Mémoires de Carnot. — Mémoires dictés à Sainte-Hélène
184 LB GÉNÉRAL BONAPARTE COMMANDE l'aRMÉB d' ITALIE.
Od a prétenda aussi que le général Bonaparte avait épousé Mme de Beauharnais pour obtenir la faveur et la protection de Barras. Ce n'était point Barras, comme on le disait , qui avait fait connaître Mme de Beauharnais au général Bonaparte. Après le 13 vendémiaire, les comités ordonnèrent le désarmement général de tous les citoyens de Paris. En faisant leurs visites domiciliaires, les agents de police entrèrent chez la veuve du général Beauharnais et voulurent prendre le sabre de son mari; son fils Eugène, alors âgé de quinze ans, déclara qu'on ne le lui arracherait qu'avec la. vie. Le commissaire n'insista point, mais demanda une autorisation du général en chef. Eugène de Beauharnais se présenta chez le général Bonaparte; Témotion de cet enfant, la chaleur et la naïveté de ses supplications le touchèrent; il lui permit de remporter Tépée de son père et le voyant pleurer de joie , il l'embrassa. Mme de Beauharnais vint le lendemain remercier le général. Ce fut ainsi qu'ils firent connaissance.
Quelque crédit qu'on supposât aux. femmes auprès du directeur Barras, on n'était pas à une époque et dans des circonstances où le choix des généraux pût être déterminé par de tels motifs. 11 paraît d'ailleurs que Barras ne professait pas une grande bienveillance pour Mme de Beauharnais. Carnot parle dans son mémoire « des grossiers et calomnieux sarcasmes de Barras contre une personne chère à Bonaparte. »
Il fut pourtant un des témoins qui signèrent Tacte civil du mariage; Tallien était un des témoins de Mme de Beauharnais. L'acte est du 9 mars 1 796 , lorsque le général Bonaparte était déjà choisi pour commander Tarmée dltalie, quoique sa nomination ne fût pas oGBciellement publiée.
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Le général Bonaparte arriva à Nice le 27 mars; il trouva l'armée dans un état déplorable; les soldats y manquaient de vivres; aucune distribution de viande, et le pain manquait même quelquefois. Le service des transports était en complet désarroi ; on ne pouvait pas mettre en mouvement plus de trente pièces de canons ; Tadministration militaire était accoutumée à la négligence et ne faisait nul effort pour triompher des difficultés et des embarras qui s'opposaient à un service régulier. Chaque jour la position empirait. L'armée ne pouvait plus vivre où elle était; il fallait avancer ou reculer.
En passant la revue des troupes, le général leur dit : — u Soldats, vous êtes nus, mal nourris; le gouverne^ ment vous doit beaucoup; il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de ces rochers, sont admirables. Mais ils ne vous procurent aucune gloire; aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir. Vous y trouverez honneur, gloire et richesse. Soldats de larmée d'Italie, manqueriez-vous de courage et de constance? »
Le quartier général était à Nice depuis le commencement de la guerre; il le porta à Albenga, vingt lieues en avant, sur la route de Savone et de Gênes.
L'armée d'Italie avait alors environ trente mille hommes, qui formaient quatre divisions d'infanterie et deux corps de cavalerie; les généraux étaient Masséna, Augereau, Laharpe, Serrurier, Stengel et Kilmaine. Plusieurs d'entre eux avaient déjà fait la guerre sur ce théâtre avec le général Bonaparte et lui connaissaient du talent et du courage. Dès le premier jour de