Décision du 20 juin 4795, 2 messidor an m
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lui parlaient avec respect; chacun s empressait à adoucir les derniers temps de sa captivité ; elle était sensible à ces témoignages du sentiment public.
Mme de Tourzel avait échappé aux massacres et à réchîifaud. Elle sollicita la faveur de revoir la princesse dont elle avait été gouvernante ; il lui fut permis d'entrer au Temple trois fois par décade. Mme de Mackau, sa sous-gouvernante, y fut aussi admise.
Cette mansuétude du gouvernement conventionnel précédait de quelques jours le mouvement des sections, le 1 3 vendémiaire , et l'arrestation de Lemaître. Les républicains se crurent alors menacés par la contre-révolution. Le public intérêt témoigné à Torpheline du Temple avait à leurs yeux une couleur de royalisme. Un des premiers actes du Directoire fut de faire subir un interrogatoire à Madame Royale, à Mme de Chanterène et aux gardiens. Mme de Tourzel fut arrêtée, puis mise en liberté deux jours après, mais avec défense d'entrer au Temple. Mme de Chanterène n'avait plus la permission d'en sortir.
Cependant la négociation était terminée; les représentants détenus avaient été amenés à la frontière. Le Directoire prit, le 27 novembre 1795 , un arrêté ainsi conçu :
« Les ministres de rintérieur et des relations extérieures sont chargés de prendre les mesures nécessaires pour accélérer l'échange de la fille du dernier roi contre les citoyens Quinette et autres députés ou agents de la République, de nommer pour accompagner jusqu'à Baie la fille diî dernier roi, un officier de gendarmerie décent et convenable à cette fonction ; de lui donner pour raccompagner celles des personnes attachées à son éducation qu'elle aime davantage. »
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M. Bénezechy ministre de rinlérieur, s'occupa avec empressement du soin qui lui était confié. 11 montra à Madame Royale les plus respectueux égards, paraissant prendre ses ordres comme si elle fût partie d'un palais et non pas d'une prison. Mais le Directoire eut moins de complaisance; il n'approuva point que Mme de Tourzel accompagnât la princesse dans ce voyage; il refusa que les objets ou joyaux renfermés dans une commode où les scellés avaient été mis lorsque la reine fut emmenée à la Conciergerie fussent rendus à sa fille ; il ordonna que le voyage se ferait rapidement , et que Madame garderait l'incognito. Toutefois on ne trouva point convenable de rendre à rAulriche la fille d'une archiduchesse reine de France, habillée des humbles vêtements qui avaient remplacé la robe déguenillée si souvent rapiécée de sa main; la République lui fit faire un trousseau. Ne pouvant obtenir Mme de Tourzel , et Mme de Mackau étant malade , Madame désigna sa fille, Mme de Soucy, pour l'accompagner. Le capitaine de gendarmerie fut aussi choisi par elle : il s'appelait M. Méchain; on le lui avait fort recommandé. Elle emmena Gomin, son bon gardien. Beaucoup de précautions furent prises pour ce départ.
Le 27 décembre, à onze heures et demie du soir, M. Bénezech vint la chercher; il avait laissé sa voiture à quelque distance du Temple, il offrit son bras à l'auguste prisonnière, pour la conduire dans les rues, à cette heure, obscures et solitaires. Lorsqu'elle passait la porte du Temple, elle s'arrêta un moment : — « Je suis touchée de vos soins et de vos égards, monsieur; c'est vous qui me rendez la liberté ! mais comment passer cette porte sans songer à ceux qui y entrèrent avec moi! Il y a aujourd'hui trois ans, quatre mois et cinq
jours que ces portes furent fermées sur ma famille et sur moi ; je sors seule et la plus malheureuse. > Quelques jours auparavant, elle avait dit à Mme de Tourzel :
— tf J'aurais été plus heureuse de mourir avec eux que de survivre pour les pleurer, »
Elle monta dans la voiture du ministre avec Gomin, et fut ainsi conduite jusqu'au boulevard, où se trouvait la voiture de voyage tout attelée. Mme de Soucy et le capitaine de gendarmerie Vy attendaient. Le voyage n'éprouva d'autres retards que le manque de chevaux; dans ce temps-là , les routes étaient mauvaises et les postes très-mal servies. En quelques lieux^ Madame fut reconnue, et reçut des marques de respect et de sympathie. — w A Chaumont, dit-elle dans son récit, l'auberge fut entourée d'une grande quantité de monde qui voulait me voir, mais avec bonne intention. La gendarmerie et la municipalité vinrent, mais il n'y eut aucun tumulte; je fus suivie jusqu'à la voiture par une foule cpxi me donnait mille bénédictions. »
Madame arriva à Huningue le 24 décembre ; elle y passa la journée du 25 ; mais les portes et les volets de l'auberge demeurèrent fermés par précaution, tant était empressée la bienveillante curiosité de la population. Le lendemain, M. Bâcher vint prendre Madame pour la conduire dans sa voiture à la frontière , où l'attendait le prince de Gavre, commissaire de T Autriche. Elle fut émue en passant cette limite de la France. A tant de malheurs qu'elle y avait éprouvés s'ajoutait la pensée de l'exil; ses yeux étaient remplis de larmes:
— « C'est ma patrie, disait-elle, c'est là que sont déposées les cendres de ce que j'ai de plus cher au monde. »
La princesse fut remise au prince de Gavre dans la maison de campagne d'un négociant de Bade, M. Reber.
