PROJETS DU GÉNÉRAL BONAPARTE SUR L ITALIE
ce Rome est forte par son fanatisme; elle peut accroître de beaucoup la force du roi de Naples ; elle répandrait l'inquiétude dans l'esprit de ces peuples; je serais obligé de laisser trois mille hommes de plus en arrière de l'armée. Seule, sans Naples, il faudrait deux mille hommes d'infanterie et quinze cents de cavalerie pour la soumettre. Si elle arme, si le fanatisme lui donne quelque force, il y aura du sang répandu. Pour marcher sur Rome unie avec Naples, on doit compter sur au moins vingt mille hommes d'infanterie et deux mille de cavalerie. Si on voulait pousser jusqu'à Naples, il faudrait une armée de vingtquatre mille hommes. Six mille hommes d'infanterie et cinq cents de cavalerie suffiraient pour tenir les États du Pape en respect, une fois qu'on s'en serait rendu maître; mais on devrait s'y conduire avec adresse et caractère.
a Le roi de Sardaigne fomente la rébellion des barbets. Si Rome et Naples agissent contre nous, il faudra trois mille hommes de plus dans les places.
M Si vous persistez à vouloir la guerre avec Rome et Naples, il faut donc vingt-cinq mille hommes de renfort, entre les vingt mille qui sont nécessaires pour tenir tête à l'empereur. >
a Je crois que vous ne pouvez faire à la fois la guerre à Naples et à Tempereur. La paix avec Naples est de toute nécessité. Restez avec Rome en état de négociation ou d'armistice jusqu'au moment de marcher sur cette ville superbe.
(c Si nous continuons à être battus sur le Rhin, il nous convient de faire la paix avec Rome et Naples.
€ Une autre négociation est indispensable; il faut conclure une alliance avec le Piémont et Gênes.
350 PROJBTâ DU GÉNÉRAL BONAPARTE SUR L ITALIE.
« Je voudrais donner Massa et Garara à Gênes, pour la faire déclarer contre la coalition.
« Par celte lettre vous connaîtrez parfaitement notre situation. Je n'avais jamais compté qu'après avoir détruit deux armées de l'empereur, il en aurait une plus puissante et que les deux armées de la République hiverneraient bien loin du Danube ; les projets sur Napies et Trieste n'étaient fondés que sur des suppositions.
H D'ici à un mois de grands coups seront portés en Italie: d'ici à un mois, il faudra avoir conclu une alliance avec Gènes ou avec le roi de Sardaigne; et vous ferez très-bien de signer la paix avec le roi de Naples.
« J'ai renvoyé le citoyen Poussielgue à Turin pour continuer la négociation commencée.
V Pour peu que ma santé me le permette , je n'épargnerai rien de ce qui sera en mon pouvoir pour conserver l'Italie. »
Cette lettre , sans être impérieuse dans la forme , ne laissait pas au Directoire son libre arbitre. Le général Bonaparte lui imposait non pas sa volonté, mais la nécessité des circonstances. Lui-même subissait les conséquences de la situation telle qu'il l'avait faite; les vastes entreprises qu'il concevait comportaient, dè^ qu'il en avait commencé l'exécution , des difficultés et des périls qui, sous peine de consentir à tout perdre, ne lui permettaient plus de reculer et d'y renoncer; ce fut ainsi qu'il marcha à sa grandeur et à ruine.
Cependant le danger approchait : les armées autrichiennes, nombreuses et encouragées par les succès obtenus en Allemagne, allaient descendre en Italie. Le gé* néral Bonaparte savait que la majorité du Directoiri)