NÉGOCIATIONS A.VBC LE PAPE
montrèrent zélés pour sa cause en Italie, et voulaient que le Pape se joignît aux efforts que le royaume de Naples paraissait disposé à faire contre Tinvasion française.
Toutefois, le Directoire comprenait Tembarras où une rupture ouverte avec le Pape pouvait placer le général en chef de Tarmée d'Italie. — « Notre intention , écrivait Réveillère Lepeaux, n*est pas de modifier les conditions que nous avons tracées; mais comme il importe de terminer la campagne par la prise de Mantoue, afin de dicter plus sûrement des lois à Tltalie méridionale , nous ne romprons pas l'armistice et noua prolongerons la négociation jusqu'au moment où nous pourrons dicter impérieusement la paix à Rome ou renverser la puissance du Pape, m
Le général Bonaparte n'avait pas des intentions beaucoup plus bienveillantes pour les princes d'Italie. Il savait combien de haine ils portaient à la France ainsi que l'aristocratie dont ils étaient entourés et dont ils recevaient l'influence ; il ne comptait nullement sur leur bonne foi ; leur semblant de soumission n'avait été obtenu que par la crainte. D'ailleurs, les agents secrets qu'il entretenait étaient animés d'opinions révolutionnaires et démocratiques; leurs rapports étaient, sinon mensongers, du moins exagérés et dictés par la crédulité de l'esprit de parti. Entre autres, un nommé Pico, Piémontais, homme d'esprit, qu'il employait beaucoup, cherchait évidemment à l'irriter contre la cour de Sardaigne.
Au contraire, M. Cacault et M. d'Azara, tout en ayant les yeux ouverts sur l'aveuglement et la passion qui portaient le gouvernement pontifical à des actes et des démarches hostiles, attribuaient plutôt à l'ignorance qu'à la malice, plutôt à la faiblesse du Pape
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qu'à sa volonté , les griefs qui auraient pu irriter le général.
Il était trop clairvoyant et trop habile pour se livrer aux impressions que lui causaient sans doute cette conduite des gouvernements italiens; il se tenait en observation et en précaution dans ses rapports avec eux. Cependant, il marchait ouvertement à l'exécution d'un dessein qu'il avait conçu en entrant en Italie; il ne se cachait plus de vouloir fonder au nord de l'Italie un Ëtat républicain vaste et puissant. La Lombardie et les Légations, Bologne , Milan, Ferrare, recevaient chaque jour, sous son autorité, une forme d'administration patriotique. Il avait résolu que Modène ferait partie de la nouvelle puissance qu'il voulait instituer; chercher un prétexte était une précaution assez inutile, mais il fut facile de dire, ce qui sans doute ne manquait pas de vérité , que la régence laissée par le duc de Modène avait des intelligences avec les Autrichiens. Faveur et encouragement furent donc donnés aux patriotes de Modène et de Reggio. La régence et les autorités ducales furent chassées ; et ces villes déclarèrent leur indépendance. L'enthousiasme des populations était réel comme à Boulogne, Ferrare et Milan. Le général y trouvait, outre une exécution provisoire de ses desseins ultérieurs, un grand avantage actuel. La police de ces provinces devenait plus facile ; un parti surveillait et contenait le parti contraire. — « J'oppose le fanatisme de la liberté au fanatisme religieux, » disait-il.
C'était aussi un moyen de rendre plus régulier et moins vexatoire le service des réquisitions et l'entretien de l'armée par le pays; une administration locale rendait cette charge moins onéreuse pour la popula-
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lion; elle était plus ménagée et pouvait fournir des ressources plus abondantes; on diminuait ainsi les voleries et le gaspillage des agents de Tadministration militaire. Cette espèce de désordre était pour le général un chagrin continuel et le sujet de fréquentes colères.
Ainsi , de sa propre autorité , le général Bonaparte avait disposé d'avance de ce que deviendrait le nord de ritalie, lorsque, par de nouvelles victoires, il en aurait repoussé les Autrichiens.
Après avoir exposé au Directoire ce qu'il avait fait sans le consulter, il expliquait* ses vues sur la situation de Tltalie. Le traité de paix avec Naples n'était pas encore signé, et il savait que le Directoire y était opposé.
— ce La république de Venise a peur; elle trame avec l'Autriche et le Pape; elle se fortifie et se retranche dans Venise. De tous les peuples d'Italie, le Vénitien est celui qui nous hait le plus. Ils sont tous armés et il est des cantons dont les habitants sont braves. On ne fera rien de ces gens-là tant que Mantoue ne sera point pris.
c( Le roi de Naples a soixante mille hommes sur pied ; il ne peut être attaqué et détrôné que par dixhuit mille hommes, d'infanterie et trois mille de cavalerie. De concert avec Rome et l'Autriche, il pourrait porter quinze mille hommes sur Bologne et Livourne : ce corps inquiéterait beaucoup l'armée française.
» Le grand 'duc de Toscane est nul sous tous les rapports. — Le duc de Parme se conduit assez bien : il est nul aussi.