‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 46 sur 141 · février · texte numérisé non relu

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C'est ainsi que croissait incessamment le rôle et Timportance de la liberté de la presse. Elle était légalement illimitée; elle n'était plus retenue par la crainte des mesures rigoureuses et arbitraires qui avaient suivi le 13 vendémiaire ; la licence laissée aux journaux jacobins et anarchistes profitait aux modérés. Ils ne craignaient plus maintenant d'attaquer le Directoire : les uns avec égard et mesure, en se mettant à couvert sous» le respect de la constitution; les autres en prodiguant sans ménagement le sarcasme et la raillerie.

En somme, le Directoire et la majorité des conseils avaient trompé les espérances que la masse des citoyens tranquilles et amis de Tordre avaient d'abord placées sur la constitution. Aucune idée de stabilité ne s'attachait au gouvernement nouveau ; il n'avait point pourvu à la guérison des maux dont la France était désolée; la détresse des finances et la disette n'avaient été combattues que par des mesures incomplètes ; la discorde entre les partis était plus animée que jamais ; la guerre civile n'était point terminée ; les armées étaient inactives et n'obtenaient aucun résultat décisif; la paix semblait d'autant plus éloignée , qu'elle ne pouvait pas encore être imposée par la victoire. La Révolution était loin d'être terminée. Les hommes de 1793, à qui les commissaires du Directoire avaient conféré l'autorité locale ou dont ils avaient encouragé la violence, envoyaient aux conseils des adresses menaçantes, et, grâce à Tappui des anciens Montagnards, elles obtenaient parfois une mention honorable. Paris s'attendait chaque jour à voir les anarchistes envahir la ville et renverser le gouvernement.

Peu de semaines avaient suffi pour arriver à cette

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situation. Le Directoire commençait à la comprendre ; il ne recevait plus les mêmes encouragements. Les républicains philosophes et les révolutionnaires politiques trouvaient sa conduite faible et indécise.

Les modérés disaient et imprimaient : — « Nous voulons un gouvernement fort , mais légal , sinon la République sera un enfer politique et social. On laisse en repos ceux qui mettent le feu , et Ton persécute ceux qui sonnent le tocsin. La Révolution ne doit pas aller jusqu'à ériger le crime en vertu , et il ne faut pas confier des emplois importants aux bourreaux, en récompense de leurs hautes œuvres. Il est temps que les intérêts communs du Directoire, du Corps législatif et des propriétaires soient protégés et défendus par la punition des scélérats qui ont voulu, veulent et voudront toujours renverser Tempire des lois.-

— a Opposer les terroristes aux royalistes a pu être la politique d'un moment : ce ne peut êlre une politique durable. Le premier besoin du gouvernement, c'est de calmer les passions, d'éteindre l'esprit de parti, de diminuer le nombre des mécontents, et de faire que tous et chacun trouvent leur intérêt à aimer la République. » Ainsi parlaient les amis sages' du Directoire, et ils le félicitaient d'avoir conservé Bénezech pour ministre, d avoir fait saisir une brochure qui célébrait Robespierre et la Terreur, et d'avoir ordonné la poursuite toujours demandée et toujours différée des massacreurs de septembre.

Mais après tant de complaisance ou de faiblesse , il était devenu difficile d'intimider la conspiration anarchiste. Un nouveau numéro du Tribun du peuple mani-

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