GUERRE CONTRE CHARETTE
Le jugement fut prononcé le 26 février , et Stofflet fut exécuté aussitôt après. Son courage le suivit jusqu'au dernier moment; quatre de ses compagnons furent fusillés en même temps que lui. C'étaient des hommes obscurs sans commandement et sans importance parmi les rebelles. L'un d'entre eux était allemand ; fait prisonnier en 1 793 , il s'était d'abord enrôlé dans les chasseurs de la Montagne; tombé ensuite entre les mains des Vendéens , il avait pris service chez eux. Un cinquième était un jeune paysan de quatorze ans ; il déclara que sa mère n'avait pas de quoi le nourrir et qu'il était entré dans la métairie pour demander du pain. Il ne trouva pourtant point grâce entière devant le conseil de guerre et fut condamné à la détention jusqu'à la paix générale. La justice militaire était impitoyable depuis le renouvellement de la guerre*
11 y avait un mois que StofQet, contre toute raison, et probablement sans espérance , avait été décidé à reprendre les armes par les conseils de l'abbé Bernier; cette fin déplorable pouvait donc lui être imputée; la voix publique porta contre lui une plus grave accusation; il était caché depuis trois jours dans la métairie de la Saugrenière et y avait donné rendezvous à Stofflet. Apprenant que cette retraite était peu sûre , il la quitta sans lui donner aucun avis et se réfugia dans une maison qui en était peu éloignée. Si ce ne fut pas une trahison, c'était du moins une coupable négligence, ou un soin trop exclusif de sa propre sûreté.
Maintenant il ne restait plus sur la rive gauche de la Loire, sur ce théâtre de la première et grande guerre civile, d'autre résistance à vaincre que l'énergique I. 10
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courage de Charette. Si StofQet mourant s était fait illusion en le regardant comme son vengeur, il ne se trompait point en comptant que ce dernier chef des Vendéefns tiendrait jusqu'à la dernière extrémité. Sans son inflexible caractère, sans son dédain du danger et de la mort, peut-être eût -il été comme Stofflel abandonné de ses soldats et délaissé par Topinion des habitants. Même avant que Monsieur eût quitté Tîle d'Yeu et que tout espoir d'un débarquement fût évanoui, il s'était formé , dans son armée et parmi ses meilleurs officiers, un parti de la paix. Déjà on lui disait respectueusement et avec soumission : — « Je vois tous les habitants désirer la paix. J'ignore quels moyens vous pouvez avoir de continuer la guerre. Si l'honneur le commande, je suis prêt à vous obéir. Mais avons-nous les moyens suffisants ? Le paysan à la fin ne tournerat-il pas ses armes contre nous? Je ne crains pas de mourir, mais il serait malheureux de ne point réussir et de finir d'une manière aussi triste*.»
Forcé d'abandonner son quartier général de Belleville, Charette commença à errer de paroisse en paroisse, rencontrant souvent des colonnes républicaines sur lesquelles il obtenait parfois quelque avantage. 11 n'avait plus de magasins , plus de centre d'opérations ; trouver de quoi vivre était aussi le motif de ses déplacements continuels.
Cette guerre sans espoir lassa bientôt la constance des plus vaillants et des plus dévoués amis de Charette. Des réunions eurent lieu presque sous ses yeux pour parler de la paix. Un mémoire fut rédigé et présenté au général par le jeune LaRoberie, commandant de sa