DESTITUTION DB PICHEGRU
préliminaire à la pacification dont il ne voulait pas» maïs comme une trêve qui serait mise à profit pour rétablir Tordre dans ladministration militaire, fournir aux armées les vivres, les habillements et les munitions qui leur manquaient, rétablir la discipline et ranimer l'ardeur des troupes de l'armée du. Rhin découragées par une campagne malheureuse. Un délai de deux ou trois mois donnait le temps de tout préparer pour recommencer au printemps une guerre énergique d'après un plan bien conçu.
Si le gouvernement , pour accomplir ce grand et courageux dessein, avait compté sur le général Pichegru et sur son armée, il s'était fait une malheureuse illusion.
Au lieu de choisir pour quartiers d'hiver de bons cantonnements, où les soldats bien logés et bien nourris pourraient se refaire des fatigues de la campagne , il laissa presque tous les corps de son armée campés dans la boue ou sur la neige, manquant même de paille pour se coucher. 11 ne donnait aucun soin à Tadministration, laissant son armée manquer de tout. En vain Desaix et les autres généraux qui servaient sous ses ordres lui faisaient des représentations et lui peignaient la misère de leurs soldats, il ne les écoutait point ou leur répondait avec mauvaise humeur. Établissant son état-major à Haguenau, il habitait à Strasbourg. Lui, qui avait eu la renommée d'un répiiblicain austère, qui avait alTeclé des habitudes simples et frugales, se livrai! maintenant à tous les plaisirs et menait une vie de débauche.
C'était après la conquête de la Hollande , et pendant
son séjour à Amsterdam , qu'il avait commencé à
changer de mœurs. 11 avait pris goût au luxe et aux
jouissances; dans un temps où tous les généraux vi-
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vaient de privations sans murmurer et n'avaient d aiH tre ambition que de défendre la patrie ou d'acquérir de la gloire, on ne comprenait pas comment Pichegru pouvait suffire à tant de dépenses. Précisément à cetle époque, lorsqu'il passa de l'armée du Nord au commandement de Tarmée du Rhin» commencèrent ses communications avec le prince de Condé et les émigrés. Peut-être n'avait-il jamais conçu une espérance bien assurée d'entraîner l'armée à renier son drapeau et à sf déclarer contre la République ; peut-être prévoyait^il, qu'aux conditions qu'il indiquait comme indispensables, on ne saurait point se résoudre à accepter se-s services et ses offres, mais que néanmoins on lui saurait gré de ses bonnes intentions. Ainsi il se ménageait une chance pour l'avenir qu'il prévoyait. Depuis qu'il avait vu de près la Convention et le gouvernement des comités lorsqu'au 1 2 germinal il s'était chargé de réprimer l'émeute des Jacobins, l'établissement de la République lui semblait impossible. Il était disposé à accepter la mission de la renverser lorsque l'occasion lui paraîtrait propice ; en attendant , il recevait le salaire de ses promesses.
Après les revers qu'il avait subis, lorsqu'il avait perdu la confiance et l'affection des soldats , il ne pouvait plus exercer sur son armée une autorité qui avait manqué à Lafayette et à Dumouriez. Il continuait pourtant à faire parvenir au prince de Condé et à Louis XVill les assurances de son dévouement. Les projets qu'il pouvait former n'étaient plus les mêmes; ils avaient changé avec sa position. Les agents qui servaient d'intermédiaire à celte intrigue exagéraient sans doute les espérances qu'il leur présentait, les moyens de succès dont il pouvait disposer, les mesures qu'il