‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 57 sur 141 · GUERRE CONTRE CHARETTE · texte numérisé non relu

GUERRE CONTRE CHARETTE

à. ce péril, c'était presque toujours à quelques lieues de là qu'il fallait aller chercher un refuge , en ne suivant aucun chemin tracé, franchissant les haies et les fossés. Cependant la plupart de ses officiers pressaient chaque jour Charette de traiter avec les républicains. Ils insistaient au nom de la généralité des habitants qui voulaient absolument la paix. Leur opinion était approuvée et même déterminée par presque tous les curés. Hoche avait reconnu quelle était leur influence ; il les avait ménagés et protégés contre Tintolérance jacobine, contre les préventions du gouvernement , contre les mauvais procédés des officiers et des soldats. Tout en professant la frivole et dédaigneuse impiété alors si répandue et se gardant bien de passer pour un dévot ou un croyant , il maintenait la liberté du culte. — et S'ils ont peur de célébrer la messe dans leur église, qu'ils viennent la dire dans ma chambre. » Tel était son propos.

Ce fut par Tabbé Guesdon, curé de la Rabatelière, que le général Gratien, avec autorisation du général en chef, fît parvenir à Charette les conditions qu'il pourrait obtenir. La plupart de ses officiers le pressèrent encore d'entrer en négociation. — «Vous pouvez, dit-il à M. de Couetus , un des chefs les plus distingués de son ancienne armée , faire là-dessus ce que vous jugerez convenable. Mais je ne m'engage point à consentir au traité que vous signerez. »

M. de Couetus se rendit auprès du général Gratien , qui le reçut amicalement et répondit qu'il en référerait au général Hoche. — «En attendant, dit il , tâchons de ne pas nous rencontrer, car j'ai ordre de vous poursuivre sans relâche. »

Il rapporta cette réponse à Charette , qui l'avertit de

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prendre ses précautions et de se souvenir des prisonniers de Quiberon. Cette méfiance était fondée; l'officier qui commandait à Giallans fit, la nuit suivante, investir le château de M. de Lépinay où se trouvait M. de Couetus avec trois autres Vendéens. Ils furent traduits devant une commission militaire qui condamna à mort M. de Couetus et deux de ses compagnons. On lui imputa le massacre de quelques soldats républicains qui avaient été tués dans un combat récent, et surtout d'avoir signé, conjointement avec Charette, une commission pour M. Thouzeau, Tun de ses compagnons qui était envoyé à Ttle dTeu près de Monsieur. Afin de ne le point condamner, quelquesuns d0s juges lui indiquèrent qu'il pouvait désavouer sa signature; il s'y refusa.

Les intentions du générai Hoche furent communiquées à Charette : on lui offrait « de le faire passer en Angleterre avec sa famille et tous ceux qui voudraient l'accompagner; s'il préférait se retirer en Suisse, il y serait conduit accompagné de l'adjudant général Travot. Quant à ses biens, on lui en ferait passer les revenus tous les trois mois. » Le général Gratien ajoutait que a si dans les quarante-huit heures, il n'acceptait pas ces conditions , il le poursuivrait à outrance, ainsi que tous ceux qui lui donneraient asile; qu'il ferait enlever, hommes, femmes, enfants, bestiaux, subsistances et généralement tout ce qui pourrait leur appartenir. ))

Charette convoqua ses chefs de division , La Roberie l'aîné et Guérin dont les frères avaient péri récemment , Lecouvreur, chef de la division de Legé , et Rezeau de Montaigu. Il ne leur dissimula aucunement la tristesse de la situation et le peu d'espoir de la voir

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changer. Puis il demanda à chacun son avis; tous ré* pondirent qu'il était impossible de continuer cette misérable vie qui ne pouvait même se prolonger longtemps. 11 y en eut qui lui proposèrent, s'il ne voulait pas traiter, de se déguiser pour sortir de France, et eux alors s'arrangeraient avec la République.

— (f Comment, leur disait-il , vous pourriez consentir à me quitter, tandis que je ne voudrais pas abandonner le moindre de mes soldats? Avez-vous oublié pour quelle cause vous combattez? Pour moi j'aime mieux la mort que de sacrifier mon armée, mon pays et mon roi. Nous aurons à nous battre, dès demain peut-être : c'est là où je reconnaîtrai à qui l'honneur est cher.

— Ah! vous êtes trahi, général, vous êtes perdu! >) s'écria Tabbé Remaud présent à cette conférence. Charette le savait bien, mais il voulait aller jusqu'au bout; il écrivit à Stofflet en lui envoyant sa réponse au général Gratien. « Elle n'exprime que bien faiblement, disait-il, mon attachement inviolable à la cause que nous défendons. » La lettre arriva après la mort de Stofflet.

Il ordonna un rassemblement général de toute l'armée ; il voulait tenter encore un effort. Ses divisionnaires lui avaient dit leur dernier mot; ils n'obéirent point et les paroisses ne furent pas convoquées ; d'ailleurs on n'avait pas le temps nécessaire pour les faire venir et les réunir.

Conmie le général Gratien n'avait donné que quarante-huit heures de délai , tout était préparé pour investir Charette dès que son refus serait connu \ H venait de quitter la métairie où il avait couché, lorsqu'il

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