DESTITUTION DE PICHEGRU
comptait prendre; mais évidemment il ne renonçait pH)int au dessein de renverser le gouvernement républicain ; en ce moment il comptait sur le mécontentement de son armée et les souffrances des soldats pour susciter une rébellion militaire.
Le Directoire, disait-il aux agents , n*a point la possibilité de payer les troupes en numéraire. La solde est acquittée en assignats qui sont sans valeur; les magasins sont vides ; la pénurie devient de plus en plus ' grande. Les soldats manquent de tout. Notre gouvernraiient voudra sortir de cette position ; il fera cesser la trêve. Il fautdonc que les Âutricliiens se tiennent prêts à agir, qu'ils préviennent le Directoire, rompent l'armistice et tombent sur les armées républicaines le plus rudement possible.
Lui-même, ne pouvait pas compter sur le succès de cette indigne combinaison ; il savait que le Directoire tarderait peu à lui ôter le commandement de l'armée. Peut-être Carnot concevait-il quelques soupçons. Quoi qu'il en fût, le gouvernement ne pouvait continuer sa confiance à un général qui se conduisait ainsi.
Pichegru comprenait si bien sa position qu'il avait déjà offert trois fois sa démission. Le Directoire croyait nécessaire de le ménager. Sa gloire lui avait donné une popularité qui n'était pas encore diminuée. L'ambassade de Suède lui fut offerte ; il la refusa*. Le général MoreaUy qui était son ami, fut choisi pour général en chef de l'armée de Rhin-et-Moselle. Il en prit le commandement le 1 avril 1 796.
4 . Mémoires du maréchal de Saint-Cyr, de Montgaillard , de Fauche Borel , du comte de Lavalette ; récit du comte d'Entraigues. — Papiers ftai^is dans le fourgon de Klinglin.
180 LE GÉNÉRAL BONAPARTE COMMANDE L* ARMÉE D'iTALIE.
Ce n'était pas vers les bords du Rhin et en Allemagne que le Directoire voulait diriger les principales forces militaires de la France; il plaçait son espérance sur le théâtre d une autre guerre. Dès le temps dû comité de salut public on avait résolu de porter les grands coups en Italie ; le plan présenté par le général Bonaparte avait été adopté. Lorsque la paix conclue avec l'Espagne eut rendu disponibles les troupes qui formaient larmée des Pyrénées-Orientales, elle fut presque entièment dirigée aux Alpes maritimes, et Schérer qui la commandait fut nommé général en chef de l'armée d'Italie*. Elle était auparavant sous les ordres de Kellermann et fut alors partagée en deux corps d'armée, il conserva le commandement de l'armée des Alpes qui occupait la Savoie , tandis que l'armée d'Italie soutenait une guerre active sur la route étroite qui suit le rivage de la Méditerranée entre Nice et Gênes.
Le général Bonaparte, quelquesjours avant le 13 vendémiaire, fit signer par le comité de salut public les instructions à envoyer au général Schérer et aux représentants en mission à larmée d'Italie. Tous les détails d'exécution et les ordres donnés aux généraux d'artillerie et aux commissaires ordonnateurs; en un mot, le plan de campagne et les dispositions nécessaires pour le mettre à exécution émanèrent de lui*.
Les Autrichiens avaient aussi renforcé leur année : avant l'arrivée de Schérer ils avaient réussi à repousser Tarmée française et coupé ses communications avec Gènes, d'où elle tirait toutes ses ressources, et dont le port était en même temps bloqué par une flotte anglaise.