‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 54 sur 141 · MORT DE STOFFLET · texte numérisé non relu

MORT DE STOFFLET

vais faire promener des colonnes dans le pays. Stofflet payera cher sa sottise ; sa guerre ne durera pas plus de quinze jours. »

Les mesures que le général Hoche venait de prendre, surtout le langage de ses arrêtés et de ses proclamations semblaient annoncer de telles rigueurs , il avait cru à propos d'exercer une si efficace intimidation , que le Directoire s'inquiéta un instant et craignit que la guerre de la Vendée ne se rallumât par la terreur. 11 est vrai que Hoche devait sans cesse étonner et inquiéter le gouvernement : tantôt le langage de ses rapports et même les déterminations qu'il annonçait donnaient à supposer qu'il traitait avec trop de ménagement les ennemis tout en promettant de les combattre et de les détruire. Tantôt il exécutait impitoyablement les rigueurs qu'il avait semblé proclamer seulement pour faire peur. C'est ainsi que, contre le gré du Directoire, il lit condamner et exécuter M. de Béjarry et deux autres officiers vendéens qui étaient venus traiter au nom de Sapinaud et de son armée avec le général Willot. Or, M. de Sapinaud était allé avec le peu d'hommes qui lui restaient se joindre à Stofflet. Willot était devenu depuis quelque temps très-suspect au général en chef qui le croyait réactionnaire et royaliste , en quoi il ne se trompait point. Ne lui ayant pas donné pouvoir de traiter aux conditions qu'il avait consenties, Hoche le désavoua, lui fit quitter son armée et imputa aux négociateurs vendéens le crime de trahison. En cette occasion il eut à se justifier du soupçon de terrorisme. V Au nom de Dieu , écrivait-il , faites surveiller ma conduite. Je suis chaud; mais rien ne me répugne autant que l'injustice, et je déteste le parjure. On vous

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dit que les mesures sévères feront reprendre les armes, et moi je vous assure que tant que les Vendéens auront les moyens de faire la guerre à la République, ils la feront. > Hoche fut souvent obligé de recommencer cette apologie , et , pendant quelques semaines , il eut le chagrin de passer pour un révolutionnaire jacobin. Cette imputation était injuste; il avait trop de sens pour être entièrement dominé par les préjugés et les passions d'un parti. Toutefois il n'était pas assez maître de ses vives impressions , pas assez dégagé d'opinions absolues pour être destiné à prendre un grand rôle d'ambition. 11 avait la politique d'un chef d'armée, mais n'arrivait pas jusqu'à la politique de gouvernement.

Il doutait si peu du très -prochain anéantissement de Stofflet ; il voyait avec tant de certitude que le pays se refusait à la guerre, qu'il commença à envoyer la meilleure partie de son armée en Bretagne, où les Chouans commettaient de jour en jour plus de ravages. De sa personne, il se plaça à Montaigu de manière à empêcher toute communication entre Charette et Stofflet ; nulle précaution n'était plus essentielle.

StofQet ne réussit point à rassembler plus de trois cents hommes ; il essaya une attaque sur Chemillé; les républicains y étaient en force; il voulut ensuite se porter sur Bressuire et revint bientôt après sur ses pas. Aucune paroisse ne l'accueillait, et sa petite troupe, loin de se recruter, s'affaiblissait de moment en moment. 11 la licencia et ne songea plus qu'à trouver une retraite pour échapper aux colonnes républicaines. Deux de ses officiers furent peu après surpris ou vendus et fusillés.

Dans la nuit du 23 au 24 février, un détachement de deux cents- hommes d'infanterie et de vingt-cinq

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cavaliers sortit de Chemillé pour cerner le château de Souchereau, où Ton croyait que Stofflet était caché. On n'y trouva personne; le détachement continua à suivre la direction qui lui avait été indiquée, et, non loin de là , le commandant fit entourer la métairie de la Saugrenière. Quelques sentinelles placées au dehors étaient endormies et furent enlevées. On arriva jusqu'à la porte de la métairie; on répondit au qui -vive : « Royaliste ! » et Ton entra dans la maison; Stofflet s'y trouvait avec cinq autres hommes ; sommé de se rendre, il s'élança sur un des grenadiers républicains, le saisit aux cheveux, et se débattit pendant quelques instants avec une extrême violence.

Il fut emmené à Angers. Dès le jour de son arrivée, le conseil de guerre fut réuni pour le juger. Il comparut devant ses juges avec un maintien ferme et une noble résignation. — « Je ne suis, disait-il, qu'un officier royaliste , et je n'avais que mon épée ; puisqu'elle est brisée, Charette saura me venger ; il tiendra jusqu'à la dernière extrémité. »

11 avait été soldat pendant dix-huit ans ; puis, ayant pris sa retraite , il était garde-chasse de M. de Maulevrier. On lui demanda au nom de qui il combattait. Sa réponse fut singulière : — « Au nom du roi , c'est-àdire du premier homme qu'on aurait pu mettre sur le trône. » Il donna pour motif de sa reprise d'armes qu'on n'avait pas tenu les conditions stipulées avec les représentants du peuple; il déclara que son rassemblement n'avait été que de trois ou quatre cents hommes, et qu'il avait eu l'intention d'attaquer le poste qu'il avait jugé le plus faible. S'il s'était débattu contre les soldats qui étaient venus l'arrêter, c'était par le désir de se faire tuer sur-le-champ. «

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