PACIFICATION DES CHOU ANS
aussi, monsieur, Je la veux et je l'obtiendrai. Il me sera doux d'épargner le sang , mais s'il faut qu'il coule encore, je dirai, l'âme oppressée, le salut du peuple est la suprême loi. » — 11 maintenait les conditions qu'il avait faîtes, et voulait que Georges, qui commandait tout le Morbihan, traitât pour toutes les bandes de ce département. — « Croyez-moi, monsieur, finissons-en ; que les propriétaires rentrent chez eux. Que ceux qui doivent sortir de France aillent à Jersey, où coucheront demain MM. de La Bourdonnaye, de Montluc et cinq de leurs compagnons , à qui j'ai délivré hier des passe-ports. »
Peu de jours après Georges fit sa soumission et s'employa même au désarmement des paroisses. 11 écrivit à un curé qui s'y opposait encore, et qui lui reprochait sa « conduite inconsidérée : » — « toutes les puissances reconnaissent la République ; le pape lui-même traite avec elle. Quel secours attendre de l'empereur qui tout récemment vient de signifier au roi de France l'ordre de quitter l'armée de Condé? et quelles pourraient être nos ressources à l'intérieur? Notre mère la Vendée est morte; l'armée de Scepeaux est dissoute; il ne reste plus que le Morbihan; que peut-il contre des forces immense^? Tel est mon avis : c'est celui de vingt ecclésiastiques que j'ai rassemblés chez moi; ils déclarent que les hommes et Dieu même ne peuvent exiger Timpossible. En conscience, nous ne devons pas sacrifier des hommes qui nous ont donné leur confiance, lorsque nous n avons d'autre espoir que de les sacrifier. »
L'un après l'autre les chefs des Chouans se soumirent ou quittèrent le pays. Les deux derniers qui restèrent armés coururent les campagnes et combattirent en quelques rencontres les colonnes républicaines. Ce
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furent MM. de Frotté et du Boisguy. Puisaye s'opposa constamment à la soumission, 11 n'avait plus ni autotorité, ni influence, mais ne se lassait point de faire des projets , d'entretenir des correspondances , d'espérer dans Tinstabilité de la République et dans le carac* tère révolutionnaire du gouvernement. Du plus an moins, tous les chefs de Chouans dont la soumission était acceptée restaient dans une disposition semblable. Ils conservaient en fait le commandement de leurs Chouans, se tenant prêts à les réunir et à recommencer la guerre civile , lorsque l'occasion se présenterait.
Hoche pouvait donc , sans s'écarter de la vérité , annoncer que la guerre était terminée. Le Directoire le proclama ainsi. Par un arrêté <t il témoigna une publique satisfaction pour les services que le commandant en chef de l'armée de TOcéan avait rendus à la patrie; voulant honorer dans sa personne les braves défenseurs qui sous ses ordres avaient terminé la longue et malheureuse guerre de la Vendée et des Chouans, il offrit au nom de la République au général Hoche les deux plus beaux chevaux existant dans les dépôts de la guerre avec leurs harnais, et une paire de pistolets de la manufacture nationale de Versailles *. »
Cependant sa présence et son armée étaient encore nécessaires en Bretagne; il n'avait plus à diriger une guerre, mais à gouverner une poHce armée, à réprimer un brigandage qui, dans plusieurs cantons, était passé en habitude; à surveiller les intrigues royalistes, à saisir les correspondances, à faire arrêter les agents en dépistant leurs intrigues. Il y apportait une vigilance méfiante et se montrait plus alarmé que de raison des