‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 47 sur 141 · Lenoir-Laroche · texte numérisé non relu

Lenoir-Laroche

festa une audace et une rage encore plus grandes que les précédents pamphlets.

« Où en sommes-nous? Un écrit révolutionnaire doit être l'itinéraire du parti qui veut une révolution. F-a constitution de 1 795 est un voile noir jeté sur la patrie. — Perdre dans l'opinion publique les envahisseurs des droits du peuple, ses affameurs, ses sangsues , ses tyrans, ses bourreaux est un préalable utile, avant les grandes mesures qui devront substituer à ce régime affreux le bonheur commun. — Le Directoire favorise les égorgeurs des patriotes ; le conseil des Cinq-Cents sacrifie le peuple; le conseil des Anciens lui a usurpé son veto. On veut éteindre le feu de cette énergie sans-culottique que nous rallumons; on recommence le procès de la Révolution , comme après le 9 thermidor. >

Cette indignation était surtout excitée par les poursuites reprises contre les septembriseurs.

— € L'extermination des traîtres fut le crime général des légions qui se formèrent après la glorieuse journée du 1 août ; ce fut le crime des sections de Paris qui envoyèrent des commissaires pour reconnaître ceux des prisonniers qu'ils croiraient innocents et pour désigner les criminels à la vindicte du peuple, pour qu'il les exécutât, exerçant lui-même sa justice. Ce fut un acte d'équité civique, un jugement légal rendu par un tribunal. »

Précisément alors on venait de publier plusieurs ordres authentiques et revêtus de signatures qui émanaient de la commune de Paris et qui prouvaient sans réplique que les assassins avaient été envoyés et payés par des membres de Tautorité municipale. — t Les hommes du 2 septembre, continuait Babeuf, ont été les

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prêtres, les sacrificateurs d'une juste immolation ordonnée pour le salut commun. Patriotes! réunissez-vous pour les défendre. Que le peuple en guenilles, que la foule affamée entoure le tribunal appelé à la juger; qu'elle dise sans trembler que ces exterminations furent légitimes et commandées pour le bien de la masse; qu'elle reconnaisse sans hésiter et sans rougir que les acteurs de ces séances politiques furent les exécuteurs d'une tragédie utile et indispensable; elle est démontrée telle par les crimes éternels de la faction riche. Les exterminateurs des coryphées de cette secte horrible ont donc bien mérité de la majorité de leurs concitoyens. S'il y a quelque chose à regretter, c'est qu'un 2 septembre plus vaste, plus général n'ait pas fait disparaître la totaUté des affameurs. »

Ces mêmes paroles étaient répétées chaque soir dans les clubs anarchiques. L'éloge de Robespierre fut prononcé par un savetier dans une réunion qui s'était établie dans la rue Traversière-Saint-Honoré ; ce qui parut un scandale au moins aussi grand que l'apologie du 2 septembre. Même pour les républicains de la Convention, une telle audace était insup- 'portable.

De tous ces clubs, celui qui inquiétait le plus la population de Paris et le Directoire, c'était celui du Panthéon; on assurait qu'il comptait environ quatre mille aflihés. Babeuf y était représenté par Darthé, son confident le plus intime, son agent le plus zélé. Il donnait lecture du Tribun du peuple , prêchait ouvertement la révolte et déclamait contre le Directoire , injuriant chacun de ses membres. On savait aussi que Tassociation secrète des hommes destinés à agir devenait chaque jour plus nombreuse, et que les chefs tenaient des con^

ciliabules dans les souterrains de l'ancienne église Sainle-Geneviè\e.

Le Directoire avait jusqu'alors excusé sa craintive tolérance, en disant que les clubs ne présentaient aucun danger réel ; qu'il y entretenait beaucoup d'espions; qu'il savait tout ce qui s'y passait; que ces réunions ne pouvaient concerter aucune résolution praticable; que c'était une tour de Babel, une confusion de langages et d'opinions. S'il en résultait souvent quelque désordre dans la rue; si les orateurs, suivant les instructions de Babeuf, transportaient leur tribune sur les places publiques ; si une foule plus ou moins nombreuse, plus ou moins inflammable , se groupait autour d'eux : la moindre démonstration de police suffisait pour dissoudre ces commencements d'émeute.

Le désordre devenait tel, qu'il n'y avait plus aucun prétexte pour nier le danger ; il était impossible de résister à Topinion publique , à la réclamation universelle; l'inaction ne pouvait plus passer pour prudence. Mais le Directoire était divisé , ce qui augmentait encore son irrésolution. Le général Bonaparte y mit un terme. Voyant, pour nous servir de ses paroles , « que le Directoire était maîtrisé par sa propre faiblesse et n'osait aborder de front le club du Panthéon , » il se chargea de cette expédition*. Elle ne présenta aucune difficulté ; il fit venir les meneurs et les principaux orateurs, et leur dit : — « Vous êtes tous bien connus; je sais vos noms. J'ai la force ; au moindre tapage, je m'en prends à vous et vous m'en répondez sur vos têtes. Ainsi point de rassemblements. » — Ils se défendirent, protestèrent que cela ne dépendait pas d'eux. Mais il

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