Il était sept heures du soir. Elle alla coucher à Baie , et le lendemain à Lauffembourg. Le 28 décembre au matin, la fille de Louis XVI entrait pour la première fois, depuis le 10 août dans une église, pour entendre, sur une terre étrangère, Toffice divin célébré en mémoire de ses parents. M. Bâcher, après avoir remis Madame au commissaire autrichien, s'était rendu dans une autre maison sur la frontière, où lui furent délivrés les conventionnels le général Beurnonville et MM. Maret et Senon ville; ils crièrent : — « Vive la République I » et s'en allèrent souper joyeusement dans une auberge de Bade.
Le devoir le plus urgent du nouveau gouvernement, et qui devait d'abord absorber lattention de la législature et du Directoire , c'était de pourvoir à l'état des finances ; l'émission indéfinie des assignats avait jeté dans une confuse perturbation toutes les transactions privées, et rendait l'administration impossible. L'agiotage sur toutes les valeurs , sur le numéraire , sur les propriétés territoriales, spécialement sur les biens nationaux, sur les marchandises, sur les denrées, était devenu, à Paris et dans les grandes villes, l'occupation unique de toutes les classes. On voyait courir à la bourse, dans les magasins ou les boutiques, chez les banquiers ou les notaires , non pas seulement ceux qui avaient des capitaux, mais des gens de toute fortune, de tout âge, de toute profession, des femmes de position ou d'habitudes aristocratiques , des jeunes gens qui espéraient gagner à ce jeu de hasard. Si l'acheteur obtenait le moindre délai pour s'accjuitter, fût-il d'un jour, l'assignat qu'il payait le lendemain ne valait plus ce qu'il valait la veille. En général, le prix des choses était loin
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de s'accroître dans une progression aussi rapide que le prix des louis d'or à la bourse. Sur cette inégalité était fondé le calcul des spéculateurs, depuis ceux qui achetaient de vastes domaines jusqu'à ceux qui s'en allaient chez les épiciers agioter sur le café ou le sucre, jusqu'aux femmes qu'on voyait colporter des pièces de toile ou de mousseline. Les journaux du temps sont remplis de détails sur cette époque ignoble des mœurs parisiennes.
Mais le plus déplorable résultat de cette anarchie du commerce, c'était la difficulté d'approvisionner les villes et les armées : comment , avec cette variation et cette incertitude des prix , pouvait-on espérer que les grains fussent apportés des pays de production dans les centres de consommation? Il fallut que ce commerce se fît en numéraire. Déjà on avait ordonné qu'une partie de l'impôt foncier serait payée en nature : cette fraction fut augmentée.
Après la discussion de plusieurs projets dont les conseils législatifs s'occupèrent assidûment, et sans que l'esprit de parti, non plus que les chimères des économistes révolutionnaires songeassent à élever la voix, on se détermina pour un emprunt forcé ; il devait porter sur le quart le plus imposé des contribuables ; il était progressif. Les imposés étaient divisés en seize classes: la première était taxée à cinquante livres , valeur métallique; la quinzième à douze cents livres; la seizième se composait des contribuables dont l'avoir était estimé à cinq cent mille livres et au-dessus. Ceux-là étaient taxés selon leur fortune présumée, à quinze cents livres en minimum , à six mille livres en maximum \