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aOCHE COMMANDE TOUTES LES ARMÉES DE L*OUEST. 135
èTinemis de la République qui avaient renouvelé la guerre civile. — « L'Angleterre, fatiguée de nourrir quelques conspirateurs obscurs , les a vomis sur notre territoire ; n'importe, nos baïonnettes sauront les at^ teindre. Les vrais amis de la liberté se réunissent pour xenger la patrie. On les traite de terroristes : on dit que vos chefs veulent dominer par la guerre et Tanarc\iie ; tandis que c'est nous qui voulons vous arracher à leur tyrannie et rétablir le règne des lois. Pour qui et pourquoi poi'tez-vous les armes? Est-ce pour rétablir vos seigneurs? pour leur payer la dîme, les droits féodaux et la corvée? Ne voyez-vous pas que vous protégez vos bourreaux, et que vous êtes armés contre ceux qui veulent vous rendre vos droits ! Nous comptons parmi ces droits celui d'adorer Dieu comme il convient à chacun. La République ne gênera aucun culte. >»
Il offrait aux ennemis obstinés de la patrie la facilité de quitter la France. — « Préférez-vous absolument la tyrannie? allez ailleurs chercher des fers? Nous vous procurerons les moyens de passer sous la domination du maître que vous choisirez. » — Un appel était adressé aux réfugiés patriotes, aux républicains ardents chassés de leurs foyers par les rebelles. Mais il leur recommandait « de protéger l'innocent , d'accueillir le faible, de respecter la propriété de tous, et de faire chérir le régime répubUcain. »
11 promettait d'empêcher ou de punir sévèrement toute espèce d'indiscipline et de pillage , et disait aux soldats : — t Vous trouverez en moi un ami sûr, mais sévère, aussi ardent à réprimer vos désordres qu'à poursuivre les voleurs, les émigrés, les assassins et les autres royalistes, quels que soient la livrée ou le masque dont ils se couvrent. >
t36 STOFFLET REPREND LES ARMES.
Peu de jours après son retour de Paris , le général reçut une nouvelle lettre de Stofflet et Bernier, qui rassuraient encore de leurs intentions pacifiques et de la haute estime qu'ils professaient pour lui. 11 n'avait pas été dupe de leurs propositions , et ne songeait même plus à les employer à l'accomplissement de ses desseins. 11 croyait avec certitude que Bernier ne consentirait jamais à la paix, si elle ne lui laissait pas une position supérieure et indépendante sur le théâtre de la guerre civile, et que sa chimère était de devenir le directeur principal du parti royaliste miUtant , chargé de négocier avec les princes et le ministère anglais, ayant pouvoir de réunir et mettre en mouvement les diverses insurrections; en attendant, il comptait traiter avec le gouvernement de la République, de puissance à puissance. c( Bernier voudrait faire de Stofflet un prince dont il serait le ministre, w écrivait le général Hoche au Directoire.
Cette prétention ne pouvait être admise par le général ni par le gouvernement ; les paroisses qui environnaient le territoire de Stofflet étaient successivement désarmées. 11 allait être cerné de tons côtés.
D'autre part, Tabbé Bernier voyait croître son importance parmi la faction ro*yaliste. M. de Puisaye, qui suivait, sans être ni découragé ni clairvoyant, un dessein à peu près semblable, était en correspondance habituelle avec lui; il lui témoignait tant de considération et de déférence qu'il lui offrit la haute mission d'agent général des royalistes à Londres et auprès des princes. Comme Bernier comprenait que, hors de la Vendée, son importance serait bientôt annulée, il désigna le comte de Colbert Maulevrier, qui avait en
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Anjou une grande importance par sa fortune et sa position.
Tout étant ainsi réglé, l'abbé Dernier envoya à Stofflet, pour qu'il y apposât sa signature, deux proclamations, Tune adressée à ses anciens compagnons pour les rappeler aux armes, et lautre aux soldats des armées républicaines pour les engager à quitter leurs drapeaux.
On imprima et Ton publia en même temps une pièce, dont sans doute les royalistes attendaient un grand effet, qui fut à peine remarquée et n'émut nullement Topinion publique : c'était une déclaration du roi Louis XVIIl , datée de Vérone, le 8 juillet 1795, aussitôt après la mort de Louis XVII. 11 l'avait envoyée à Charette, qui ne l'avait pas fait imprimer, et àStofflet, qui n'était point alors décidé à rompre la paciGcation.
