‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 61 sur 141 · Rapport du général Grigny · texte numérisé non relu

Rapport du général Grigny

MORT DE CHARETTB. 157

Il nia toute participation à Tassassinat du curé de la Rabatelière.

Son interrogatoire dura cinq heures; il entendit son arrêt de mort sans nulle émotion et témoigna le désir d'avoir un confesseur; il ne fit aucune dlQiculté de re* cevoir les derniers secours de la religion par le ministère d'un ecclésiastique assermenté. 11 passa deux heures seul avec le prêtre et témoigna des sentiments pieux et résignés. Lorsqu'on vint l'avertir que l'instant de partir pour le supplice était arrivé, on le vit descendre l'escalier du palais de justice récitant le miserere avec son confesseur.

Arrivé sur le lieu de l'exécution , il demanda à parler au commandant. — a Je viens d'apprendre, lui dit-il, qu'on a mis en arrestation le général Jacob et qu'on l'accuse d'avoir fui devant moi. Je dois à la vérité et à l'honneur de ce général, de déclarer publiquement que c'est une calomnie. Il n'a point fui ; il a été vaincu parce que j'avais de bons soldats bien aguerris et lui des recrues de la nouvelle réquisition. »

Tout affaibli qu'il était, son courage et sa fermeté ne se démentirent pas un instant. Il ne voulut point qu'on lui bandât les yeux ; il retira sa main blessée de l'écharpe qui la soutenait, avança la poitrine et reçut la mort.

Charette était d'une taille élevée et un peu grêle; son visage était pâle et maigre. Ses traits étaient délicats et presque efféminés. Ses yeux étaient animés et expressifs, ses lèvres étroites et serrées. Sa voix n'était point mâle et sa prononciation avait quelque chose de maniéré. Mais toute sa personne portait un caractère de force, de noblesse et de décision qui imposait et montrait l'homme fait pour le commandement.

158 MORT DE CHàRETTR.

Sa mort fut une joie et un triomphe pour la République. Depuis qu'il était errant et fugitif, le général Hoche ne s'était pas chargé de le poursuivre et de le prendre ; mais plus que personne il savait quelle importance devait avoir la fin de Charette , et n'avait pas cessé de donner des instructions et des ordres à ses lieutenants pour que^ par tous les moyens, ils parvinssent à le saisir. En apprenant à Âlencon , où il était occupé de la guerre des Chouans, qu'enfin ils y avaient réussi, il écrivait : « Quelle bonne nouvelle vous me donnez ! elle va relever les espérances des bons citoyens et atterrer le parti royaliste. C'en est fait, cette réputation de moins assure la tranquillité de la République. Remerciez bien pour moi Travot, Grigny et Valentin. »

Le contentement du Directoire ne fut pas moindre; il voyait aussi dans cet événement la garantie et la sécurité, ^non-seulement de la République, mais du parti qui la gouvernait. L'opinion générale, et à Paris surtout, se félicitait et regardait comme terminée « Thorrible guerre qui arrosait les provinces occidentales de la France du sang de leurs habitants et des braves sol« dats obligés d'aller combattre leurs frères. » Mais sans qu'aucun intérêt se portât sur la cause que Charette avait défendue , la renommée attachée à son nom, son courage, sa constance, son dévouement, les récits qu'on faisait de ses derniers moments, remuaient l'imagination. On l'admirait sans le plaindre ; on parlait de lui ; on grava soii portrait et il était vendu publiquement. Pendant la première guerre de la Vendée , la France abattue et tremblante sous le joug de la Terreur n'avait connu aucun détail de cette terrible et sanglante lutte; les nomsdeBonchamp, Lescure, Cathelineau, laRochejacquelein , étaient à peine connus et n'ont acquis leur

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