‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 99 sur 141 · LETTBE DE BABEUF AU DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

LETTBE DE BABEUF AU DIRECTOIRE

mité des égaux ; mais il leur importait de ne point voir leurs amis et collègues de la Convention enveloppées dans la poursuite du complot. Le Directoire était de cet avis , mais sans pouvoir le manifester. La complicité évidente de Drouet laissait peu de moyens de ne le point comprendre dans la procédure. Le conseil des Cinq Cents s'attacha à ne laisser paraître ni passion ni précipitation; toutes les formalités, tous les délais furent scrupuleusement observés. La dénonciation du Directoire donna lieu au rapport d'une commission ; puis les pièces transmises par le ministre de la police furent lues en comité secret, et la dénonciation fut admise à une majorité de 353 voix contre 33.

Il fut entendu dans sa défense en séance secrète le 20 juin, et une majorité de 321 voix contre 72 déclara qu'il y avait lieu à examen.

Aux termes de la Constitution , la mise en accusation devant la haute cour nationale devait être prononcée par le conseil des Anciens. La résolution des Cinq- Cents lui fut transmise, et après avoir entendu le prévenu il déclara , le 8 juillet , à la majorité de 1 41 voix contre 58, qu'il y avait lieu à accusation.

La Constitution avait, à l'exemple de l'Assemblée constituante , réglé que les crimes contre la sûreté de l'État, poursuivis en vertu d'une accusation portée par le Corps législatif contre un représentant, seraient jugés devant une haute cour nationale et en avait indiqué la composition; mais il restait à déterminer les détails d'exécution et les formes de la procédure. La présence de Drouet dans la conspiration de Babeuf rendait cette loi urgente ; elle (ut discutée sans esprit de parti et avec l'intention de donner aux accusés toutes les garanties d'une bonne justice; de là résulta un long dé-

lai avant que le procès pût commencer. La loi ne fut votée que le 7 août. Le lendemain un acte du Corps législatif convoqua la haute cour dans la ville de Vendôme.

Une formalité devait encore être accomplie; c'était au conseil des Cinq -Cents qu'appartenait Tolfice de rédiger l'acte d'accusation; il fut délibéré le 15 août, trois mois après la découverte du complot.

Le 18 août, un message du Directoire annonça au conseil que Drouet s'était sauvé de la prison de l'Abbaye.

Ainsi le gouvernement se conformait, non pas dans son langage, mais dans sa conduite, aux conseils de Babeuf. 11 ménageait avec indulgence tout ce qui appartenait à l'ancien parti révolutionnaire; il y voyait son appui nécessaire et n'avait nulle rancune contre d'anciens amis. Il leur pardonnait d'avoir été mécontents, et se gardait de laisser ses véritables adversaires, les modérés, prendre avantage des rigueurs exercées contre les conspirateurs et les perturbateurs de la paix publique.

Toutefois les recherches actives que la police^ sincèrement exercée par le ministre de ce département, étendit sur tous les hommes qui lui parurent suspects, offensèrent les représentants révolutionnaires. Par un singulier abus de pouvoir, le bureau central, qui avait des attributions pareilles à la préfecture de police, lança des mandats d'arrêt contre quatre députés. Le conseil des Cinq-Cents s'en émut avec d'autant plus de raison que cette illégalité portait sur tel représentant qui aurait dû être à l'abri des soupçons : tant le zèle de la police avait manqué de discernement.

Ce fut une occasion à Tallien de reparaître à la tri-

ARaSSTATION DE PLUSIEURS REPRÉSENTANTS. 273

buoe*. On ne Vy avait point vu depuis longtemps, et il pouvait craindre d'être écouté avec une défaveur dont il avait eu plus d'une preuve. H monta lentement les marches de la tribune et semblait triste ou intipiidé. On ne retrouvait point sa physionomie vive et présomptueuse, non plus que son élégance accoutumée. — a Mon cœur, depuis trois mois , est rempli d'amertume, diMl ; depuis trois mois je vois la réaction qui s'avance. »

Un cri d'indignation retentit sur tous les bancs de la salle. Thibaudeau, Ponlécoulant, ainsi que les députés du nouveau tiers, s'étaient levés et demandaient la parole.

L'orateur se troubla; il pâlit, et reprit d'une voix d'abord altérée, qui s'anima par degrés : — « Oui, j'avertirai toujours le Conseil des dangers de la patrie ; j'aurai toujours le courage que j'ai su montrer dans des circonstances non moins périlleuses; j'osai attaquer des tyrans devant qui ceux qui parlent aujourd'hui tremblaient et se taisaient. L'esprit public s'affaiblit; la représentation nationale est menacée; la liberté est en péril. J'ai demandé qu'on punît ceux qui ont voulu détruire la constitution; mais ne puis-je pas aussi conjurer le gouvernement de rallier à lui tous ceux qui ont un intérêt commun, qui ont traversé ensemble les périls de la Révolution et bravé les fureurs de l'aristocratie et du royalisme? Est-ce pour cela que des collègues dont j'ai toujours partagé les principes viennent me traiter de conspirateur? Dire mon opinion , est-ce conspirer? Eh bien, je leur cède la place'; qu'ils montent à la tribune pour verser sur moi leurs

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