MORT DE CHARE1*TE
juste gloire que lorsque les récits de leurs actions, de leur caractère , de leur fin malheureuse, ont été publiés. Pendant plusieurs années , Charette fut le représentant éminent de la Vendée.
Ce succès n'inspira pas au général Hoche plus d egnrds pour la mémoire de Charette , qu41 n'en avait montré en le comhattant. Il avait une aversion plus politique que militaire pour ses ennemis de la guerre civile, pour les émigrés et les royalistes. Rassuré maintenant sur la rive gauche de la Loire, informé de la consternation et du complet découragement qu'avait jeté la mort de Charette parmi les populations du bas Poitou, il appela la plus grande partie des troupes qui y étaient maintenant inutiles, sur le théâtre de la chouannerie : « Accourez, disait-il dans une proclamation aux soldats , accourez , soutiens de mon pays, destructeurs de rhydre vendéenne, venez embrasser des frères dignes de vous, et bientôt ces misérables que vous méprisez , ces héros de fossés , ces guerriers dont la valeur consiste à se tenir derrière les haies et dont les talents sont dans les jambes, seront anéantis; qu'une charge générale fasse disparaître ces ignobles satellites du royalisme soudoyés par TAngleterre ou les contraigne à déposer leurs armes à vos pieds. »
La tâche du général Hoche était encore difficile; il lui fallut plusieurs mois pour obtenir la soumission des rebelles et rétablir l'ordre et le calme dans la Bretagne et la Normandie.
L'abbé Bernier avait choisi pour successeur à Stofflet le comte Charles d'Autichamp. 11 avait fait, bien jeune encore, la guerre de la Vendée ; prisonnier lors de la dé* route du Mans, il s'était, sous un faux nom, réfugié dans un régiment de chasseurs et avait fait une campa-»-
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gne avec l'armée de la République; puis il était revenu en Anjou où il était Irès-aimé et avait beaucoup d'influence. Son armée n'existait guère qu'en projet et pour figurer dans la correspondance de Dernier avec les princes : correspondance qui était devenue très-active depuis qu'il avait reçu le titre d'agent général près les armées royalistes. Aucun fait de guerre ne se pa^ssa donc sur le territoire de l'armée d'Anjou , mais comme nul acte de soumission n'avait été fait, le désarmement des paroisses et les recherches faites pour saisir les chefs amenèrent plusieurs arrestations et des arrêts de mort prononcés par les conseils de guerre. Vers la fin d'avril, Bernier fit demander un passe-port pour se rendre en Suisse. Hoche le lui envoya; mais il resta caché sans se compromettre et sans être inquiété. Sapinàud fit aussi sa soumission.
L'armée de Scepeaux sur la rive droite avait une existence un peu plus réelle que l'armée de M. d'Autichamp. On voulait surtout faire croire en Angleterre qu'elle devait compter pour beaucoup dans les ressources et les espérances du parti royaliste : — « 11 est impossible, écrivait un émigré qui venait d'y arriver, de s endormir sans craindre d'être pris pendant la nuit. Quand il y a un combat, on ne sait jamais où on va. Sur cent émigrés qui sont venus d'Angleterre, il y en a cinquante qui voudraient n'être pas venus. Mais on a tellement peur que la vérité ne perce, qu'on ne veut laisser retourner personne. »
M. de Scepeaux écrivit au général Hoche en lui demandant une suspension d'armes. La réponse qu'il reçut était dure :
— « Jusqu'à ce moment j'ignorais votre existence el
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les pouvoirs dont vous m'annoncez être revêtu. Peutêtre êtes-vous un de ces pacificateurs qui ont trompé le gouvernement et peut-être espérez- vous obtenir les avantages que Ton accorde à tort à quelques rebelles; mais c'est en vain. Soumettez-vous aux lois. Dans le cas contraire, je saurai vous atteindre et vous savez quel sort vous est réservé. »
Un autre négociateur se risqua à traiter avec le gé* néral Hoche de la soumission de Tarmée de Scepeaux ; la vicomtesse de Turpin était environnée de beaucoup de considération dans cette partie de TAnjou : c'était une personne d'esprit; elle demanda une audience au général. 11 avait beaucoup de politesse, ou même de galanterie avec les femmes. Il se laissa reprocher l'injustice et râpreté des opinions qu'il professait contre des ennemis dont il ne pouvait méconnaître le courage et dont le dévouement à leur cause méritait l'estime de tout homme d'honneur. 11 répondit que les conditions ofTertes aux chefs vendéens n'avaient rien d'impitoya^ ble ni de rigoureux , mais que les lois contre les émigrés devaient être exécutées. — « Pourquoi, réponditelle, vous informez-vous s'ils sont émigrés? Vous ne devriez les connaître que par les contrôles de leur armée. Essayez donc de la clémence ; vous jouirez bien mieux de votre gloire. »
Hoche céda et promit que la permission de se retirer hors de France serait accordée à tous les officiers sans exception ; il écrivit à M. de Scepeaux pour l'engager à venir conférer avec lui. Quelques difficultés furent encore Tobjet d'une discussion; Mme de Turpin assistait à cette conférence; elle continua son office de conciliateur, et M. de Scepeaux signa son adhésion aux articles proposés.