‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 75 sur 141 · Mimoirei de Napoléon dictés à Sainte-Hélène · texte numérisé non relu

Mimoirei de Napoléon dictés à Sainte-Hélène

182 LE GÉNÉRAL BONAPARTE COMMANDE l' ARMÉE D*ITALIB.

Rhin. Le centre et la droite de celte seconde armée devaient pénétrer en Souabe, en côtoyant le lac de Constance, et s'avancer jusqu'aux montagnes du Tyrol. Là, elle serait en communication avec l'armée d'Italie qui, d'après les calculs et les espérances de Tauteur du projet, aurait avant cette jonction envahi le Piémont et la Lombardie.

L'adoption de ce plan de campagne entraînait nécessairement le choix du général Bonaparte pour commander l'armée d'Italie. Dès le 22 février 1 796, les journaux annonçaient sa nomination ; le 27, il fermait les clubs des Jacobins. Le 6 mars, les instructions du Directoire lui étaient adressées et il partit le 21 mars.

Cette promotion inattendue donna lieu à beaucoup de suppositions éloignées de la vérité, qui se répandirent dans le vulgaire et sont même restées dans la tradition. Le général Bonaparte n'était connu que par le 13 vendémiaire. On ignorait que plusieurs mois auparavant , il avait été employé au comité de salut public dont il avait gagné la confiance et qui le consultait sur toutes les affaires de la guerre.

Sa conduite, pendant qu'il avait commandé l'armée de l'intérieur, n'avait pas dissipé les préventions que les Parisiens avaient conçues contre le général qui avait mitraillé les sections. Sa gravité silencieuse et même rude, le ton menaçant qu'il affectait pour intimider une population si souvent séditieuse et pour comprimer ainsi la turbulence des partis , avaient empêché de remarquer combien peu il s'était prêté aux désirs de rigueur et de vengeance des Montagnards de la Convention; combien les conseils de guerre avaient peu ressemblé aux tribunaux révolutionnaires. 11 passait toujours pour le protégé et la créature de Barras ^ tandis

LE GÉNÉRAL BONAPARTE COMMANDE l'aRMÉB D*1TAL1E. 183

que tout en le ménageant beaucoup comme intermédiaire et comme moyen d'influence sur le parti jacobin , tout en conservant avec lui un ton de familiarité, il se savait en butte à sa défiance malveillante.

Comment en aurait-il été autrement'? Le général de l'armée de Tintérieur, le commandant de Paris, placé sous les yeux du Directoire, ne prenait jamais ses ordres, ne suivait pas ses instructions ; sa volonté était absolue dans toute la compétence de ses attributions et il les étendait fort loin; il couvrait de sa protection des suspects ou des aristocrates et les maintenait à Paris, dont on voulait les exiler; il prenait la défense des généraux et des officiers que le Directoire aurait destitués et il exigeait qu'on les employât. Son caractère impérieux et hautain ne se soumettait à aucune contrainte.

Ainsi Rewbell et Barras enduraient mal volontiers un défenseur si incommode. La pensée de le destituer ne pouvait leur venir, mais une occasion de l'éloigner devait leur plaire. Lui confier le commandement de l'armée d'Italie n'était pas une affaire d'intrigue, ni de faveur; depuis six mois le général Bonaparte dirigeait cette guerre ; on acceptait ses projets , on croyait à ses espérances; plus elles semblaient prodigieuses, plus il était indispensable de se confier à lui pour les réa. User. Carnot et Le Tourneur le proposèrent , Reveillère et Rewbell furent de leur avis ; Barras s'abstint d'exprimer son opinion ; plus tard il se vanta d'avoir été le premier auteur de la fortune du général Bonaparte , sans pour cela se contraindre dans la haine qu'il lui portait".

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