commissaires Carreau et Salicetti , qui furent chargés de négocier à Florence avec M. Ga-