Cet acte royal , écrit avec soin et dans des idées de prudence et de modération dont le prétendant faisait profession, est curieux comme expression d'un immuable sentiment de son droit et d'une conviction que sa légitime autorité ne pouvait souffrir ni interruption ni diminution. L'idée d'une transaction, d'une concession à faire, soit à la nation qui le rappellerait, soit au parti qui pourrait le ramener, ne se présentait pas à son esprit. Il se comparait à Henri IV , sans se souvenir que le chef de sa race, encore qu'il eût vaincu par les armes, avait su discerner les nécessités de sa position, et que les inspirations de son caractère généreux avaient été conformes aux conseils de la politique.
Ainsi Louis XVlll, en parlant de clémence, supposait qu'elle ne lui serait nullement commandée par les circonstances , et qu'on lui devrait une grande recon-
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naissance b'il n'agissait point avec une juste rigueur. S'il pardonnait, ce n'était pas sans reproches : — «Vous fûtes entraînés dans l'irréligion et la révolte ; depuis ce moment, un déluge de calamités a fondu sur vous. Vous fûtes infidèles au Dieu de vos pères, et ce Dieu justement irrité vous a fait sentir tout le poids de sa colère. » — Et alors, suivait une triste peinture du règne de la Terreur et de l'anarchie qui lui succédait : — « L'impiété et la révolte ont causé vos tourments, il faut en tarir la source; il faut revenir à cette religion sainte qui attirait sur la France les bénédictions du ciel. 11 faut rétablir ce gouvernement qui fit, pendant quatorze siècles, la gloire et les délices de la France. >»
Le roi s engageait ensuite dans la controverse si souvent essayée sur l'existence d'une constitution française datant de l'origine de la monarchie; il confondait ce qui constitue l'existence d'une nation, c'est-à-dire son unité, ses mœurs, ses traditions, ses lois civiles, avec les lois politiques fixes et positives qui peuvent garantir les droits de tous et de chacun , qui déterminent la forme du gouvernement, qui règlent les attributions de chaque pouvoir.
Le roi assurait donc que les lois fondamentales du royaume étaient inhérentes à la transmission héréditaire de l'autorité royale. Ainsi l'enregistrement des lois par les parlements , le vote de l'impôt , la garantie donnée à toutes les personnes et à toutes les propriétés, l'admissibilité de tous les citoyens à tous les emplois, se trouvaient, disait- il, dans cette antique et sage constitution qui avait traversé les siècles.
Mais , comme ses prédécesseurs avaient toujours contesté ces droits publics des Français , n'avaient pas
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laissé de réalité aux garanties sans cesse réclamées , et ne s'étaient jamais résignés à aucun contrôle de leur autorité, il fallait bien convenir que beaucoup d*abus avaient altéré ces lois constitutionnelles et avaient pu faire douter de leur existence.
Louis XYlIl rappelait donc que son frère avait voulu des réformes indispensables ^ et avait laissé à son successeur le devoir de les accomplir. C'est ainsi qu'il répondait d'avance à la voix publique qui niait la prétendue constitution de l'ancien régime; il ajoutait avec plus de raison qu'il vaut mieux, quand cela est possible, réformer ce qui est ancien qu'essayer ce qui est nouveau ; mais il ne s'engageait pas à ces réformes : elles étaient ajournées à l'époque où l'autorité royale ^ ayant recouvré la plénitude de ses droits , aurait remis toutes choses dans l'ordre et dans le calme. En insistant sur le rétablissement des trois ordres^ et de « celte échelle de subordination, » si violemment brisée par la Révolution, il touchait une fibre singulièrement irritable.
Le roi s'affligeait et s'indignait qu'on le peignît, aux yeux des Français, comme un vengeur irrité. 11 assurait d'avance qu'à ses yeux les crimes ne paraîtraient que de simples erreurs ; que tous les Français qui^ abjurant des opinions funestes, viendraient se jeter aux pieds du trône, y seraient reçus; que les Français coupables trouveraient en lui non plus un juge inflexible, mais uû père compatissant. — « Tous seront nos enfants : les uns en ont conservé le titre par une vertu constante ; les autres l'ont reconquis par un salutaire repentir ; tous participent à notre amour. »
C'était de nobles sentiments; toutefois leur expression supposait que le roi reviendrait et régnerait comme