‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 96 sur 141 · LETTRE DE BABEUF AU DIRECTOIRE I · texte numérisé non relu

LETTRE DE BABEUF AU DIRECTOIRE I

côté de celui de Barneveltt et de Sydney. Dès le lendemain on me dresserait des autels auprès de ceux où Ton révère aujourd'hui Robespierre et Goujon, ces illustres martyrs.

« Vous ne tenez rien, quoique je sois dans votre main; je ne suis pas toute la conspiration; je ne suis qu'un simple point de la longue chaîne dont elle se compose. Vous avez la preuve de l'intérêt que prennent à moi ceux qui la forment; en me frappant, vous les irriterez.

t( Oui, vous dis-je, vous irriterez toute la démocratie de la République française; et vous savez encore que ce n est pas peu de chose. — Ce n'est pas seulement à Paris qu'elle existe fortement. Il n'est pas un point des départements où elle ne soit puissante. On a beau vouloir comprimer le feu sacré, il brûle et il brûlera. Plus il paraît, dans de certains instants , anéanti , plus sa flamme menace de se réveiller forte et explosive.

«f Entreprendrez-vous de vous délivrer totalement de cette vaste secte sansculottique , qui n'a pas encore voulu se reconnaître vaincue? à supposer que ce fût possible, où vous trouveriez-vous après? Charles 11, après Cromwel, déporta quelques milliers de républicains anglais ; il était roi , et quoi qu'on ait pu dire , vous ne l'êtes pas encore. Vous avez besoin d'un parti pour vous soutenir : supprimez celui des patriotes, vous êtes livrés à celui des royalistes. Que de chemin il vous ferait voir si vous étiez seuls contre lui !

« Mais, dites-vous, les patriotes nous sont aussi dangereux que les royalistes. Vous vous trompez ; je puis vous dire qu*ils ne voulaient point voire mort ; ils ne voulaient pas de sang; ils ne voulaient pas marcher dans les voies de Robespierre ; ils voulaient vous

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