‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 56 sur 141 · Lettre de Dubeis aîné · texte numérisé non relu

Lettre de Dubeis aîné

GUERRE CONTRE GHARETTE. 147

cavalerie , qu'il aimait et estimait comme Tofficier le plus distingué de son armée ; également brave et spirituel, il avait, pendant la pacification, rempli une mission en Angleterre où on Tavait jugé très-supérieur à tous les agents qui faisaient souvent ce voyage.

Gharette reçut le mémoire , et après Tavoir lu , il dit avec sang-froid : — a Messieurs, le roi m'a ordonné de continuer la guerre, je la continuerai jusqu'à la mort, et j'espère que les officiers de mon armée ne me solliciteront plus de faire une paix honteuse. »

Il ne fit en public aucun reproche à La Roberie , mais lorsqu'ils furent seuls : — « Comment, dit-il, vous perdez en un jour Thonneur de tant de belles actions que je vous ai vu faire pendant la guerre ! »

Peu de jours après, il y eut une rencontre avec les républicains , et La Roberie , que le reproche de son général avait atteint au cœur, se lança sur les ennemis : — a Je vous montrerai , dit-il à Charette , que je ne suis pas changé, et que je n'aime pas la République; » et il s'écriait : — « Voici mon dernier jour I » — La petite rivière de la Boulogne séparait les deux armées ; il s'y jeta et arriva le premier sur l'autre bord , où dès le commencement du combat il tomba percé de balles ; on le releva et il mourut le soir même.

Une tentative qui fut presque imposée à Charette par la plupart de ses officiers et même par l'opinion de ses soldats, mais dont il prévoyait les funestes conséquences, augmenta sa^détresse. Il essaya de se porter avec toutes ses forces dans le pays de Bocage, de passer la Sèvre pour aller en Anjou se joindre à Stofflet, qui allait bientôt se déclarer. Dès qu'il eut passé Montaigu , il se trouva entouré des colonnes républicaines ^ sans possibilité de résistancCé La déroute fut complète ;

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le peu de bagages et de vivres qu'emportait cette armée fugitive tomba au pouvoir des républicains*. Ce fut en désordre que les Vendéens dispersés purent regagner leur pays, après avoir perdu beaucoup de monde. Charette avait emmené environ cinq mille hommes. Deux jours après, en re'ntrant dans son territoire, il était accompagné de six officiers.

Toutefois, s'étant recomposé une armée beaucoup moins nombreuse et moins courageusement disposée, il se cantonna dans la paroisse du Poiré , non loin de la Roche-sur-Yon. Se voyant encore poursuivi par les colonnes républicaines et contraint à courir çà et là, non pour combattre , mais pour chercher un refuge, il se décida à licencier son infanterie, c'est-à-dire à renvoyer chacun chez soi pour se réunir lorsqu'un nouveau rassemblement serait ordonné. Environ quatrevingts volontaires refusèrent de le quitter ; encore que sa marche dût en être gênée, il ne put repousser leur dévouement. Ainsi il resta avec eux et avec cent cinquante officiers ou cavaliers.

Dès lors les républicains n'opérèrent plus avec des colonnes nombreuses; des détachements de cavalerie parcouraient la campagne , afin de rencontrer Charette. Parfois sur la lisière d'un bois , dans une de ces landes couvertes de genêts, un combat s'engageait vivement entre sa faible escorte et les cavaliers qui le poursuivaient. Ils le voyaient de près et le reconnaissaient au panache de plumes de son chapeau, chargeaient sur lui et combattaieût main à main avec le général vendéen. Ces rencontres étaient souvent meurtrières pour les uns comme pour les autres. Après avoir échappé

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